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Sirène du lagon
Une voix vigoureuse qui vient de loin, quelques pas pressés et voilà la petite sirène qui foule enfin le sol. Après une séance de plongée dans les eaux de Grand-Baie suivie d?une réunion de travail, Sweety Soobrayen est toujours intarissable. Et dès que l?on évoque ses virées à vingt milles lieux sous les mers, ses yeux rougis pétillent davantage. « J?ai besoin de ressentir cette poussée d?adrénaline qui me pousse chaque jour davantage dans ce métier et me permet de découvrir les merveilles de la mer », explique-t-elle.
Responsable du centre de plongée de l?hôtel Véranda, à Grand-Baie, cette jeune femme de 23 ans, a dû surmonter de nombreux obstacles pour répondre à l?appel de la mer. À 18 ans, elle a encore le nez dans ses livres de classe et s?attelle aux dernières révisions avant le Higher School Certificate à la State Secondary School de Goodlands. C?est alors que ses parents se séparent. Bouleversée à l?idée que sa mère va quitter le toit familial, Sweety Soobrayen a du mal à passer ses examens. « Après les examens, je n?avais qu?une idée en tête : trouver un emploi. C?est ainsi que j?ai appris qu?un poste de secrétaire était vacant au centre de plongée de l?hôtel Veranda. J?ai postulé et on m?a recruté », raconte Sweety.
Il lui suffit de quelques jours pour s?adapter à ses nouvelles responsabilités. « Je prenais les réservations des clients qui désiraient plonger, j?entretenais l?équipement et je m?occupais de la comptabilité du centre », précise-t-elle. Cinq mois s?écoulent. Désormais, le métier de secrétaire, n?a plus de secrets pour la jeune femme. Mais voilà qu?une conversation avec un client qui remonte tout juste d?une plongée, vient tout chambouler une fois de plus.
« Cet étranger me racontait ce qu?il avait découvert sous la mer. C?était merveilleux. Certains avaient vu une raie, d?autres des requins etc. J?avais vraiment envie de les voir à mon tour », dit la monitrice. Bien vite, elle décide de suivre à temps partiel des cours de plongée donnés par Witold Smilowski. Mais il y avait un problème ! À 20 ans, Sweety Soobrayen ne savait pas nager ! Cette difficulté ne l?a pas pour autant découragée.
« J?exerçais toujours le métier de secrétaire. Cela me permettait de payer mes études, mais ce n?était pas évident. Sur mon salaire de Rs 4 500, je devais prélever presque la moitié tous les mois », confie-t-elle. C?est ainsi qu?elle apprend toute la théorie de la plongée. Ensuite, elle enchaîne avec la première étape de sa formation, qui consiste à plonger à une profondeur de 18 mètres. Arrivée au deuxième niveau, elle doit descendre jusqu?à 30 mètres de fond. « Le troisième niveau des cours comprend les méthodes de secourisme et à partir du quatrième, nous sommes enfin aptes à plonger », ajoute la jeune femme.
Comment s?est déroulée sa première plongée ? « Nous étions à neuf pour plonger à Flic-en-Flac. J?étais vraiment très stressée. J?avais des craintes, mais tout s?est bien passé. Je me souviens encore des tortues et des barracudas que j?ai vus sous l?eau. C?était une expérience formidable ». Il faut savoir que la plongée sous-marine se déroule comme une excursion. Il faut donc suivre exactement un circuit établi au préalable par le moniteur. Avant la séance de plongée, qui dure environ 45 minutes, Sweety Soobrayen anime un petit briefing avec les clients, qui doivent nécessairement avoir une expérience de la plongée sous-marine. Si ce n?est pas le cas, la jeune femme assure des cours d?initiation en piscine avant leur première sortie en mer.
Quels sont les secrets de ce métier ? « Je crois qu?il faut juste respecter les règles de la plongée. Il faut être toujours vigilant, garder un ?il sur les autres plongeurs et ne pas dépasser les limites de profondeur », répond-elle. De temps à autre, on fait appel à elle pour des plongées sous-marines nocturnes. Une aventure qui ne lui fait absolument pas peur : « C?est bien plus risqué, car il faut que l?on soit muni de torches, mais l?expérience est très enrichissante. »
Aujourd?hui, Sweety Soobrayen prépare le cinquième niveau de sa formation pour devenir instructrice de plongée. Même si elle éprouve toujours cette passion qu?elle vit jusqu?au bout, elle sait que cela ne fait pas forcément des heureux dans son entourage.
« Je suis issue d?une famille très pieuse. Mes proches s?opposent à ce que je fasse ce métier. Ils pensent que cela ne convient pas à une fille. Cela me désole. Parfois, je me sens vraiment découragée, mais je ne veux pas y renoncer. Enfiler la combinaison de plongée, le masque, les palmes et tout le reste de l?équipement façonne mon quotidien. Mon travail, c?est toute ma vie. »
Mais ces divergences d?opinion ne vont pas jusqu?à la séparer malgré tout de ceux qu?elle aime. Ses soirées, la jeune femme les passe en compagnie de son oncle à jouer aux échecs où à lire des livres sacrés. Au petit matin, elle revêt à nouveau sa tenue de sirène pour se jeter dans les bras de la mer.
Melhia BISSIÈRE
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