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Pierre Argo maîtrise l’abstrait

26 mai 2006, 00:00

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Un décès et deux expositions dominent l’actualité artistique de cette fin de mai 2006. Le décès, ô combien infiniment triste et regrettable, est celui de Claude Bétuel, peintre de l’Absolu, comme Léon Bloy se voulait “pèlerin de l’Absolu”. Une des expositions est celle du Salon de Mai qui célèbre, cette année, le 25e anniversaire de sa création. Elle ne manquera pas de rendre un hommage mérité à Claude Bétuel, d’autant plus émouvant que ses promoteurs n’ont que quelques heures pour préparer ce geste d’adieu confraternel, mais ô combien significatif.

L’autre exposition est le rendez-vous offert, à la Galerie du Moulin Cassé, par Pierre Argo aux multiples talents à ses non moins nombreux amis et admirateurs. Ils n’ont certes pas oublié, qu’il y a 25 ans, leur maître à penser en matière de beauté naturelle et de Beaux Arts, acceptait de résumer, sous le titre significatif : “Maîtriser l’abstrait ”, ses principes fondamentaux permettant d’appréhender le Beau en soi et autour de soi. Ecoutons de nouveau son message qui, comme son auteur, n’a pas pris une seule ride, en dépit du quart de siècle écoulé. Preuve s’il s’en faut que la sagesse et ses propos sont intemporels.

Pierre confesse peindre depuis l’âge de cinq ans. Il n’est pourtant pas né avec un pinceau entre les doigts. Il prend assez vite conscience de ses potentialités. Siegfried Sammer fera le reste. Pierre comprend, avec davantage d’acuité que ses confrères, que l’horizon artistique est bouché à Maurice. Le peintre, en quête de voie personnelle, doit donc prendre le risque de s’exiler et d’aller se frotter avec le maximum possible d’expositions, de galeries, de critiques authentiques. Professionnalisme oblige.

Il sent qu’il doit impérieusement échapper au huis clos local où trop fréquemment on achète un nom, on fait plaisir à un copain et, le plus souvent, on ignore, on dédaigne, on méprise d’authentiques peintres aux oeuvres nouvelles, révolutionnaires, mais ne jouissant d’aucune protection financière ou médiatique. Il faut voyager, répète Pierre Argo. Il faut ouvrir nos horizons artistiques.

Il avoue peindre par “filtrage”. Comme tout être humain, il est, sans cesse, interpellé par mille choses, mille figures, mille émotions, mille vibrations. Il suffit de les laisser macérer et passer par le filtre de l’esprit de synthèse personnel. Se profilent graduellement des idées fortes, des thèmes récurrents qu’il convient de laisser macérer pour qu’elles mûrissent et prennent formes.

Arrive l’envie de peindre. Le peintre affronte alors la toile vierge. A l’issue d’une intense méditation, jaillit l’expression gestuelle, rythmique. De larges coups de pinceau zèbrent la toile. Il faut savoir ensuite donner libre cours à l’expression visuelle des éblouissements antérieurs, réduits à leur expression essentielle, la plus forte, la plus emblématique. Le résultat est, bien sûr, une peinture abstraite mais fortifiée par toutes les nourritures terrestres spirituellement digérées.

Le mode d’emploi paraît simple. Faut-il encore posséder la maîtrise des matériaux utilisés, notamment les applications de matières grasses sur des matières maigres. Savoir maîtriser l’usage du pistolet, des pinceaux de toutes largeurs, le mélange des couleurs. “La force de l’artiste réside dans la maîtrise de ses techniques”. Le tableau se crée progressivement. Touche après touche. Retouche après retouche.

L’artiste se doit encore de maîtriser les espaces blancs, sinon vides. Ce sont des zones de fond sacro-saintes. Des zones de silence pour mieux balancer le jeu des rythmes. Il faut savoir ménager des zones de tranquillité pour éviter l’effet saturation. Pierre Argo cite en exemple la publicité réussie : une image choc, quelques mots qui explosent et se gravent dans le subconscient des personnes ciblées, valent mieux qu’un long texte que les plus paresseux ne liront pas.

Pierre Argo souhaite pour autant la démocratisation de l’art et des Beaux Arts. Pour cela, il faut que la peinture aille vers le peuple. Qu’on lui donne carte, sinon toile, blanche et chacun de nos Village Halls abritera en permanence des mini-expositions de peinture. Chacun de nos villages sera équipé d’un atelier de peinture pouvant accueillir toute âme se sentant attirée par le mystère de la recréation de Beau sur un support quelconque. Il recommande l’application du principe du “un pour cent”, autrement dit que le centième du coût d’une construction nouvelle serve à la décoration artistique interne ou externe du nouvel immeuble. Autant pisser dans un violon. Même 25 ans après et le passage au ministère dit des Arts et de la Culture d’une demi-douzaine de politiciens et de multiples conseillers. N’est pas Malraux ou Decotter qui veut

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