Publicité

Spéculation sucrée et projet d’amendement de l’IRA

9 novembre 2004, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Des commerçants réalisent des profits de Rs 20 000 sur le dos des planteurs sucriers. C’est du moins le cadeau qu’offre Veerasamy Ringadoo aux commerçants. Ce dernier a, en effet, annoncé prématurément l’augmentation du prix du sucre sur le marché local. Cette indiscrétion en or est commise le vendredi 26 octobre 1979. Le lendemain, samedi 27, ruée des grossistes sur les entrepôts sucriers. Ils viennent prendre livraison de 3 000 sacs alors que la moyenne de livraison pour une matinée de samedi est de 500 sacs. Lundi 29, répétition de ce scénario et livraison de 3 000 sacs contre une moyenne de mille sacs pour ce jour. Bref autant de sacs achetés pour être vendus à 23 sous la livre mais qui le seront en fait à 50 sous, grâce aux nouveaux prix que le gouvernement prend tout son temps pour rendre officiels. Le nouveau prix pour le sucre roux passe de 16 sous à 35 sous. L’industrie sucrière est d’autant plus contrariée qu’elle réclame cette augmentation depuis des années et qu’elle traverse des difficultés financières s’élevant à Rs 75 millions pour la seule année 1978. L’indiscrétion en or, commise par Ringadoo aux dépens de planteurs sucriers, se fait en présence du ministre de l’Agriculture, Sir Satcam Boolell. Ce dernier ne semble pas s’être ému de ce coup de poignard donné aux planteurs sucriers par des spéculateurs bien renseignés.

Sir Seewoosagur Ramgoolam également présent, lors de l’indiscrétion commise par son grand argentier, ne semble pas non plus fâché de cette indiscrétion au profit de Mercure (dieu des commerçants mais aussi des voleurs) et aux dépens de Cérès (déesse des moissons). C’est qu’il est très embêté par la nécessité d’amender l’Industrial Relations Act (IRA). Les syndicats le réclament à cor et à cri. Une aile gauche au sein du PTr s’en fait l’écho au nom des principes socio-fabianistes du PTr. Mais le PMSD et l’aile droite du Labour veillent au grain et ne cèdent pas un pouce de terrain. Incapable de faire plaisir à tout le monde, SSR doit recourir à son alternative habituelle, à savoir donner du temps au temps et retarder d’autant l’échéance des décisions cornéliennes. Il voudrait bien s’abriter derrière un Select Committee (comité parlementaire restreint), connu pour être synonyme de calendes grecques. Si demain, vous apprenez que le gouvernement en place, pourtant composé entre autres de Paul Bérenger et de Showkutally Soodhun, anciens négociateur et syndicaliste, songe sérieusement à confier les amendements de l’IRA à un nouveau Select Committee, vous pourrez conclure que cet épineux dossier n’aura pas avancé d’un pouce en un quart de siècle.

L’histoire, qui ne perd jamais son sens de l’ironie, précise que le projet de confier l’amendement de l’IRA à un Select Committee est une décision du Premier ministre, Sir Seewoosagur Ramgoolam, prise cependant après consultation, non pas avec le chef de l’opposition parlementaire, Anerood Jugnauth, mais avec le secrétaire général du MMM, Paul Bérenger. Il vaut toujours mieux s’adresser à Dieu plutôt qu’à ses saints. Bérenger confirme même que le rapport du Select Committee IRA sera déposé trois semaines après sa nomination.

L’histoire précise aussi que, par deux fois, Ramgoolam, père, quitte une réunion avec ses ministres pour s’entretenir avec Paul Bérenger. Ses ministres n’apprécient guère une déclaration de Bérenger laissant entendre que Ramgoolam serait satisfait de la situation dans le port. Prophétique, SSR leur explique que “pas moi ça, li ça !” Le PMSD, pour sa part, reste sur ses gardes et fait savoir qu’il n’est pas question pour lui de participer au renflouage du MMM sur le plan syndical. Prem Doonghoor ne craint pas d’afficher son exaspération. Il rassemble ses dossiers de Junior Minister à l’Energie (secrétaire parlementaire) et se retire sous sa tente, en attendant des jours moins conciliants avec le MMM.

Publicité