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Trafic présumé de cannabis

L’affaire Gulshan Govind met le gouvernement à l’épreuve

2 août 2026, 09:00

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L’affaire Gulshan Govind met le gouvernement à l’épreuve

© Sumeet Mudhoo

L’enquête sur un présumé réseau de trafic de cannabis entre Maurice et La Réunion a franchi un nouveau cap avec l’arrestation de Gulshan Govind (photo), 42 ans, époux de la junior minister à la Culture, Véronique Leu-Govind. L’homme a comparu, hier 1ᵉʳ août, devant la Bail and Remand Court (BRC) où une accusation provisoire de conspiracy to import drugs a été retenue contre lui. Les enquêteurs de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) le soupçonnent d’avoir joué un rôle clé dans l’organisation d’un voyage maritime destiné à acheminer vers Maurice une importante cargaison de cannabis interceptée quelques jours plus tôt à La Réunion.

À leur sortie de la BRC, Mᵉ Rouben Mooroongapillay a expliqué qu’il y a deux charges contre son client: «Un cas de conspiracy où cette drogue de 100 kg n’a été retrouvée ni chez lui, ni sur le bateau. Pour la deuxième charge provisoire de possession de plants de cannabis, un plan de travail sera établi à partir de mardi prochain pour son interrogatoire par les enquêteurs de l’ADSU. Demain, il comparaîtra en cour de Rivière-Noire pour cette charge provisoire.»

L’affaire trouve son origine sur les côtes de l’île-sœur. À l’embouchure de la Rivière-du-Mât, dans la région de Bras-Panon, près de 100 kg de zamal ont été saisis par les autorités réunionnaises lors d’une opération d’envergure menée avec l’appui de moyens terrestres, maritimes et aériens. Les enquêteurs soupçonnent que cette cargaison devait être transportée clandestinement vers Maurice à bord d’une embarcation rapide. Selon des renseignements transmis aux autorités mauriciennes, l’ADSU a rapidement mis en place plusieurs opérations afin d’identifier les personnes susceptibles d’être impliquées dans cette tentative présumée d’importation de drogue.

Le 26 juillet, les enquêteurs ont lancé des recherches ciblées pour localiser un hors-bord soupçonné d’avoir participé à cette opération. Le lendemain, l’embarcation a été repérée dans le lagon du Morne, près de l’hôtel Le Paradis. Le bateau a été remorqué jusqu’à la base de la National Coast Guard de Rivière-Noire où il fait l’objet d’analyses scientifiques.

C’est dans ce contexte que les enquêteurs ont perquisitionné vendredi le domicile de Gulshan Govind à Case-Noyale. Les officiers affirment avoir découvert une fiole contenant une certaine quantité de méthadone et quatre plants de cannabis cultivés dans des pots sur le toit de la maison. Son téléphone portable et son véhicule ont été saisis pour les besoins de l’enquête. Après plusieurs heures d’interrogatoire, il a été arrêté et les services de Mᵉˢ Mooroongapillay et Sailesh Seebaruth retenus pour assurer sa défense.

Les enquêteurs cherchent désormais à établir son rôle exact dans ce présumé réseau et l’étendue de ses contacts avec les personnes arrêtées à La Réunion. Ils s’intéressent également à d’autres suspects. Vendredi soir, des officiers de l’ADSU se sont rendus dans une clinique à Baie-duTombeau, où était admis Ravindra Chimajee, 38 ans, habitant de La Gaulette. Une bouteille contenant de la méthadone a été découverte en sa possession. Les enquêteurs le soupçonnent d’avoir été en contact avec d’autres protagonistes de cette affaire et tentent de déterminer son degré d’implication.

Passé judiciaire

Au-delà des éléments récemment découverts, l’arrestation de Gulshan Govind ravive également un passé judiciaire déjà connu des autorités. En 2008, il avait été condamné pour trafic de cannabis. Il avait alors écopé d’une peine d’emprisonnement d’un an et d’une amende de Rs 20 000. Son recours en appel avait été rejeté. Son passé judiciaire constitue aujourd’hui un élément supplémentaire examiné par les enquêteurs. L’affaire a rapidement pris une dimension politique en raison de sa proximité avec une junior minister.

Interrogé sur cette arrestation, le Premier ministre Navin Ramgoolam a assuré que l’enquête se déroulerait sans interférence politique. Il a déclaré avoir donné des garanties aux enquêteurs et à la population que personne ne bénéficierait d’un traitement privilégié. «Peu importe qui vous êtes dans la société ou dans le monde politique, s’il existe des preuves contre vous, il faudra en assumer les conséquences.» Le chef du gouvernement a indiqué qu’il continuerait à suivre l’évolution du dossier avant de se prononcer sur l’avenir politique de la junior minister Véronique Leu-Govind, rappelant le principe fondamental de la présomption d’innocence. Dans l’opposition, les réactions n’ont pas tardé. XavierLuc Duval a publiquement félicité le commissaire de police et les responsables de l’ADSU pour avoir autorisé la perquisition au domicile d’une personnalité liée au pouvoir. Son fils, Adrien Duval, est allé plus loin en réclamant la révocation immédiate de la junior minister, estimant que la gravité des allégations justifiait une décision rapide du gouvernement. Nous avons cherché une déclaration de la junior minister, Véronique LeuGovind, mais sans succès.

L’enquête remet également sous les projecteurs des épisodes ayant déjà touché l’entourage familial de cette dernière. Son frère, Benjamin Leu, avait été impliqué dans une affaire de trafic de cannabis à La Réunion après l’échouement d’un hors-bord en 2023. Bien qu’aucun lien direct n’ait été officiellement établi à ce stade entre les deux dossiers, les enquêteurs ont procédé à plusieurs vérifications afin de comprendre les éventuelles connexions entre les différents protagonistes.

Pour l’heure, les investigations se poursuivent de part et d’autre de l’océan Indien. Les autorités mauriciennes et réunionnaises multiplient les échanges d’informations afin de reconstituer les contours exacts de ce présumé réseau transfrontalier.

L’exploitation des téléphones saisis, les analyses scientifiques du horsbord et les auditions des différents suspects pourraient permettre aux enquêteurs de déterminer qui se trouvait réellement derrière cette opération qui aurait pu conduire à l’introduction sur le territoire mauricien d’une cargaison de cannabis évaluée à plusieurs dizaines de millions de roupies.

Les Nouveaux Démocrates réagissent

Le parti, Les Nouveaux Démocrates, a réagi à l’arrestation de Gulshan Govind, époux de Véronique Leu-Govind, présidente du parti et junior minister au sein du gouvernement, dans le cadre d’une enquête sur une présumée infraction liée aux stupéfiants. Dans un communiqué publié le 1ᵉʳ août 2026, la formation politique indique prendre acte de cette affaire tout en rappelant le principe de la présomption d’innocence. Elle souligne que les circonstances de l’enquête demeurent entre les mains des autorités compétentes et qu’aucune conclusion définitive ne peut être tirée avant une décision de justice.

Le parti affirme également son soutien aux institutions engagées dans la lutte contre le trafic et la distribution illicite de drogues. Il salue notamment le travail de l’ADSU, de la police et des autres services d’enquête, mais reconnaît que cette situation constitue une épreuve difficile pour Véronique Leu-Govind, tant sur le plan personnel que dans l’exercice de ses responsabilités publiques. Il précise qu’il suivra attentivement l’évolution de l’enquête et prendra, si nécessaire, les décisions appropriées en fonction des éléments qui seront établis. Il annonce également qu’il communiquera à nouveau lorsque de nouveaux développements interviendront.

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