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«Dan baz tir yen»

4 juillet 2008, 20:00

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Une porte s?ouvre. Une main d?infirmier passe dans l?entrebaîllement. Une autre, aux ongles crasseux reçoit une fiole. A l?intérieur de celle-ci, remplie à moitié, valse un liquide rose. La méthadone.

Il est presque 9 heures au centre de santé Dr France Bouloux, à Cassis. La distribution quotidienne est pratiquement terminée. Mais si les «gens» ? au nombre de quinze environ ? ont déjà avalé leur dose, ils ne sont pas pressés de s?en aller. C?est qu?ils sont chômeurs pour beaucoup. Et puis, ce rendez-vous, c?est aussi une «lokazyon pou zoinn», une opportunité de s?épancher.

Ces «gens» là ? Halte là ! Ils ont des noms, des identités. Des identités qu?ils avouent retrouver en avalant jour après jour, cette substance qui remplacela morphine dans la cure de désintoxication.

Tous ont une histoire à raconter. Peuplée de femmes et d?enfants qu?ils ont fait souffrir. D?un entourage qui avait perdu confiance en eux. De « mama ki finn fer boukou demars pou moi ». Leur douleur est palpable?.

Un vécu cru, à peine barricadé derrière une vanne. Les premières réticences passées, Danie Polimont, Pamela M., Robin Lafleur, Roddy Bhugon et tant d?autres choisiront de nous faire confiance et de témoigner à visage découvert, «parski tou dimoun kone nou ti droger, me aster la, nou finn desid pou arete».

Enhardis, ils se mettent tous à parler en même temps. La proximité de leur corps, visiblement marqués par les épreuves, des yeux rouges et ces regards hagards ont quelque chose d?irrémédiablement triste. Touchant. Poignant.

Soudain, un cri de révolte s?élève. Quelqu?un se lâche : « pe donn nou sa lor trottoir, par la fenet, li pa korek». Le ton monte. Il s?insurge : «Nous sommes des êtres humains. Nou konn asiz lor enn sez, nou konn konport nou kouma dimoun».

Il ne comprend pas pourquoi à Cassis, ils ne sont pas reçus dans un cadre plus discret, loin des «ti baba», des « dimoun ki pe suiv tretman diabet ». Son malaise est profond malaise perdure. Nou pa enn lion, nou pa enn loulou narien. »

«(?) pe donn nou sa lor trottoir, par la fenet, li pa korek (?) Nous sommes des êtres humains. Nou konn asiz lor enn sez, nou konn konport nou kouma dimoun».</I>

Ce qui ne veut pas pour autant dire qu?il souhaite tomber nez à nez avec les gens de la localité, de surcroît mauvaises langues, et leurs préjugés. «Kan li trouv moi dan lakour sant Bouloux, li nek kalkil moi. Li pou dir garson madam intel drogue ?»

Et puis, il y a ceux qui comme Pamela M, « pran li normal ». En y regardant de plus près, son fond de teint ne peut recouvrir les cicatrices qui barrent chacune de ses joues. Souvenirs de l?époque où elle prenait du «brown». Son extrême maigreur atteste du fait qu?elle est «rantre dan yen» à 16 ans.

Son visage sans âge n?a rien de celui d?une femme de 31 ans. Elle avoue : «li pa ti fasil pou dormi avek enn dimoun ki mo pa kone me mo ti oblize fer li».

Si tous, à l?exemple d?Abdasalam Kanowah, fumeur d?opium depuis 14 ans, ne tarissent pas d?éloges quant à l?initiative de distribuer de méthadone, la même colère les unit quand ils pensent à «sa lager dan Quatre-Bornes».

Aux membres de la Voice of Hindu qui se sont opposés à la distribution à Candos, Abdasalam Kanowah demande : «Eski sa bann dimounn la ki pou gagn mo traka kan mo dan la penn ? Li met enn letiket lor nou tou».

Lui est tombé dedans parce que «mo ti anvi goute». Il a vécu à l?époque où le brown sugar se marchandait à Rs 7-8, dans les années 1983 ? 84, à l?époque où la «marchandise» est passée de Rs 200 à Rs 500, puis à Rs 1 000 le quart. «Je devais fumer deux à trois fois par jour», avoue-t-il. L?ironie du sort veut que son fils aîné soit aujourd?hui infirmier?

I.P, 27 ans, arrive quelques minutes avant que la distribution ? qui se fait de 6 heures à 9 heures ? ne s?arrête. De sa voix cassée, il raconte comment après le HSC, il a été recruté pour suivre la formation de six mois menant à l?enrôlement dans la Special Mobile Force. «Je me droguais en même temps».

