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Les citoyens seront sous surveillance

18 juin 2007, 00:00

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La sécurité préoccupe. S?il en fallait une preuve, celle-ci est tangible : l?an dernier, l?examen en comité du budget 2006-2007 avait prévu la somme symbolique de Rs 10 pour les caméras de surveillance. Le montant dédié aux caméras cette année passe à Rs 70 millions. Si la présence des caméras de surveillance peut être une bonne chose pour la sécurité, elle pose cependant ? à travers le monde ? la question de la protection de la vie privée. Sommes-nous prêts à être épiés par Big Brother ?

Les Rs 70 millions serviront à l?installation des caméras de surveillance CCTV (Close Circuit Television) à travers l?île pour aider à renforcer la sécurité dans un pays que l?on veut ouvert aux étrangers. Une somme additionnelle de Rs 25 millions a été prévue pour les radios qui serviront à alerter la police pour se rendre dans un temps record sur les lieux où leur présence est requise.

Aide de la Chine

Les caméras de surveillance ne sont pas nouvelles dans le pays. L?aéroport est équipé depuis l?année dernière de 179 caméras de sécurité qui ont coûté Rs 79 millions. Depuis deux ans, l?on parle de l?installation de caméras de sécurité à Port-Louis, coûtant Rs 15 millions, mais qui allait être financée avec l?aide de la Chine. Il semblait à un moment que le bureau du Premier ministre allait chapeauter ce projet mais il n?est pas clair si les Rs 70 millions allouées aux CCTV comprend aussi le projet initial de faire de Port-Louis une ville sous surveillance. Un autre projet de caméras de surveillance est en veilleuse dans le port.

Moyen de dissuasion

?On aurait dû faire cela depuis très longtemps?, commente Prem Raddhoa, surintendant de police. Il n?est pas le seul enquêteur qui accueille favorablement cette mesure qui les aidera dans leur tâche. Ailleurs, comme en Grande-Bretagne par exemple, où sont installées plus de quatre millions de caméras, les CCTV sont d?une aide inestimable pour élucider les crimes et aider la poursuite en cour. L?assassin de la journaliste et présentatrice de la BBC, Jill Dando, a été retrouvé grâce aux caméras CCTV en 1999, ainsi que les tueurs du petit James Bulger en 1993, deux garçons de dix ans. Plus récemment, les caméras ont permis de faire avancer l?enquête policière sur l?attentat dans le métro de Londres.

Mais l?usage des caméras de surveillance ne plaît pas à tout le monde. L?argument est que cela empiète sur certaines libertés, comme le droit à la vie privée. L?avocat Kishore Pertab n?est pas de cet avis : ?Je suis pour la protection des droits humains mais nous sommes arrivés à un point d?insécurité dans le pays où il faut installer ces caméras. Il en est grand temps.?

L?ancien Attorney General, Razack Peeroo, estime par contre que nous n?en sommes pas arrivés à un point où la seule solution au problème est d?installer les caméras. ?Où ça ? Que va-t-on surveiller ? Pourquoi ? Cela peut s?immiscer dans la vie privée des gens.?

Pour Kishore Pertab, il n?y a ?pas de droit absolu. Le droit à la vie privée d?une personne est sujet à la sécurité nationale et à la sécurité des citoyens?. Il semble que ? c?est du moins ce qu?affirment les fabricants ? ces caméras n?observent pas les gens en particulier mais ?les mouvements des gens?. Cela selon la théorie que dans un lieu public, le comportement des gens est prédictible. ?Ceux qui ne font pas partie du public normal, comme les voleurs, ont un comportement différent. La machine capte cela et alerte les autorités?, explique-t-on.

Un membre du judiciaire donne son interprétation. ?Une fois qu?une personne sort de sa maison, elle n?a plus le contrôle de son intimité. Ce contrôle est exercé par celui qui contrôle la place où se trouve la personne. Par exemple, si quelqu?un va au supermarché, le responsable du supermarché a le droit de contrôler cet espace. La question est de savoir où l?on va installer ces caméras.?

Et là, ce sont ?les statistiques que détient la police qui permettront de décider où placer ces caméras?, selon Me Pertab. Cela dans le but de servir comme moyen de dissuasion. Si les gens savent qu?ils sont surveillés, ils hésiteront avant de commettre un crime.

Or les quatre millions de caméras en Grande-Betagne n?ont pas nécessairement fait baisser la criminalité, au contraire. ?Non mais elles ont aidé à capturer les criminels parce que grâce aux caméras, la police sait qui ils sont?, réplique un haut officiel de la police.

Parce que la police ne peut pas être partout, les caméras devront faire l?affaire. La sécurité aura un prix : les citoyens seront tous sous surveillance.

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