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«Cold cases»
Le prix de la vérité grâce à Scotland Yard : Rs 3,3 millions par mois
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«Cold cases»
Le prix de la vérité grâce à Scotland Yard : Rs 3,3 millions par mois
Combien un État est-il prêt à dépenser pour tenter de résoudre des enquêtes de crimes non résolues depuis des décennies parfois ? La question s’est invitée au Parlement après la révélation du coût des services d’une équipe d’experts britanniques chargée d’examiner plusieurs de ces affaires. Selon les informations communiquées par le gouvernement, ces spécialistes perçoivent 52 000 livres sterling par mois, soit environ Rs 3,3 millions.
• Affaire Kistnen : un pantalon analysé en Europe pourrait relancer l’enquête
Dans certains cercles policiers tout comme dans l’opposition, beaucoup s’interrogent sur la pertinence d’une telle dépense pour une équipe de seulement quelques enquêteurs. D’autres estiment toutefois que le débat ne peut se limiter à une question comptable. Car derrière cette facture se trouve une mission particulièrement délicate : tenter d’apporter des réponses que les enquêtes locales ne trouvent pas, parfois depuis des années.
L’arrivée des experts britanniques intervient dans le contexte d’une série d’affaires sensibles. Le plus emblématique demeure celui de Soopramanien Kistnen (photo), retrouvé mort à Telfair, Moka, en octobre 2020. L’enquête judiciaire menée par l’ancienne magistrate Vidya Mungroo-Jugurnath avait conclu à un homicide et non à un suicide, tout en dressant un constat sévère des investigations initiales. Les enquêteurs britanniques, après leur propre examen du dossier, sont parvenus à la même conclusion : Kistnen a été victime d’un meurtre. Mais, depuis le temps, des éléments matériels auraient disparu, d’autres auraient été détruits ou seraient devenus inexploitables.
Un pantalon sorti du placard
Pour les nouveaux enquêteurs, le défi consiste à reconstruire un puzzle avec des pièces manquantes. C’est précisément là qu’un développement récent attire l’attention. Un pantalon de Kistnen, retrouvé parmi les rares éléments encore exploitables, aurait été envoyé en Europe pour des analyses approfondies. Selon des sources proches du dossier, ce vêtement pourrait contenir des indices susceptibles de relancer des pistes abandonnées ou insuffisamment explorées. Beaucoup, dont les enquêteurs britanniques, considèrent ce vêtement comme l’un des derniers éléments matériels susceptibles d’éclairer les circonstances exactes du drame et de relancer l’enquête.
Toutefois, l’affaire Kistnen n’est pas la seule à retenir leur attention. Leur mandat s’étend à plusieurs cold cases qui hantent toujours la mémoire collective mauricienne – le meurtre de la styliste Vanessa Lagesse et de l’Irlandaise Michaela McAreavey ainsi que d’autres affaires demeurées sans conclusion judiciaire. Ces dossiers ont suscité une forte émotion publique tout en laissant davantage de questions que de réponses.
L’an dernier, les experts britanniques ont multiplié les rencontres avec le Central Criminal Investigation Department (CCID) et la cellule chargée des affaires non élucidées, longtemps dirigée par le surintendant Daniel Monvoisin. Leur mission n’a jamais été de remplacer les enquêteurs mauriciens, mais d’apporter une expertise extérieure, de nouvelles méthodologies et une lecture différente de dossiers parfois examinés à maintes reprises sans résultat concluant.
D’une pierre, deux coups
Leur présence s’inscrit également dans une réforme institutionnelle beaucoup plus vaste. En parallèle de leur travail sur les enquêtes criminelles, ces spécialistes participent à l’élaboration de la future National Crime Agency (NCA) inspirée du modèle britannique, qui devrait profondément transformer l’architecture de la lutte contre le crime à Maurice. Ce projet vise à renforcer la coordination entre des organismes existants – Financial Crimes Commission, CCID et Financial Intelligence Unit. L’objectif affiché est de constituer une institution capable de traiter simultanément la criminalité financière, le blanchiment d’argent, les trafics régionaux, la cybercriminalité et les réseaux criminels transnationaux.
Pour les partisans de cette réforme, l’expérience britannique est un modèle pertinent. Car la criminalité moderne ne connaît plus de frontières et les enquêtes exigent une expertise multidisciplinaire combinant renseignements, technologies avancées et coopération internationale. Cette vision est largement inspirée de la transformation du FBI sous l’ère de J. Edgar Hoover, lorsque l’agence américaine est passée d’un service traditionnel à une organisation moderne reposant sur la criminalistique, l’analyse du renseignement et la coordination nationale.
À Maurice, l’ambition est similaire : construire une institution capable de répondre aux défis contemporains tout en renforçant la confiance du public dans les mécanismes d’enquête.
Reste que cette ambition a un coût. Les quelque Rs 3 millions versées chaque mois aux Britanniques continuent de faire débat. Dans le milieu de la force policière, la somme apparaît excessive alors que leur secteur réclame également des ressources. Certains estiment que cet argent aurait pu être investi dans la modernisation des capacités locales ou le renforcement des laboratoires scientifiques.
Au-delà des chiffres, c’est une question de crédibilité qui se joue aujourd’hui. Le gouvernement a choisi de miser sur l’expertise étrangère pour tenter de faire avancer des enquêtes devenues emblématiques. Le pari est risqué, mais les attentes sont immenses. Si les nouvelles analyses dans l’affaire Kistnen débouchent sur des avancées significatives, les critiques du coût de l’opération pourraient s’estomper. Au cas contraire, les interrogations sur l’efficacité de cette collaboration internationale risquent de s’intensifier. Une seule question demeure essentielle : après tant d’années d’attente, ces millions dépensés permettront-ils enfin de faire émerger la vérité ?
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