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Mélodie funèbre pour Mangesh
«Je ne sais pas s?il a avoué ou non. Je vais peut-être retenir les services d?un avocat pour assister l?enquête. Il n?y a rien qui presse, il semble y avoir bien trop de preuves contre lui? », confie, de France, Sylvain Chouquet au téléphone. Il est soulagé de savoir que Mangesh Ragoo, originaire de Vuillemin, à Beau-Bassin, a finalement été arrêté, mardi, pour le meurtre de sa fille, Mélodie, 20 ans.
Cela faisait des jours que sa femme et lui attendaient ce moment. Leur enfant est revenu à la maison dans un cercueil, trois semaines après leur avoir dit qu?elle partait en promenade avec le jeune homme, installé avec ses parents depuis dix-huit ans en région parisienne.
« Je sors avec Mangesh. À tout à l?heure ! » ont été les dernières paroles qu?elle leur a adressées en les quittant après le dîner, le 25 mai. Comme d?habitude, elle partait faire un tour pendant une heure avec ce garçon de trois ans son aîné.
Mélodie lui donnait sans doute une seconde chance. Il y a trois mois, elle avait mis un terme à leur liaison qui durait depuis un an et demi, le mettant au pied du mur. Issue d?une famille de boulangers, elle ne pouvait pas tolérer le fait que Mangesh ne travaille pas et passe ses journées à fumer des joints. Mélodie était tout le contraire.
Elle préparait un brevet de technicien supérieur (BTS) de tourisme dans une école privée de Nogent-sur-Marne et allait effectuer un stage le 30 mai dans une des agences du voyagiste Pierre-et-Vacances.
Le dernier voyage de la jeune fille
Mélodie avait accepté de revoir Mangesh à intervalles réguliers depuis qu?il lui avait fait croire qu?il venait d?obtenir son permis de conduire et qu?il avait finalement été retenu pour un stage en entreprise.
Comme pour prouver sa bonne foi, il est venu la récupérer la nuit du 25 mai à bord de la fourgonnette de son père, une Mercedes Vito, à Plessis-Trévisse, dans le Val-de-Marne.
Ce sera le dernier voyage de Mélodie. Ne la voyant pas rentrer le lendemain, ses parents alertent les autorités. De son côté, le père du jeune homme, Bhewsand, porte plainte pour le vol de sa fourgonnette. La police judiciaire de la région passe tout le département au peigne fin, mais en vain. D?importants moyens techniques sont alors déployés pour les localiser.
Grâce aux signaux de leurs portables, la police parvient à établir que le couple se trouvait à Deauville, des kilomètres plus loin, le 28 mai. Des témoins disent les avoir aperçus dans une brasserie ce samedi-là, à midi et dans la soirée. Tout porte à croire qu?ils ont fait une escapade amoureuse.
Mais le même jour, Mangesh aurait envoyé des SMS et des messages vocaux à sa s?ur Pavita en expliquant avoir « commis l?irréparable » et en disant qu?il ne « voulait pas se rendre aux flics », souligne le quotidien Le Parisien. Il aurait aussi laissé un message sur la boîte vocale de sa s?ur, dans lequel il avoue l?horreur. En pleurs, il aurait dit : « On s?est disputé avec Mélodie, elle m?a insulté, je l?ai tuée. »
Le lendemain, Mangesh est aperçu, seul, au volant du véhicule bleu en Normandie. Mais étrangement, les SMS et autres messages reçus ont été adressés à sa s?ur bien après que le couple a été aperçu dans la brasserie de Deauville.
Le 29 mai, Mangesh est de nouveau vu en Normandie, seul, au volant du véhicule de son père. Le soir, il rentre en région parisienne, et les signaux de son téléphone portable sont repérés à proximité du domicile de ses parents. Quelques heures plus tard, sa trace se perd dans la région de Calais. Nul ne peut expliquer ce qui s?est passé entre Mélodie et lui. Ils se sont peut-être disputés lorsqu?elle s?est rendu compte qu?il lui mentait.