Il n?ira pas jusqu?au bout, et se recycle avec un cours en gemmologie avec, « expertise en pierres précieuses », précise-t-il avec fierté. N?empêche qu?il ne peut se défaire de son addiction à l?héroïne, au brown sugar, au subutex, aux psychotropes. Etre accro signifie devoir dépenser au moins Rs 200 pour la dose journalière, et «prix la kapav monte, pena limit. »

Depuis qu?il est passé à la méthadone, «figir finn vinn bon, nou grossi, vinn bel, rekoumans manze». Qui a dit que quand le physique va, tout va ?

Danie Polimont nous montre le papier à en-tête qui doit lui assurer une allocation de la sécurité sociale, pendant un mois. « Me mo pa finn gagn narien ziska ler », se plaint-elle.

Dans le même souffle, on se plaint de la contrainte que représente cette visite quotidienne au centre de santé. De son impact sur la recherche du travail, de son impact sur un employeur éventuel. Car maintenant qu?elle est sous méthadone, Danie remarque que la seule différence entre elle et les autres, de son point de vue c?est, «mo pena travay».

<B>Aline GROEME-HARMON</B>

<B>Sans suivi psychologique pas de réussite</B>

Une dose quotidienne, diluée à du jus d?orange. A ingérer tous les matins pendant au moins six mois. A peine quelques mois supplémentaires suffisent à certains pour être complètement sevrés. D?autres en auront «besoin» pendant des années. Parfois même jusqu?à leur mort. Mais dans tous les cas, la méthadone ne se suffit pas à elle seule.

«Le suivi psychologique est tout aussi important, si ce n?est davantage, que la prise de méthadone elle-même. Ne pas avoir de suivi pendant toute la durée du traitement handicape les chances de réussite du sevrage. C?est un package», soutient le Dr Maryam Timol, Director of Health Services au ministère de la Santé.

C?est ainsi que pendant toute la durée du traitement, les patients doivent se présenter à l?un des trois centres de réhabilitation, le centre Idriss Goomany, à Plaine-Verte, le «Help Deaddiction Centre» à la «Hindu House», à Cassis, et le «Sangam Arya Sabha Sewa Sadun», à Saint-Paul, pour avoir un suivi psychologique.

En sus du suivi individuel, ils participent, entre autres, à des thérapies de groupe et familiale. Ils participent également à des séances de relaxation. Les centres ayant été quelque peu «débordés», ils n?ont jusqu?à présent, pas vraiment pu s?assurer de l?assiduité des patients quant aux différentes thérapies proposées. Et ce alors même que tous reconnaissent que l?accompagnement s?avère crucial.

Car en ingurgitant de la méthadone, il faut dire qu?ils passent, quelque part, d?une addiction à une autre. Il faut cependant savoir que la méthadone ne procure pas le même sentiment d?euphorie que l?héroïne. Elle réduit qui plus est tous les symptômes de manque. «La méthadone sert à combler le manque et permet au patient de reprendre une vie normale», explique le Dr MaryamTimol.

Cette dernière explique par ailleurs que tous les 14 jours, le patient rencontre son médecin traitant. «C?est à ce moment là que la prescription pour la méthadone est renouvelée. Ensemble, le médecin et le patient décident alors s?il faut diminuer ou augmenter la dose.» Une dose à prendre de préférence à la même heure chaque matin. «Si l?on tarde trop pour ingérer cette dose, il est possible que les symptômes de manque réapparaissent», soutient le Dr Timol.

Elle rappelle aussi que le traitement a fait ses preuves à l?étranger. Pour le moment, 804 patients ont recours au traitement à base de méthadone, lancé depuis novembre 2006.

Il faut faire ressortir que 90 % des patients qui commecent ce traitement décident d?y adhérer. Si actuellement toutes les semaines, 15 patients masculins et tous les 14 jours, dix patients féminins intègrent le programme, on espère à terme touchers plusieurs milliers de personnes.

A Maurice, le programme, qui coûte Rs 6 millions à l?Etat, pour 1 000 patients traités, a été initié afin d?endiguer la propagation du virus du VIH sida, qui se répand grâce à l?utilisation collective de seringues parmi la population toxicomane.

Pour qu?il soit efficace, le programmes des Nations unies pour le sida, l?«UN Aids», souligne qu?il faut pouvoir toucher au moins 60 % de cette population. «Nous estimons le nombre de dépendants à la drogue est de 17 000 et les Organisations non-gouvernementales estiment qu?il y en a quelque 20 000. Notre but est donc d?en atteindre 60 % à terme.»

<B>Valérie OLLA</B>

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