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L?instinct politicien
par Raj Meetarbhan
La politique est une guerre de comédiens, dit-on. Souvent, les acteurs de la scène politique ne se préoccupent pas de débats de fond mais pensent surtout à séduire la clientèle électorale. Le désordre qui a suivi la présentation du ?Sexual Offences Bill? constitue un exemple flagrant de ces grosses man?uvres de la petite politique.
Ce projet de loi vise à mieux protéger les victimes d?agressions sexuelles. Il cherche aussi à mieux respecter les libertés individuelles en dépoussiérant une législation archaïque qui réglemente les pratiques sexuelles d?adultes consentants. Comme attendu, les traditionalistes de la société se sont manifestés pour bloquer cette avancée. Le Premier ministre a d?abord soutenu avec courage son ministre de la Justice. Jusqu?à ce qu?il découvre, au cours d?une réunion de son groupe parlementaire, l?ampleur de la grogne dans son propre camp. C?est à partir de là que se déploient les jeux politiciens.
Le Premier ministre prend la décision de repousser l?examen du projet de loi contesté. Il se donne le beau rôle en annonçant qu?il a choisi d?accéder à une demande du leader du MMM pour la mise sur pied d?un comité d?élite parlementaire sur la question. En vérité, il n?avait pas d?autres options que de renvoyer les débats sur une motion qui était vivement rejetée par les siens.
Quant au MMM, il est pris au piège. Il ne s?attendait pas à ce que sa demande pour un comité d?élite parlementaire soit acceptée. Dans le passé, il a souvent réclamé l?institution de tels comités, notamment sur les allégations de corruption, sans que le gouvernement n?y prête la moindre attention. Il avait cru, qu?une fois de plus, la majorité allait faire la sourde oreille. Mais il avait mal calculé. Cette fois, un ?select committee? arrange les affaires de Navin Ramgoolam. Un débat au Parlement menaçait d?exposer les dissensions dans son parti. Le leader du PTr a certainement l?instinct du joueur politique.
Quant à l?opposition, elle sait que dans ce jeu politique son rôle est de s?opposer, quels que soient ses idéaux et ses valeurs éthiques. Cependant, les deux partis de ce camp ont adopté des positions différentes. Si le MSM a eu un discours simpliste et a choisi de surfer sur la vague des sentiments religieux pour condamner d?emblée la loi avant-gardiste, le MMM s?est montré plus nuancé. Il s?en est pris à ?l?arrogance? du ministre Valayden ou à l?absence d?une référence explicite au mot sodomie dans le texte, mais s?est abstenu de faire un commentaire sur le fond. La critique du MMM sur une éventuelle présidence de Rama Valayden au sein du comité d?élite n?a aucun fondement. C?est le gouvernement qui gouverne. L?opposition doit accepter les règles du jeu.
Les réserves du MMM, parti aux idées généralement libérales, s?apparentent davantage à un artifice politique qu?à un désaccord de principe sur le ?Sexual Offences Bill?. C?est pire qu?un jeu, c?est un double jeu.
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