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Remise en cause des pouvoirs de l?Assemblée régionale

11 février 2006, 20:00

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Une récente déclaration du ministre Asraf Dulull faite à l?express-dimanche selon laquelle « autonomie ne veut pas dire indépendance », risque d?accentuer les divergences autour du principe même de l?autonomie administrative accordée à Rodrigues sous la loi de 2001.

Le ministre s?exprimait sur l?éventualité que le gouvernement central reprenne en main le dossier de l?attribution des terres de l?État à Rodrigues. Depuis l?installation de l?Assemblée régionale en octobre 2002, ce dossier relève de l?administration rodriguaise.

Interrogé à sa conférence de presse de vendredi, le Premier ministre répond de manière nuancée. Navin Ramgoolam affirme avoir abordé la question avec le chef commissaire Serge Clair, ajoute qu?il existe « certains malentendus » sur ce dossier et annonce d?autres rencontres entre le ministre et les autorités rodriguaises à ce propos.

Le ministre Dulull ne fait cependant pas dans la dentelle. « Je suis pour une autonomie responsable, sage, prudente et respectueuse des droits fondamentaux de tous les Rodriguais. » Il s?insurge contre ceux qui « utilisent l?autonomie pour assouvir les désirs de certains individus, désirant à tout prix instaurer un régime de tontons macoutes. »

Invité à commenter la déclaration d?Asraf Dulull, Johnson Roussety, leader de la formation minoritaire au sein de l?Assemblée régionale de Rodrigues, trouve la sortie « un peu forte » et met en garde contre tout amalgame.

<B>Contrôle mesuré du gouvernement central</B>

Une réaction qui surprend, à double titre tout au moins. D?abord parce que le leader de la minorité n?a pas ménagé ses critiques à l?égard de la majorité au point de laisser croire qu?il serait personnellement contre l?autonomie. Ensuite, parce que le ministre Asraf Dulull s?en prend lui aussi à cette même majorité qu?il accuse de « vouloir tout le temps faire du mal aux opposants démocratiquement élus en encourageant des gens à adresser aux responsables du gouvernement mauricien des lettres blâmant Johnson Roussety ».

Ce dernier souhaite néanmoins un contrôle mesuré de la part du gouvernement central au cas où Port-Louis penserait qu?il y a entorse. Il place sous un tel chapitre, le dossier ayant trait à la gestion des terres de l?État.

Johnson Roussety est toutefois d?avis qu?il faut se garder de faire de l?amalgame entre le système administratif instauré en octobre 2002 et le comportement de la présente majorité. « L?autonomie n?a certes pas bien fonctionné. Cependant, il est hors de question de remettre en cause le principe même de la décentralisation. Les problèmes actuels sont imputables aux dirigeants politiques et non au système. Bien au contraire, il importe de consolider le système. »

Asraf Dulull qui a été le seul membre du gouvernement à faire part de son point de vue sur l?autonomie sans état d?âme n?est pas convaincu des bienfaits de la régionalisation.

« Je n?ai que faire des réponses qu?on plantera dans un organe politique partisan rodriguais pour faire croire que tout va pour le mieux dans notre 21ème circonscription. » Il note que le secteur touristique passe par des moments difficiles à Rodrigues.

Serge Clair, le chef commissaire, également responsable de ce dossier et qui a fait un plaidoyer en faveur de ce secteur à Rodrigues lors des Assises sur le tourisme, n?a pas souhaité répondre aux critiques du ministre Asraf Dulull.

<B>Pas le seul « malentendu » </B>

Il s?est contenté de rappeler que dans le cadre de la législation, le chef commissaire est tenu de rendre régulièrement compte au Premier ministre de ce qui se passe dans l?île. Il avoue avoir récemment remis au chef du gouvernement un document sur la politique d?attribution des terres à Rodrigues.

Le différend entre le ministre du Logement et des Terres et l?administration rodriguaise n?est toutefois pas le seul « malentendu » entre Port-Louis et Port-Mathurin. Le ministère de l?Éducation avait dans un passé récent envisagé de revoir les attributions de l?Assemblée régionale dans le domaine de l?éducation, après une tentative de cette instance de prendre sous son contrôle la gestion de Redco, la compagnie qui gère les collèges d?État dans l?île.

La majorité à l?Assemblée régionale détenue par l?Organisation du peuple de Rodrigues, est d?avis qu?elle devrait, dans la logique de la loi sur la décentralisation, avoir les coudées franches sur la gestion de ces institutions scolaires. Le Mouvement rodriguais craint toutefois qu?un tel contrôle risque de pénaliser ceux qui ne sont pas du même bord politique que ceux qui sont actuellement au pouvoir.

Bref, une querelle de clocher qui risque de servir de prétexte aux actuels occupants de l?hôtel du gouvernement pour remettre en cause certaines dispositions de la loi de 2001.

<B>Le MMM préoccupé </B>

Ce qui se passe actuellement entre Port-Louis et Port-Mathurin ne laisse pas l?opposition indifférente. Steeve Obeegadoo, un des secrétaires généraux du Mouvement militant mauricien (MMM) et ancien ministre de l?Education, affirme que le MMM suit la situation avec beaucoup de préoccupations. D?autant, ajoute-t-il, que c?est sous le dernier gouvernement qu?a été définie la structure de l?autonomie. Un régime qui permet à Rodrigues, selon sa spécificité, de dessiner le sentier du développement de l?île dans le cadre de la République de Maurice.

« Nous savons tous que l?actuel gouvernement est animé par une très forte tendance centralisatrice qui a occasionné des remous, qu?il s?agisse du dossier de la Redco ou ailleurs. Il est impératif qu?il y ait une très bonne entente entre Port-Louis et Port Mathurin pour faire fonctionner l?autonomie dans le cadre de la République. Le MMM et son leader suivent le développement au jour le jour. Nous souhaitons que le dialogue va prévaloir et nous invitons le Premier ministre à se pencher au plus vite sur ce dossier. »

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