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Kronik KC Ranze
Sapiens mobiles...
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Kronik KC Ranze
Sapiens mobiles...
La lecture m’a tout appris. Ou presque. Une des grandes découvertes, un des plus grands constats de cette lecture, c’est combien il est nécessaire d’échapper à l’étroitesse de notre présent pour mettre les choses en perspective. Dans l’espace, ainsi que dans le temps! Une vie passée à parler constamment de politicaille, du dernier shopping au Mall ou à Temu, des cotes de chevaux (y compris ceux portant œillères…), du dernier scandale, du dernier viol, ou des vertus de son équipe de foot favorite, ça finit par faire, en effet, un peu étroit.
Prenez la question de la mobilité humaine, pour sortir de l’ordinaire.
L’homo sapiens apparaît il y a 300 000 ans. Bipède, il chasse, mais il reste largement en Afrique jusqu’à environ 80 000 années où, nous ne saurons peut-être jamais exactement pourquoi, nos ancêtres quittent leur continent pour peupler le reste de la planète. On évoque des périodes de plus en plus sèches en Afrique, alors que des changements climatiques temporaires créaient des «corridors verts» en Arabie et au Moyen-Orient qui attiraient gibier… et chasseur. Quoiqu’il en soit, les ères glaciaires réduisant sérieusement le niveau des mers, Sapiens atteignait l’Australie il y a environ 43 000 ans et Tierra Del Fuego, 33 000 ans plus tard. Toute la planète est ainsi colonisée après quelques rencontres fertiles avec les Neandertals ou les Dénisoviens. Cette période «mobile» ne dure pas pour toujours. L’homme devient plus sédentaire, l’agriculture l’ancre, l’urbanisation aussi. Rapidement et au cours des âges, une élite (royale, religieuse, commerciale ou guerrière) s’installe aux dépens des autres, très largement des manants, des serfs (parfois seulement, des vilains libres), travaillant dur au gré de la volonté des seigneurs. La mobilité est alors un luxe seigneurial, sauf quand celuici part en guerre et qu’il recrute des soldats ! Ou qu’il fait le commerce d’ esclaves… Le citoyen lambda français, par exemple, largement majoritaire, s’éloigne à peine de son logis et de son lopin de terre, dort avec ses vaches par hiver rigoureux et travaille gratuitement, tout en payant des taxes sur ce qu’il produit…
La révolution industrielle n’augmente pas, au départ, la mobilité des indigents qui ne migrent que contraints ou forcés par la famine, la recherche d’opportunités nouvelles, les guerres de religion ou des jugements sommaires les bannissant vers des bagnes; en Australie, en Guyane ou ailleurs. Tous les pays restent largement paysans, ces derniers ne se déplaçant guère. Mais émerge quand même une plus large tranche de bourgeoisie qui se déplace : artisans spécialisés, commerçants, médecins, prêteurs sur gage… C’est beaucoup plus près de nous que, grâce à la démocratisation de l’éducation et des pouvoirs d’achat et les énormes progrès du transport (paquebots, trains, puis avions) que les populations deviennent plus mobiles. Ce qui pousse d’ailleurs les bureaucraties nationales à intervenir en formalisant, à travers la Société des Nations, dès 1920, le passeport, ce qui sera suivi des nouvelles contraintes des permis de résidence ou de travail, des visas etc.
❝ «Un homme est fait pour être mobile. Tout le malheur vient de l’immobilité»
Jacques Brel
Si la mobilité des humains a beaucoup augmenté (et il ne faut surtout pas minimiser l’apport de l’internet et du téléphone mobile qui nous rendent digitalement hyper mobile…), il est quand même étonnant de constater que pas plus de 4 % de la population globale a pris un vol international l’année dernière, que 80 % n’ont jamais même été en avion, qu’environ 50 % des 8 milliards d’humains n’ont jamais vu l’océan, que l’humain moyen passe la totalité de sa vie dans un rayon de moins de 100 km de son lieu de naissance, que 1 % de ceux qui prennent l’avion sont responsables de 50 % des émissions de carbone de l’aviation (*) ; les jets privés étant les plus grands responsables, les principaux coupables contribuant jusqu’à 7 500 tonnes de CO₂ par personne par an v/s 130 kg pour le voyageur aérien moyen…
Cette mise en perspective nous rappelle, une fois encore, les disparités criantes des conditions de vie sur la planète et que si les «manants» sont bien mieux lotis qu’auparavant, les seigneurs, eux, sont toujours là ! Les seigneurs des temps nouveaux ne sont plus des Ducs (Europe), des Gongs (Chine) ou des Kniaz (Russie), mais des Musk , des Yiming, des Bezos, des Zhao et des Ambani…
Nous en sortirons-nous jamais un jour (comme avec la fortune partiellement redéployée de Warren Buffet, de Bill Gates ou de McKenzie Scott) ou est-ce qu’il est impossible d’échapper aux appétits humains ; même quand ils sont démesurés ?
