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Questions à...

Lucien Finette : «Ambassadeur, c’est un poste de fin de carrière»

10 septembre 2026, 18:00

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Lucien Finette : «Ambassadeur, c’est un poste de fin de carrière»

Lucien Finette, ambassadeur désigné à Berlin.

Quand on vous a proposé le poste d’ambassadeur à Berlin, quelle a été votre première réaction ?

Un peu mitigée, je dois dire.

Pourquoi ?

Parce que je ne connais pas. Je m’attendais à un pays plus francophone. Finalement, lorsque j’y ai réfléchi, j’ai beaucoup aimé ça. Vous savez, j’ai beaucoup baigné dans les auteurs allemands, parce que ce sont des références en littérature classique. Depuis mes études universitaires, j’ai une certaine admiration pour tout ce que les Allemands ont produit comme critique littéraire surtout des auteurs anciens, dans les études classiques. (NdlR : Lucien Finette a le titre de Professeur. Il a enseigné à l’université Laval au Québec de 1981 à 2005. Sa discipline, ce sont les études anciennes, les textes de l’antiquité, les humanités.) Cela a été mon gagne-pain et mon gagne-plaisir.

Après vos responsabilités en milieu universitaire, vous avez été directeur du Mauritius Examinations Syndicate (MES) de 2006 à 2015. Aujourd’hui vous entamez une nouvelle étape dans la diplomatie. Comment vous vous y préparez ?

Quand on a été professeur à l’université, cela veut dire que l’on a travaillé dans trois domaines: l’enseignement, la recherche et l’administration. Ce sont les trois branches dans lesquelles on est évalué, dans lesquelles on est appelé à évoluer, à se perfectionner. L’administration m’a toujours passionné. Lorsqu’on m’a offert d’être au MES, j’ai trouvé que c’était un défi très agréable à relever. C’était une branche dans laquelle je m’étais spécialisé à l’université, mais que je n’avais pas exercé au même niveau qu’au MES, c’était exceptionnel.

Lorsque vous êtes directeur du MES, vous êtes appelé à pratiquer la diplomatie. La diplomatie, c’est l’art de représenter, l’art de communiquer. C’est aussi l’art de comprendre les gens, de considérer les multiples facettes des problèmes. Je ne dirais pas que c’est l’art de l’impossible, mais celui de faire en sorte que tout soit possible. Mon expérience à différents postes, dans différents domaines, fait que la diplomatie m’intéresse beaucoup.

Parmi les secteurs de coopération avec l’Allemagne, vous avez cité la pharmaceutique et l’intelligence artificielle.

Tout le travail que nous avons à faire c’est de nous intéresser à eux et de les intéresser à nous. Par exemple, les Allemands sont très forts en Technical and Vocational Education and Training (TVET). On aimerait bien voir des projets de construction d’écoles. Dans l’informatique, c’est comme la petite reine, il nous faut emprunter l’autoroute des nouvelles technologies. Les Allemands sont forts en grosses machines. Les berlines allemandes sont très prisées à Maurice.

Vous tendez la perche pour évoquer la BMW blindée à Rs 30 millions du Premier ministre.

Je ne vais pas me lancer dans ce créneau. Mais en dix ans, les prix ont beaucoup augmenté. Un ambassadeur n’est pas un commerçant. Il veille à préserver les intérêts du pays qu’il représente. On n’est pas juste des acheteurs. On est des participants aussi. On peut essayer de jouer un rôle dans le futur. Nous ne pouvons peut-être pas oser penser à produire, mais il y a peut-être d’autres formes de participation qui permettent d’être beaucoup plus présents.

Le secteur touristique est aussi un créneau qui retiendra votre attention ?

Après la France, l’Allemagne est un gros marché (NdlR : 122 166 touristes en 2025 selon Statistics Mauritius). Il y a 3 000 Allemands installés à Maurice. Ils sont dans l’immobilier et le tourisme entre autres, il faudra leur offrir d’autres choses. Je suis nommé depuis hier (NdlR : interview réalisée le mardi 8 septembre), mais j’ai déjà eu deux, trois représentations. Il y a des projets en attente. On les a négligés.

Des projets dans quels secteurs ?

Pour l’instant, je ne peux pas trop le dire. Mais je sais aussi que dans l’aquaculture, dans l’économie bleue, les boss, ce sont les Allemands. Je vais probablement représenter Maurice en Pologne également. Et là, dans l’agroalimentaire, il y en a des choses. Dans l’escarcelle du représentant à Berlin il y a potentiellement l’Europe orientale ou encore la Turquie. Il n’y a pas encore d’accréditation officielle, mais nous devons renforcer les partenariats et évaluer la pertinence qu’il y aurait à déboucher sur une accréditation plus active et formelle avec ces pays.

Votre juridiction couvrira donc un ensemble de pays ? L’activité n’est pas aussi développée de ce côté-là, mais c’est compris qu’il faut aller dans cette direction. Maurice ne peut que profiter de tous ces partenariats. Il faudra s’insérer dans cette dynamique. J’ai bien l’intention de le faire.

Bien souvent, il y a des Mauriciens dans ces régions-là. S’ils ont des problèmes, on les dirige vers Berlin. Cela comprendra la Pologne, l’Autriche, la Turquie, l’Allemagne et la Tchéquie. Des opportunités existent dans beaucoup d’endroits il faut sortir des sentiers battus.

Cette mission, vous l’entamez à 78 ans. De nombreuses critiques ont souligné le contraste entre votre âge et la déclaration du Premier ministre appelant les lauréats à rentrer au pays. Elles ne vous ont pas échappé. Que leur répondez-vous ?

En diplomatie, vous verrez très peu de jeunes. Quand vous êtes diplomate de carrière, vous êtes dans la fonction publique. La diplomatie de représentation, c’est autre chose. Ce sont des gens qui ont de la bouteille, qui ont une carrière, ce que l’on ne peut pas avoir en début de parcours. Ils ne sont pas seulement plus compétents, mais surtout plus disponibles.

Est-ce que vous pouvez demander à un trentenaire de quitter son travail et d’aller passer deux, trois ans, jusqu’aux prochaines élections, dans un pays, puis de revenir et de recommencer à zéro ? Ce poste est éphémère. Ce n’est pas un boulot qui rapporte une pension. Comme dans le cas du MES, par exemple, une fois que j’en suis parti, c’était fini. J’étais au chômage. Les jeunes peuvent travailler dans le pays, où ils peuvent faire carrière. Ambassadeur, c’est un poste de fin de carrière. Je comprends les jeunes, j’ai de l’empathie pour eux, je travaillerais pour eux.

Et puis, la diplomatie ce n’est pas une spécialité dans une seule matière. Ce n’est pas que les affaires, c’est aussi les arts, la culture. C’est autant de plumes que l’on doit mettre à son chapeau. Il faut pouvoir représenter le pays. Je ne pense pas que l’âge soit un inconvénient, mais un avantage.

Quand vous poserez vos valises à Berlin, quel est le premier lieu culturel où vous irez ?

Il y a un très beau musée d’art juste en face de l’ambassade, je me suis renseigné.

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