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Responsabilités engagées
<B>Par Nazim Esoof</B>
Révélateurs, les propos des jeunes autour de l?affaire du clip à caractère pornographique impliquant d?autres jeunes. Entre ceux et celles qui expriment un sentiment de dégoût et les autres qui s?étonnent du scandale qu?a suscité cette affaire, un éventail de positions rend compte de la complexité de la situation. En se gardant de tout excès de moralisme et de toute tentation permissive, il importe aujourd?hui de situer les responsabilités. Car cette affaire est synonyme d?échec. Celui de l?école, de la famille et des institutions sociales. Mais cet échec n?est pas une mise en accusation parce que le mal est plus profond. Il traduit à la fois le désarroi et l?hypocrisie de toute une société.
Dans un pays où l?on pratique l?art de croire que l?état de sommeil n?engendre que de beaux rêves et jamais de cauchemars, on s?est réveillé voici quelques jours dans un état de choc. Nos jeunes vivent une sexualité clandestine. Ce qui n?est pas tragique en soi. C?est le cas partout. Dans les pays les plus développés comme ceux qui le sont moins. Ce qui par contre interpelle, c?est notre refus d?aborder la question de front. Ici et là, certes, des parents, des éducateurs et des législateurs responsables reconnaissent que la jeunesse contemporaine est à des années-lumière de cette jeunesse des années 70 où notre aventure intellectuelle et cérébrale semble s?être figée. Voire la révolution sexuelle aussi !
Entre-temps se sont installés le non-dit et la culture du silence. La question de la sexualité des jeunes, c?est un peu à l?image de celle qui a trait à la toxicomanie. Il faut interdire. Toujours interdire et faire semblant d?avoir trouvé la solution.
Elle est vraiment malade cette société de sa capacité à occulter tout ce qui la dérange. Face à cet état des choses, elle choisit la voie de la répression. La société mauricienne, à ce titre, a toujours eu une tradition d?Etat policé et cela n?est pas près de changer. C?est connu et on ne s?appesantira pas là-dessus. Par contre, il importe de souligner la fracture générationnelle qui est en train de prendre la voie du non retour. Au lieu de sermonner, de réglementer, il faut comprendre les références de cette jeunesse qui vit à l?heure de l?Internet et d?un certain libertinage des m?urs. Il est plus facile dans un tel contexte pour les conservateurs et les puritains de livrer leurs sermons condamnatoires.
Il est, à l?opposé, plus difficile d?éviter les jugements de valeurs et autres lieux communs qui attribuent tous les malheurs de notre jeunesse au manque de repères ou de modèles. Dans toute cette affaire de clip pornographique, il faut insister sur le fait qu?il n?y a pas, d?un côté, les gentils et, de l?autre, les méchants. Il n?y a que des victimes d?une information qu?on a retenue. Victimes d?une époque aux m?urs volages. Si on accepte ce fait, on sera plus à même de combattre la pornographie, la toxicomanie et la délinquance. Ce sont des maux qui font partie de notre époque. Comme d?autres époques ont été témoins d?autres types de déviance.
Aujourd?hui, il est important de ramener les choses à leur juste proportion. A ce chapitre, nous ne restons pas non plus indifférents face à ces médias qui se livrent au voyeurisme. La responsabilité de tous est engagée. Celle de la famille, des écoles, de nos décideurs mais aussi celle des médias.
Il est temps pour tous de cesser de croire que la société mauricienne sera épargnée des maux qui traversent le monde. C?est dans notre manière de les appréhender que nous pourrons signaler notre particularité. Jusqu?ici s?il y a particularité, elle participe surtout de notre art à jouer aux vierges et puceaux scandalisés.
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