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?L?industrie locale doit s?adapter maintenant. Demain sera trop tard?
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?L?industrie locale doit s?adapter maintenant. Demain sera trop tard?
● <B> Vous sentez-vous interpeller par l?inquiétude exprimée par l?industrie locale à travers l?Association of Mauritian Manufacturers (AMM) ? </B>
Il est déjà connu qu?à partir de 2008, la libéralisation tarifaire devait entrer dans une phase d?accélération dans le cadre de nos accords au niveau de la Southern African Development Community (SADC).
Maurice est déjà partie prenante d?une zone de libre échange au niveau du Common Market for Eastern and Southern Africa (Comesa).
De plus, les négociations ont démarré entre l?Union européenne et le sous groupe de l?Eastern and Southern Africa (ESA) ? une configuration de pays africains ? pour arriver à un accord de partenariat économique qui sera basé sur la réciprocité concernant les préférences commerciales.
Au niveau de l?Organisation mondiale du commerce, Maurice est également engagée dans les négociations pour la libéralisation des Non Agricultural Manufactured Products.
Tout ceci présage à très court terme un changement drastique dans notre environnement commercial. Si nous restons à attendre les bras croisés ces réductions tarifaires drastiques et insoutenables, le choc pourrait être fatal pour notre industriel local non-zone franche. Il faut impérativement s?engager dans un processus graduel de libéralisation et passer par une phase d?ajustement progressif.
Nous sommes conscients qu?il faut accompagner l?industrie locale dans cet effort d?ajustement pour qu?elle puisse mieux soutenir la concurrence. Mais il faut commencer maintenant. Demain sera trop tard.
Maurice avait des niveaux tarifaires les plus élevés d?Afrique. Avec les réductions annoncées dans le budget nous sommes maintenant à la hauteur de la moyenne des pays africains.
Il faut aussi se souvenir que ce n?est que la deuxième phase de libéralisation des taxes à l?importation de ces deux dernières décennies.
● <B> Vous évoquez la nécessité d?un ajustement progressif. C?est justement ce que reproche l?AMM. Elle déclare qu?elle se préparait pour 2008 mais qu?elle a été mise au pied du mur dès 2005?</B>
La réduction des droits de douane est justement loin d?être totale. La réduction annoncée a été graduée délibérément pour donner le temps à l?industrie locale de s?ajuster dans les années à venir.
Je ne pense pas que cette réduction partielle entraînera nécessairement des pertes d?emplois. Les producteurs locaux ont la possibilité d?ajuster temporairement leurs marges bénéficiaires en attendant de réussir à manufacturer des produits de qualité avec efficience.
Par ailleurs, nous avons donné suffisamment de signaux l?année dernière à l?effet que l?échéance est inévitable et qu?elle se rapproche. C?est plutôt l?industrie locale qui n?a pas voulu entendre. Les producteurs locaux auraient du logiquement s?attendre à être confrontés aux défis de la libéralisation tôt ou tard.
● <B> L?industrie locale réclame un traitement similaire à la zone franche pour pouvoir élargir leur marché à l?exportation mais le gouvernement tarde à réagir?</B>
Nous allons nous atteler à cette question comme je l?ai déjà promis publiquement. L?approche stratégique du ministère de l?Industrie est de considérer l?industrie dans son intégralité ; exportation et secteur non-zone franche compris. Il y a la volonté pour une harmonisation du traitement fiscal de l?ensemble de l?industrie manufacturière.
Nous allons travailler dans cette direction afin de permettre à l?industrie locale d?affronter la compétition.
● <B> Vous dites que la baisse des tarifs est graduée mais il a été calculé qu?une baisse de 40 % des droits de douane peut entraîner une baisse de 22 % au niveau des prix. Aucune industrie ne peut absorber une telle baisse en rognant sur ses marges ?</B>
Je pense que l?ampleur de la baisse des prix que vous évoquez ne s?applique qu?à un ou deux secteurs particuliers. On ne peut généraliser. Si on est honnête on doit reconnaître que dans l?habillement et la bijouterie Maurice est quasiment dans un régime duty free. Même si les pratiques ne sont pas légales c?est largement une réalité dans la pratique.
● <B> A voir l?attitude et les actions du gouvernement, peut-on déduire qu?il y a un ras-le-bol vis-à-vis de l?industrie locale qui milite pour une extension des protections au niveau de la SADC ? </B>
Nous comprenons très bien cette initiative de vouloir prolonger les protections. C?est de bonne guerre. Nous comptons beaucoup sur ces producteurs locaux qui ont dans le passé créé des milliers d?emplois mais dans un contexte différent.
Les industriels de ce secteur ont les capacités d?entreprendre et ont planté les germes de l?industrialisation du pays. Leur expertise et connaissance sont essentielles pour assurer une production compétitive et efficiente afin de préserver des emplois.
Cette production devra naturellement se faire dans le nouveau cadre d?ouverture globale du commerce et devra être grandement orientée vers l?exportation.
● <B> Le gouvernement a-t-il l?impression que l?industrie locale n?a rien fait pour se préparer à la libéralisation du commerce ? </B>
Il existe une inertie naturelle qui est dans l?ordre des choses. Il est tout à fait normal de renvoyer à demain ce que l?on pourrait faire aujourd?hui, surtout si c?est pénible. On réagit quand on a le dos au mur. C?est ce que nous voulons éviter. Si on avait attendu encore trois ans l?industrie locale se serait retrouver le dos au mur.
● <B> Le gouvernement a-t-il prévu des mesures d?accompagnement pour aider l?industrie locale à faire face à cette libéralisation ? </B>
Mauritius Enterprise travaille intensément sur un plan d?action pour le secteur manufacturier non-zone franche qui opère toujours avec une protection tarifaire variant dans une fourchette de 15 à 40 %. Nous voulons répéter pour l?industrie locale le programme TEST que nous avons mis en place pour la zone franche et l?industrie textile.
Nous procéderons à un diagnostic des faiblesses et préconiser des mesures d?interventions correctives pour y pallier. Le mot d?ordre sera la restructuration du processus de production, les finances, le marketing et le développement des ressources humaines.
Tout comme TEST, Enterprise Mauritius est une initiative conjointe du gouvernement et du secteur privé. Il en sera de même pour le plan d?action en préparation pour l?industrie locale non-zone franche.
Nous voulons permettre au secteur manufacturier local d?émerger comme un producteur compétitif et de qualité pour le marché domestique et pour les marchés étrangers.
● <B> Ce plan d?action risque d?être perçu comme ?la tisane après la mort ? ? </B>
Non. La réduction partielle des droits de douane annoncée dans le budget ne mettra pas en danger les entreprises produisant pour le marché local. Cette baisse a plus valeur de signal. Les entreprises de ce secteur bénéficient de marges suffisantes pour absorber cette baisse des tarifs.
● <B> Un mot sur le textile-habillement. Le budget prévoir d?étendre les incitations fiscales accordées aux filatures aux activités de teinturerie et de tissage mais pas à la confection. Comment justifiez-vous cela ? </B>
La confection bénéficie déjà de beaucoup de mesures incitatives. En privilégiant la teinturerie et le tissage, on veut promouvoir l?intégration verticale. Notre analyse est que la confection des vêtements bénéficie déjà de beaucoup d?avantages. Mais nous sommes disposés à étudier le dossier pour voir si ce secteur nécessite vraiment de facilités additionnelles.
Propos recuellis par <B> Stéphane Saminaden</B>
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