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Questions à?Eduardo Cué

14 mars 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● Vous avez été invité par l?ambassade des Etats-Unis et l?université de Maurice pour animer une conférence sur le thème : ?Journalism ethics and democracy and the role of media?. Vous avez une longue carrière dans le journalisme, notamment au ?Washington Post?, puis dans des agences comme Associated Press. En tant que tel, relevez-vous des particularités propres au journaliste insulaire ?

Alors que les journalistes des grands pays ont tendance à se replier sur eux-mêmes, je dirais que le journaliste d?une île comme Maurice a, lui, la responsabilité d?ouvrir le monde à ses concitoyens.

● Dans un pays comme Maurice où règne la culture du silence, comment briser le mur et arriver à l?information ?

Il faut être solidaire. Toute la profession doit s?allier pour dénoncer cet état des choses pas seulement à l?intérieur de vos côtes mais aussi sur le plan international. Il faut créer une pression systématique. Cela ne réussira que s?il y a unité dans la profession. Or, on se focalise sur les différences au lieu de voir ce qui rassemble. Il ne faut pas craindre de réagir face aux tentatives de limiter la liberté d?expression.

● D?autre part, les repères déontologiques de la presse traditionnelle sont sous la pression des médias électroniques.

Il y a effectivement un dérèglement de données. Si je ne suis pas contre les blogs par exemple, je me dois, par contre, de faire remarquer que trop d?informations risque de tuer l?information. Le journaliste n?a plus le temps de faire le tri, de prendre du recul et de hiérarchiser l?information. On a davantage d?informations brutes et de moins en moins travaillées. Avec les technologies, c?est vrai qu?on perd de la substance déontologique et c?est un véritable danger.

● Quel est l?avenir de la presse écrite dans un monde où les jeunes lisent de moins en moins ?

L?avenir de la presse écrite n?est pas brillant. Mais il y a un rituel et une pratique de la presse écrite qui signale sa particularité. Le geste de tenir un journal, de tourner une page est synonyme d?ouverture. La presse suscite de nouveaux intérêts, élargit les horizons. Mais il est aussi vrai que la presse écrite existera à terme sous d?autres formes que sur papier. Ce n?est pas pour demain non plus.

● Est-ce que les médias remplissent leurs fonctions dans un monde qui est en pleine transition ?

Je ne pense pas que les médias soient en train de jouer leur rôle. Il faut aussi savoir qu?il existe une énorme partie de la population mondiale qui ne sait pas lire et qu?il est facile de manipuler. Parallèlement, il y a une autre grande partie qui n?a pas accès à l?information ou encore des parties du monde où la presse n?est pas libre. D?un autre côté, dans les pays libres, la tendance est à une presse moins sérieuse, moins portée vers les thèmes de société comme l?environnement et plus centrée sur le divertissement. C?est un fait que les médias ne sont pas en train de jouer leur rôle comme il faut dans un monde qui se réinvente. Il faut espérer qu?il y ait une prise de conscience en ce sens.

Propos recueillis par Nazim ESOOF

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