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Le réchauffement de la planète est une supercherie, un canular (a hoax) selon Trump et ses compagnons du même acabit. 53,9 °C au Koweït, 50,5 en Turquie, 48,8 en Italie, 46,0 en Inde, 45,0 aux États-Unis, 44,3 en France, 40,1 au Japon (kokushobi) ; de nombreux pays atteignant la plus forte température qu’ils aient jamais connue jusqu’ici (Tchéquie, Slovaquie, Allemagne, Pologne, Iraq…) ; la température la plus élevée jamais enregistrée pour l’eau de mer de surface extra-polaire (60 °S à 60 °N) à 21 °C; tout ceci ressemble plutôt à une sacrée supercherie des climato-sceptiques et des vendeurs d’hydrocarbures ! El Niño à l’horizon ne va pas aider non plus… y compris chez nous, notamment pour la pluviométrie apparemment. On nous préviendra… après ?
La plus forte température jamais enregistrée à Maurice serait 35,3 °C, même si nous croyons nos températures d’été déjà «insupportables» ! Agaléga et St-Brandon auraient fait mieux, mais en tout état de cause, les vents marins qui nous balaient doivent aider, par rapport aux chaleurs plus «continentales»…?
En corrélation directe de ces vagues de chaleur, des sècheresses et des feux de forêts embrasent la planète dans l’hémisphère Nord ces jours-ci. Les forêts boréales du Canada ont pris feu pendant la Coupe du monde, incommodant le seigneur Trump au point où celui-ci menaçait son voisin du Nord de… tarifs spéciaux ! La France brûle comme jamais auparavant. L’Espagne, l’Algérie, la Norvège, la Sibérie font face à des feux majeurs. Les évacuations d’habitants en guise de précaution se chiffrent par centaines de milliers. Certains suggèrent que cela pourrait empirer avec d’autres vagues de chaleur prévues pour bientôt, l’été n’étant pas encore terminé.
Si de nombreux touristes viennent ici lors de notre «haute saison» pour échapper au froid et à la grisaille de chez eux, peut être verrons-nous bientôt une basse saison bien plus dynamique, quand ces mêmes touristes voudront échapper à la canicule et à la fumée potentielle de leurs étés ?
En passant, pour économiser l’électricité en été, de mai à octobre, le ministère de l’Environnement du Japon préconise, depuis 2005, une température de 28 °C au climatiseur ! VINGT HUIT DEGRÉS ! On s’habille même en short pour aller travailler au point où certains se plaignent d’avoir à subir les jambes poilues de leurs collègues, surtout féminines. Qu’importe ! En fin de compte ils économisent des millions de kWh…
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Si le but du long métrage de Selven Naidu sur l’odyssée des Chagos était de nous faire avoir honte, c’est réussi !
J’ai eu honte d’avoir été parmi les Mauriciens totalement indifférents à la déportation des îlois entre 1967 et 1973. J’avais pourtant entre 17 et 23 ans. J’ai eu honte d’avoir fait partie de cette nation mauricienne qui a si mal accueilli les Chagossiens au départ – dockers flats abandonnés en guise de «maisons», quolibets, mépris, hôpitaux et écoles glaciales dans leur accueil. J’étais pourtant majeur et vacciné ! J’ai honte de lire (**) que les 1 068 Chagossiens adultes, qui reçoivent leur part des 650 000 livres sterling de compensation en 1978, ne reçoivent que Rs 7 590 chacun. Pour avoir été déraciné et déporté ? J’ai honte de savoir (**) que, profitant de leur misère et de l’illettrisme, les Britanniques, lors de la mission Sheridan, offrent £ 1,25 m en compensation «finale» avec renonciation à tout droit de retour aux Chagos. J’ai honte de n’avoir eu presque aucune conscience des grèves de la faim d’îloises pour obtenir un logement décent, ni des premiers frémissements mauriciens à la cause chagossienne entre 1978 et 1981. J’ai honte de faire partie d’une humanité comprenant des Américains qui, contrairement à toutes (?) leurs autres bases, insistent pour que Diego, seule, éloigne ses «indigènes» pour toujours… Pourquoi donc ? J’ai honte pour les Anglais, les promoteurs du fair play, de l’abolition de l’esclavage et du rule of law ; pour toutes les saloperies et sournoiseries dont ils ont été aussi, par ailleurs, capables.
«Ran zot zot Chagos !» Immobilisés qu’ils sont depuis 53 ans ou plus ! Avec l’espoir que nous saurons tous, conjointement, en faire quelque chose de bien, dont on pourra être fiers.
Tiens! En passant, a-t-on enfin complété ce qui était promis à Agaléga ?
(**) L’an prochain à Diego Garcia… J C de l’Estrac, ELP, 2011
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