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Regrettable

22 mai 2006, 00:00

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Le Conseil de l?Europe a, depuis vendredi et ce pour six mois, une nouvelle présidence. Pour la première fois depuis son adhésion, en 1996, la Russie assume cette charge. Le moins qu?on puisse dire est qu?elle n?y est pas vraiment préparée. Le Conseil de l?Europe a été créé en 1949 pour défendre les droits fondamentaux après la barbarie de la seconde guerre mondiale. Il a rempli cette tâche avec succès pendant les années de la guerre froide avant de s?ouvrir après la chute du mur de Berlin et l?effondrement du système communiste. Il compte actuellement quarante-six membres, ainsi que quelques pays observateurs censés partager les mêmes valeurs sans pour autant appartenir au Vieux Continent. A côté de l?Union européenne, dont l?objectif final devrait être de créer une Europe unie, le Conseil de l?Europe s?est spécialisé dans la promotion des droits de l?homme.

Est-il vraiment opportun d?en confier la présidence à la Russie sous prétexte que l?ordre alphabétique l?exige ? La réponse est non. Car ce pays est encore loin de respecter les normes établies par cette honorable institution. Certes, bien des compromis ont été passés au fil des années pour ne pas déplaire à des gouvernements dont la conduite n?était pas irréprochable, mais dont le poids politique interdisait de véritables sanctions. Le Conseil de l?Europe dépend en dernier ressort des États qui le composent. Il a su pourtant se montrer courageux, en suspendant des pays qui bafouaient ouvertement les droits de l?homme, en menant des enquêtes contre la volonté des pouvoirs établis et en condamnant des États, par l?intermédiaire de la Cour internationale des droits de l?homme.

L?adhésion de Moscou avait été controversée. A l?époque, la Russie postcommuniste ne donnait pas toutes les garanties qu?on était en droit d?attendre d?un membre du Conseil. Mais l?espoir de progrès rapides n?était pas insensé. Or non seulement la Russie n?a pas rempli ses obligations ? elle est, par exemple, le seul pays membre à ne pas avoir ratifié la convention sur l?abolition de la peine de mort ?, mais la démocratie y a plutôt régressé au cours des dernières années, sous la férule de Vladimir Poutine. Aucun pays n?est aussi souvent accusé devant la Cour européenne des droits de l?homme pour violation des libertés individuelles. Même pas la Turquie. Plusieurs commissions d?enquête, quand elles peuvent se rendre sans entrave en Russie, ont constaté de graves manquements aux principes du Conseil.

Sans doute faut-il accorder aux dirigeants russes le temps de s?adapter à des règles de conduite qui leur étaient jusqu?à récemment inconnues. Mais, de là à leur confier la présidence d?une institution spécialisée dans la défense des droits de l?homme, il y a un pas que leurs partenaires européens n?auraient pas dû franchir.

© Le Monde 2006 Distribué par The New York Times Syndicate

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