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?Les Chevaliers du ciel?
On pourra se montrer indulgent envers ceux et celles qui préfèrent un mauvais film avec des avions de combat ? ce sont les avions les plus intéressants ? à un bon, voire un excellent film sans avion du tout. C?est à cette catégorie de spectateurs que s?adresse Les Chevaliers du ciel, de Gérard Pirès, inspiré de la bande dessinée créée par Charlier et Uderzo ainsi que de la série télé des années 60.
L?esprit franchouillard y est toujours, le duo de copains pilotes aussi, sauf que cette fois, ils s?appellent Marchelli (Benoît Magimel) et Vallois (Clovis Cornillac). Et bien sûr, les Mirage III des années 1960 ont été remplacés par des Mirage 2000. Pour le reste, Les Chevaliers du ciel version 2005 se veut avant tout la réplique française à Top Gun. Celle-ci s?est fait attendre presque vingt ans, mais on peut dire qu?elle est à la hauteur du ?défi? américain.
Depuis 1927, bien des réalisateurs ont retenu la leçon de Wings (William A. Wellman, tout premier Oscar du meilleur film). À savoir que toute séquence aérienne a besoin de nuages au-dessus ou de paysages en dessous pour communiquer l?impression de mouvement. Gérard Pirès et son équipe utilisent au mieux les repères habituels, mais ils font aussi preuve d?inspiration, comme pour cette poursuite filmée dans les turbulences d?un Airbus 340.
Ils arrivent même à faire mieux que Tony Scott pour les scènes de dogfight, récréant à la fois la vitesse et la confusion des combats (?réels? ou simulés) avec un vrai suspense, sans toutefois jamais créer la confusion chez le spectateur. Ces séquences restent toujours lisibles, le spectateur ne perdant jamais la notion de qui est qui ou qui fait quoi. À tout cela, il faut ajouter que toutes ces scènes ont été tournées pour de vrai, avec des avions et des pilotes de l?Armée de l?Air et sans effet d?image de synthèse.
Cela dit, Gérard Pirès, lui-même pilote aguerri et réalisateur du premier Taxi, aurait dû savoir que les passionnés d?avions sont d?une intelligence supérieure à celle des amateurs de voitures ? la preuve étant que personne n?a jamais vu un propriétaire d?avion pousser la stupidité jusqu?à modifier le moteur de son appareil dans le seul but de le rendre plus bruyant.
Faute d?un scénario intéressant, au moins d?une intrigue digne de ce nom, le film s?embourbe à chaque fois que les avions se posent. Une fois à terre, Les Chevaliers du ciel devient un énorme fourre-tout : histoire d?amour (pour les filles), comédie grasse (pour les garçons), strip-tease light (pour les ados).
Le film parvient ainsi à surpasser Top Gun pour ce qui est de la médiocrité du scénario. Pour les exigeants, il y a une histoire d?espionnage tordue qui n?arrive même pas à la hauteur des scénarii de bandes dessinées, mais on pourra toujours trouver une sorte d?humour au deuxième degré dans les dialogues comme dans la définition des personnages (malgré une impressionnante distribution).
L?absence de tout suspense dans la bagarre finale n?étonnera personne. Celle-ci comporte une scène d?éjection, passage obligé dans ce genre de film, qui laisse supposer que les scénaristes ont trouvé une sorte de Lady X pour une éventuelle suite. Bref, il vaut mieux ne garder de ce film que les magnifiques séquences aériennes. Si ces man?uvres vous ont laissé le souffle coupé, sachez qu?elles découlent d?une initiative d?un aviateur réunionnais. Il s?appelait Roland Garros.
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