C?est un couple de cyclistes habitant Joinville qui découvrira la fourgonnette, stationnée quai Lucie, le long de la Marne, à Champigny, le 10 juin. Elle correspond à la Mercedes Vito signalée dans un article du Parisien qu?ils venaient de feuilleter. La police avait pourtant quadrillé toute la région. Le véhicule signalé à toutes les polices de France était sous leur nez, de l?autre côté de la Marne. À l?arrière, en ouvrant les portières, les policiers découvrent ce qu?ils redoutaient depuis le 28 mai.
Le corps de Mélodie, enveloppé dans deux duvets, est dissimulé sous une affiche, sa tête dans un sac en plastique. L?autopsie pratiquée à l?institut médico-légal de Paris confirmera que la jeune fille a été assommée avant d?être tuée « par suffocation ».
De témoin-clé à suspect numéro un
De témoin-clé, Mangesh passe au statut de suspect numéro un. Interpol est alertée, car la police soupçonne qu?il a quitté le pays. Selon les renseignements qui leur parviennent, sa mère a de la famille en Grande-Bretagne. Tout laisse croire qu?il s?est enfui là-bas, sa trace ayant été perdue à Calais.
C?est la chasse à l?homme. Bhewsand ne comprend plus rien. Son fils n?a pas d?argent, pas de visa, que serait-il allé faire en Angleterre ? Mangesh est repéré par les autorités françaises à Douvres, en Angleterre, alors qu?il embarquait sur un ferry à bord d?un bus Eurolines à destination de France. Il est arrêté mardi après-midi, au lendemain de l?inhumation de Mélodie, à Calais.
Peut-être est-il rentré en France, rongé par les remords ? Jusqu?ici son père ne sait pas encore où il est détenu et s?il est passé aux aveux. « Zot pann dir mwa kote li ete. Li aussi li pankor apel mwa pou dir mwa si li bizin enn avoka ou pa. La- polis fine telefonn mwa pou prevni mwa ki zot inn aret li. Tou lezour mo pe telefonn zot me zot pas pe dir mwa narien », confie Bhewsand à l?express-dimanche.
Pour ce garnisseur installé en France depuis vingt ans, son fils n?a pas pu commettre ce meurtre. « Il y a trop de contradictions. Tous l?ont accusé sans qu?il n?y ait eu de preuves. Je n?ai même pas lu la presse, de peur de trouver des énormités. Mon fils n?avait pas de permis. Je me demande comment il a pu conduire la fourgonnette. Si ça avait été une petite voiture, j?aurais dit peut-être? Mais c?est un gros véhicule. Moi-même j?ai des difficultés à me déplacer avec dans Paris. »
Bhewsand a des doutes sur l?implication de son cadet dans ce meurtre. « Li enn zanfan kalme, aster mo pa konn so bann frekentasion ki li ena. Aster kan zot mazer? pa kouma Moris sa? » Mangesh venait de terminer ses études en électromécanique et était en quête d?un emploi.
Dans la cité des Hautes-Noues, à Villiers-sur-Marne, où habite la famille Ragoo, Mangesh était connu pour être un jeune sans histoires. Sa famille, comme lui, vivait discrètement. Dans ce complexe vétuste de 6 000 habitants, des témoins racontent que Mangesh était un garçon normal, amoureux?
De leur côté, les parents de Mélodie brossent un tableau différent de Man-gesh. Ils le décrivent comme « un garçon gentil et très amoureux, mais capable de colère et très jaloux ». Mangesh était parti en vacances avec eux l?an dernier. Ils soulignent que leur fille « n?avait pas l?intention de passer sa vie avec ce garçon qui passait son temps à fumer des joints et ne travaillait pas ». « Nous vivons une grande peine. La grand-mère de Mélodie, qui a 83 ans, adorait sa petite-fille », confie un oncle de la victime au journal Le Monde.
Dans les jours qui viennent, Mangesh devra expliquer au juge d?instruction de Créteil ce qui s?est réellement passé. Il risque plusieurs années de prison s?il est reconnu coupable d?homicide volontaire?
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