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Quatre-Bornes la fleur fanée

11 février 2006, 20:00

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Allons nous promener à Quatre-Bornes, Ville des Fleurs qui a balancé ses habits de cité dortoir pour se muer en Éden des noceurs de tout acabit. En moins de dix ans, la vieille dame est quelque peu méconnaissable, résultat d?un lifting de ses façades sur la route St.-Jean, l?unique rue « Royale » de l?agglomération.

Incontournable pour sa célèbre foire de vêtements, sa boîte de strip-tease, ses pharmacies de garde, ses lieux de culte et son « vieux » quartier bourgeois, la ville est le territoire d?une faune hétéroclite dès la tombée de la nuit.

Des fêtards de la classe moyenne qui se bousculent chez le restaurateur Alan Payen, propriétaire du Bon choix, aux jeunes des cités qui usent leurs semelles pour rallier les discothèques situées en bordure de l?autoroute, la localité est un passage obligé.

Ses trois autres homologues, hormis la capitale, sont des villes fantômes face à Quatre-Bornes. Pour les noctambules issus des Plaines-Wilhems et les touristes descendus tout près, c?est l?endroit in comparé aux lieux de rendez-vous branchés du littoral.

À l?entrée de Quatre-Bornes, au rond-point de St.-Jean, la couleur s?annonce. Un énorme billboard représentant une table de jeu vous informe qu?un casino vous attend quelques mètres plus loin.

La ville s?ouvre avec ses vieux blocs d?appartements qui réclament un sérieux toilettage. Le premier feu de signalisation passé, vous voilà plongé au c?ur de la ville.

Le Bon choix attire des B.C.B.G. par le fumet de ses grillades et ses notes de musique live tandis qu?à côté, dans un couloir étroit, des jeunes engloutissent leurs dernières roupies sous la forme d?un « pain saucisse » chez Glenn, qui tient boutique dans une cage d?escalier.

Quelques foulées plus loin, les lumières du casino Ti Vegas attirent un public en quête d?un bonheur hypothétique : le jackpot. Sur le parking, derrière des taxis et des voitures garées n?importe comment, des souteneurs veillent au grain.

« Lakour minisipalite inn vinn enn nik prostitision »

Leurs protégées, de jeunes femmes chic dans leurs tenues du dimanche, font la navette entre la municipalité et l?avenue des Rosiers, si elles ne sont pas sous la varangue de la banque HSBC, dans l?espoir de racoler quelques clients.

Elles n?ont rien à voir avec les belles du Jardin de la Compagnie. N?étaient-ce leurs regards appuyés et les lèvres qui s?entrouvrent et murmurent à votre passage, vous seriez bien tenté de les inviter à boire un verre?

« Le gros problème, c?est le casino. Il agit comme un aimant sur les prostituées.

À les voir, on ne dirait pas qu?elles font le trottoir. Jeunes et belles, tirées à quatre épingles, elles semblent toutes venir de bonnes familles? », admet un haut responsable de la police de Quatre-Bornes.

Voilà pourquoi la police rechigne à les arrêter en l?absence de flagrant délit de prostitution. Elles peuvent toujours dire qu?elles sont invitées à une soirée, car elles n?ont pas, à vrai dire, la tête de l?emploi.

Absence de preuves ou pas, le maire de Quatre-Bornes, Suren Appadu, se dit très remonté contre cette situation.

Il considère que la police ne fait pas son travail et qu?il n?y a pas à être devin pour savoir ce que font ces belles de nuit jusque dans la cour de la municipalité?

« Lakour minisipalite inn vinn enn nik prostitision, pa zordi pa hier lapolis kone », résume l?édile, qui est d?avis que c?est le casino qui attire cette faune, et qui déplore que ce soit le gouvernement précédent qui a voté pour l?installation de la maison de jeu.

Il n?est pas le seul à se plaindre de la prolifération des filles de joie. « Cela fait six mois que le bas de mon immeuble est squatté, chaque soir, par des prostituées. Elles campent à la vue de tous. Une fois, la porte de l?immeuble n?avait pas été fermée et un des voisins est tombé sur un couple en pleins ébats dans les escaliers. Et le matin, c?est une véritable horreur. Le trottoir est jonché de préservatifs usagés? », s?indigne Jennifer, une commerciale.

Mais il n?y a pas que les prostituées qui gâchent la vie nocturne de la ville. Nombreux sont les clients des boîtes de nuit avoisinantes à faire du bruit, à jurer à haute voix et à tout casser sur leur passage à l?aurore.

« Nous faisons notre footing tôt le matin. Souvent, nous voyons que les poubelles ont été renversées et incendiées entre les Flats Bhunjun et la mairie », confient Marie et Yvon, un couple de retraités.

Ces actes de vandalisme sont attribués aux clients des discothèques de Trianon et à certains individus à la mine patibulaire qui hantent Quatre-Bornes. « Ils vont jusqu?à déraciner des plantes dans la cour de la municipalité », s?emporte Raj, qui réside dans un des appartements de la route St.-Jean.

Outre les préservatifs usagés et autres poubelles renversées, les habitants doivent aussi compter avec les graffitis obscènes, les pneus dégonflés et le désordre causé par des clients des fast-foods situés en face de la mairie.

À la nuit tombée, il faut aussi composer avec les sans domicile fixe qui viennent boire un coup sur les étaux du marché et les voyous qui traînent, en quête d?un mauvais coup.

Si les autorités ne reprennent pas la Ville des Fleurs en main, elle ne sera bientôt plus qu?une fleur fanée?

LA MAIRIE VEUT UNE POLICE PRIVEE

Quatre-Bornes veut une police privée. Elle a voté une motion pour se doter d?un service de sécurité qui sera, entre autres, appelé à patrouiller dans la ville.

Les conseillers en ont assez et sont d?avis que les actes de vandalisme du week-end dernier sont dus à l?absence de patrouilles policières dans les rues de la ville. Pourtant, ce ne sont pas les policiers qui manquent, avec les deux postes situés à La Louise et à Sodnac.

« Si ti ena patrouille kouma bizin, pa ti pou ena tousala », s?exclame le maire, Suren Appadu, en évoquant les divers incendies de samedi et de dimanche. Des ordures ont été brûlées à différents endroits et les poubelles de deux ATM, ainsi qu?un véhicule ont été la proie des flammes. « Nous payons déjàRs 3 millions à des services de gardiennage et en termes d?extra duty aux policiers. Pourquoi ne pas utiliser cette somme pour avoir notre propre service de sécurité ? Une vingtaine d?hommes suffira au départ », explique Suren Appadu.

La police a, elle, augmenté sa présence sur le terrain depuis et la Criminal Investigation Division de Quatre-Bornes a appréhendé un électricien de la route Palma, Devendra Sharma Kumar Sewgobind, 37 ans, pour incendie criminel. Il nie les faits et n?a été arrêté qu?à la suite d?un témoignage, ayant été aperçu près d?un foyer d?incendie. L?homme n?a apparemment pas toute sa tête et a été ausculté tour à tour par un psychiatre de l?hôpital Brown-Séquard et par le médecin de la police, le Dr Satish Boolell.

Les limiers ont aussi entendu trois membres de la Voice of Hindu pour connaître leur emploi du temps dans la nuit de samedi à dimanche. Après ces incendies, la police se trouve cette fois avec l?agression, survenue après une dispute au Ti Vegas, de l?activiste rouge Manan Fakhoo mercredi (voir plus loin).

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