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Notre-Dame-des-Anges, veillez sur Mahébourg

7 août 2006, 00:00

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Voilà un historien qui aime l?ordre. Pas une histoire chronologique, mais un attachement à une histoire équilibrée, sans crainte de mettre en déroute les affirmations de ses confrères. À l?occasion du bicentenaire de Mahébourg, Amédée Nagapen publie Notre-Dame-Des Anges. L?ouvrage, publié par les Éditions Diocèse de Port-Louis, sort demain.

D?emblée l?historien précise que ?ce n?est pas une hagiographie (ouvrage traitant de la vie des saints)?. Son travail s?émancipe du cadre de ses fonctions de monseigneur. Avec pour point de départ l?histoire de l?Église à Maurice, il use à volonté de son esprit critique pour mettre les événements en perspective. Amédée Nagapen entend ainsi ?mettre pleins feux principalement sur les deux siècles du christianisme à Mahébourg ? 1806 ?2006.?

Après avoir retracé la création de Mahébourg, l?auteur donne de l?épaisseur à la figure du capitaine général Decaen, celui souvent associé ? pour ne pas dire limité ? à n?être que la main qui signa la capitulation française face à l?assaillant anglais, en 1810. Nagapen dit de lui que c?est un ?administrateur éclairé?, lui conférant une stature qui rappelle celle de Mahé de La Bourdonnais.

L?historien s?interroge sur les conditions entourant la localisation d?un centre paroissial à Mahébourg. ?L?on décèle une certaine hâte dans le transfert du centre religieux depuis Vieux-Grand-Port (?) Une précipitation assez inexplicable (?) Le déplacement précipité, brusque (?) serait-il dû à l?autoritarisme de Decaen, chargé par Napoléon de gouverner une communauté catholique imprégnée de gallicanisme ??

L?intérêt de l?ouvrage de Nagapen, c?est sa manière de lier l?histoire de l?Église à celle du pays. Le soin qu?il met à restituer les événements religieux dans leur contexte historique et surtout politique. Il n?oublie rien du ?dysfonctionnement Église-État.?

Un abbé ?gentleman-farmer?</B>

C?est Decaen qui impose un ?préfet apostolique intrus? aux prêtres de l?époque. Un préfet intrus qui ?leur adressa des ordres et leur infligea aussi divers traitements vexatoires (?) La présence ? toute théorique ? de la paroisse Notre-Dame dans la nouvelle ville relevait certes le statut de Mahébourg. Ce qui ne pouvait que plaire à Decaen?. Une approche qui contribue à la compréhension de deux histoires ? celle de Notre-Dame-des-Anges, mais plus globalement, celle de Maurice.

Dans le même ordre d?idée, l?auteur nous présente l?abbé Jacques Charlot, qualifié dans le livre de ?gentleman-farmer?, avec qui l?administration du district de Grand-Port devra compter pendant une quarantaine d?années. ?À tel point que le 5 décembre 1833, le gouverneur Charles Colville l?inscrivit au Corps des Notables du Grand Port. Il en fit partie jusqu?à sa mort?.

L?esclavage pas oublié

Que fit-il ? ?Responsabilités nationales, participations aux commissions d?éducation et de bienfaisance, gestion de sa sucrerie, tenue de son pensionnat.? Parmi ses élèves : Adrien d?Epinay. Autant d?activités qui font de l?abbé Charlot une figure marquante de l?Église mais aussi de la vie économique de la colonie. C?est sous son pastorat que s?est déroulée la bataille du Grand-Port.

À l?heure du changement de drapeau, il jura fidélité, obéissance et soumission à Sa Mejesté George III, ce qui lui permit de conserver son statut, ce qui lui valut de se voir offrir le poste de préfet apostolique par le premier gouverneur britannique, Farquhar.

Amédée Nagapen soutient que ?dans la philosophie de politique religieuse du gouvernement britannique de l?époque, l?essor des colonies ne se concevait pas sans la promotion religieuse de leurs habitants, libres et esclaves pareillement. À l?île Maurice, parallèlement au lent développement du protestantisme que favorisaient les gouverneurs anglais, le Bureau des Colonies de Londres veillait à fournir au catholicisme les moyens de son exercice.?

Qui dit paroisse, dit paroissiens. Le dernier ouvrage d?Amédée Nagapen est riche d?images du quotidien du 19e siècle. Les noms des notables sont consignés. Le cimetière paroissial devient une mine d?information sur ?d?anciens monuments et des noms de famille aujourd?hui disparus?. On y retient que ?la paroisse (?) possédait à l?époque de la Révolution plus de 60 Noirs. Les autorités d?alors s?en étant emparés, n?en avaient alloué que quatre pour le service de la cure et du cimetière?.

L?esclavage. Amédée Nagapen n?occulte en aucune façon le douloureux sujet de l?assujettissement humain, notamment pratiqué par l?Église. Il range même Charlot au rang des maîtres qui pratiquaient ?un esclavage bon enfant?.

Le corollaire de l?esclavage, c?est-à-dire le marronnage a aussi droit de cité dans Notre-Dame-des-Anges. Nous apprenons ainsi que sur l?habitation de l?abbé Charlot, la police a recensé 7 fugitifs, tous capturés entre décembre 1811 et juillet 1812.

Cherchant toujours à donner une image équilibrée de ses protagonistes, Amédée Nagapen rapporte que l?Abbé Charlot a laissé dans son testament ?quelques petits legs à ses affranchis au Grand-Port? et que ?contrairement à l?affirmation de quelques historiens sur le legs supposé (de 200 ou de 2000 piastres) de l?abbé Charlot à la paroisse Notre-Dame, son testament ne fait mention d?aucune disposition d?héritage en faveur à la paroisse ou de la fabrique de Grand-Port?.

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