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Cour suprême

Trois dossiers pour inaugurer la Financial Crimes Division

14 septembre 2026, 09:00

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Trois dossiers pour inaugurer la Financial Crimes Division

■ La Financial Crimes Division accueille aujourd’hui ses premiers dossiers dans le bâtiment de la Cour suprême à la rue Edith Cavell à Port-Louis.

Aujourd’hui lundi, la Cour suprême va changer de décor, mais surtout de rythme. La Financial Crimes Division (FCD), conçue pour concentrer devant une juridiction spécialisée les affaires de criminalité financière, accueille ses premiers dossiers. Trois procès, trois histoires très différentes, mais un même fil rouge : l’utilisation présumée d’une fonction, d’une influence ou d’un mécanisme public au cœur d’affaires où circulent argent, pouvoir et intérêts privés.

Le rendez-vous du 14 septembre est l’aboutissement d’une décision prise un peu plus d’un mois auparavant. Le 11 août, le bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP) a statué sur six dossiers transmis par la Financial Crimes Commission (FCC). Trois ont été retenus pour des poursuites devant la FCD de la Cour suprême. Dans chacun des cas, le parquet estime qu’il existe une perspective raisonnable de condamnation et que l’engagement de poursuites est dans l’intérêt public. Les trois autres dossiers, portant notamment sur la SBM, St-Louis et un autre volet de Reward Money, ont été retournés à la FCC pour des investigations et clarifications supplémentaires.

Le premier dossier plonge dans les coulisses de la police. Dans Reward Money, l’ancien haut gradé Lilram Deal est poursuivi pour avoir, selon l’accusation, utilisé sa position à des fins de gratification, mais aussi pour blanchiment d’argent. Le dossier porte sur des fonds destinés aux informateurs intervenant dans des enquêtes policières. Derrière ces reward moneys, généralement invisibles pour le grand public, c’est donc la gestion d’un circuit financier destiné à faciliter le travail des enquêteurs qui se retrouve sous le regard de la justice. Le procès devra notamment déterminer ce qui s’est réellement passé autour de ces fonds et si l’utilisation qui en aurait été faite correspondait à leur finalité.

Le deuxième dossier ramène la justice vers GrandBassin et les terres de l’État. L’affaire, connue sous le nom de Stag Party, met en cause l’ancien Attorney General et ministre Maneesh Gobin, l’ancien PPS Rajanah Dhaliah et l’ex-président de la SIT Land Holdings Ltd, Harryduth Ramnarain. Au centre : l’attribution d’un bail portant sur des terres de l’État à Grand-Bassin. Des allégations de corruption et de trafic d’influence entourent cette opération. Ce dossier place ainsi sous la loupe les relations entre responsables politiques, décideurs d’une société liée à l’État et bénéficiaires d’un projet foncier.

Le troisième dossier quitte les terres de Grand-Bassin pour celles de l’hôtellerie. Ken Poonoosamy, ancien Chief Executive Officer de l’Economic Development Board, est poursuivi dans le MICApavou Deal pour avoir, selon l’accusation, utilisé sa position à des fins de gratification. L’enquête s’intéresse au financement accordé par la Mauritius Investment Corporation (MIC) pour l’acquisition de l’hôtel Ambre. Quelque Rs 2,4 milliards avaient été décaissées, alors qu’un montant additionnel de Rs 300 millions avait été sollicité et considéré comme excédentaire par les enquêteurs.

Pour la FCD, l’enjeu dépasse donc largement ces trois dossiers. Sa vocation est de traiter de manière spécialisée les affaires de criminalité financière, dans l’espoir de conjuguer expertise, efficacité et célérité là où les procédures complexes peuvent souvent s’enliser. Ce lundi, elle ne rendra pas encore de verdict. Elle posera ses premiers jalons.

Et pour les trois affaires, une même frontière demeure infranchissable : celle qui sépare une accusation d’une culpabilité établie. Les faits allégués devront maintenant passer l’épreuve des preuves, des témoins et du contradictoire. C’est devant cette nouvelle cour, et non plus seulement dans les dossiers d’enquête, que ces histoires commenceront véritablement à être écrites.

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