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Un quart de millénaire pour l?église des Pamplemousses

19 décembre 2006, 00:00

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Nul n?ignore que notre église Saint-François d?Assise des Pamplemousses porte le millésime de 1756 à son frontispice. Comment l?oublier quand on sait cette date gravée dans la pierre. De 1756 à 2006, cela fait déjà un quart de millénaire, auquel s?ajoutent les 13 ans pendant lesquels la nouvelle paroisse ne dispose pas encore de lieux de culte. La messe se célèbre dans le futur presbytère, autrement dit l?ancienne demeure du Sieur Bouchet, transformée en chapelle provisoire, en attendant la construction de l?église paroissiale.

Millénaire... ce mot nous est plus familier depuis notre passage du IIe au IIIe de l?ère chrétienne, lors de la Saint-Sylvestre 2000. Ceux, qui sont pris dans nos embouteillages chroniques et quotidiens, peuvent toujours s?amuser à faire le décompte, autour d?eux, des véhicules enregistrés avant 2001, datant donc de l?ancien millénaire et ceux du nouveau. Un quart de millénaire, cela compte dans l?histoire d?un bâtiment forcément historique. Il doit surtout se célébrer dignement et intelligemment.

Laissons à d?autres nous offrir la synthèse des célébrations organisées, cette année, par les habitants des Pamplemousses, à l?occasion des 250 ans de leur église paroissiale, la doyenne de tous nos lieux de culte. Contentons-nous, dans le cadre de nos réminiscences, de rappeler ce qui est organisé, en décembre 1981, à l?occasion du 225^e anniversaire de l?église Saint-François d?Assise, ainsi nommé pour rendre hommage au gouverneur François Mahé de Labourdonnais, tout comme les églises Saint-Pierre-ès-Liens et Saint-Julien évoquent, aujourd?hui encore, l?intendant Pierre Poivre et son gouverneur Julien Desroches, à Moka comme à Flacq.

Mi-décembre 1981, un concert de musique sacrée célèbre ce 225e anniversaire. Il s?agit d?une initiative de l?orchestre de la police et de la Chorale ?cuménique de l?Ecole de Musique sacrée du Diocèse de Maurice. Ils interprètent Le Messie de George Friedrich Handel (Hall 1685 ? Londres 1759). Les sopranos sont Ursula Ramdenee et Patricia Decosse, la basse Philippe Lebreton et le baryton Eugène Nookadu. Yves Cundasamy dirige la Chorale oecuménique et le maestro Paul Domaingue l?orchestre de la police. Un plateau est prévu à la porte. Les fonds recueillis sont destinés aux handicapés et non pas à l?entretien de cette construction séculaire qui nécessitera pourtant une rénovation complète pendant le quart de siècle suivant, une rénovation que seuls des Henri Souchon et des Nano Adam peuvent mener à terme avec succès et durabilité. Avis à ceux et celles qui veulent sauver l?hôtel de ville de BBRH, dit tristement le... Plaza.

A l?occasion du 225e anniversaire de la construction de l?église des Pamplemousses, Marcelle Lagesse nous apprend que, outre M. Bouchet, les premiers habitants de cette localité se nomment le soldat Guillaume Menot, dit Guingamp, et les sieurs Hermans, de Bouloc, Rostaing, Mahé de la Villebague, Adam de Villiers, Le Juge, de Chazal, Céré, Gast d?Hauterive.

Le premier curé des Pamplemousses, François Ravinel, débarque le 11 avril 1743. Il est installé dans ses fonctions pastorales le 26 mai suivant.

Les deux premiers actes du registre paroissial sont émouvants et instructifs. Il s?agit de deux inhumations, en date du 12 mai 1743. Elles précèdent donc l?installation officielle du prêtre Rabinel qui en est pourtant le signataire. Le premier concerne les funérailles d?un bébé, prénommé Caterine, six mois, fille naturelle d?une esclave ?anonyme? de M. Le Vigoureux. Les funérailles ont lieu en présence de plusieurs noirs, déclarant ne pas savoir signer le présent acte. Le second a trait aux funérailles d?Antoine, 30 ans, esclave de M. de Romans, qu?accompagnent plusieurs noirs esclaves du même établissement.

Nous pouvons conclure à partir de ces deux actes, en date du 12 mai 1743, la présence de certaines civilités, permettant les funérailles religieuses, non seulement d?un esclave de 30 ans, mais encore d?un bébé de six mois, fille d?une esclave anonyme. La présence d?autres esclaves, pour soutenir les proches des défunts, peut indiquer l?existence d?une certaine liberté accordée, au moins aux esclaves les plus sûrs, sinon les plus attachés à leurs maîtres.

L?église de 1756 mesure, au dire de Mgr Joseph Mamet, 126 pieds de long et 36 de large. Elle épouse la forme d?une croix latine comprenant deux chapelles latérales de 24 pieds par 18. Un clocher carré, haut de 77 pieds, surmonte la façade dont le fronton porte ce millésime. En 1854, l?église s?allonge en direction du ch?ur et les chapelles doublent de largeur. C?est la superficie actuelle de l?église Saint-François des Pamplemousses.

Marcelle Lagesse salue poétiquement et romantiquement les noms évocateurs des hameaux entourant le lieudit des Pamplemousses : Canton Belle-Eau (Nicolas Céré), Canton Nancy, Mon Goût (François Le Juge), L?Espoir, Valombreuse, Souvenir, Jouvence, Bois-Pignolet, Bois Rouge, Mademoiselle Laure, Beau Plan. Les Forges de Mon Désir (aujourd?hui le Moulin à Poudre) contrôlent 10 000 arpents de forêts, réserve de la Compagnie des Indes. Qui sait... Valombreuse ou Belle-Eau pourrait donner une suite à Villebague...

Il suffit de s?en souvenir et surtout de ne rien oublier, même 250 ans après. Et qui peut faire revivre notre passé, nous offre la joie pascale.

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