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L?embarras du PTr
Le Parti travailliste s?est-il pris à son propre piège ? Dans l?opposition, il a été trop loin dans sa dénonciation de la réforme du système de pension de vieillesse pour en reconnaître maintenant les avantages. Certes le bon sens conduit les dirigeants actuels à accepter que le ciblage est utile pour assurer la viabilité du système mais le sens politique leur dicte une posture différente.
Alors qu?il faisait feu de tout bois en tant que leader de l?opposition, Navin Ramgoolam avait mené une campagne tonitruante contre une approche ciblée dans la gestion du système des pensions. Devenu Premier ministre, il reconnaît publiquement l?aberration de l?obligation qui est faite à l?Etat de payer une pension même aux nantis. Sa récente déclaration avait l?air de marquer un retour à la raison. Mais, au Parlement mardi dernier, son ministre des Finances a opposé un ?Non? catégorique à une approche sélective au paiement de la Basic Retirement Pension (BRP).
La députée Maya Hanoomanjee avait demandé au ministre des Finances s?il envisageait d?exclure une catégorie de retraités de la liste des bénéficiaires et Rama Sithanen a répondu sèchement : ?The reply to the specific question is : No.? Pressé de questions par l?opposition il devait toutefois lâcher plus tard : ?Obviously, all of us would like those who are exceptionally rich not to take this pension.? S?ils souhaitent que la pension soit réservée qu?aux nécessiteux, les dirigeants savent ce qu?il faut faire. Le PTr est au pouvoir et rien ne l?empêche d?agir pour exaucer ses v?ux, sauf bien évidemment, la démagogie dont il est prisonnier.
Pour bien comprendre ce qui est en jeu dans cette affaire, il faut se remettre en mémoire certaines statistiques. Le nombre de retraités triplera en 40 ans pour atteindre 364 000. Actuellement, sept personnes contribuent au paiement de la pension d?un retraité. Dans 40 ans, il n?y aura plus que deux salariés pour supporter la pension d?un retraité. La charge financière de la BRP représente, pour l?État, environ 2 % du produit intérieur brut (PIB). Ce chiffre passera à 11 % en 2040.
La BRP, dans sa forme actuelle est généreuse mais ruineuse. Il faut réformer le système pour garantir sa durabilité. Cette réforme passe par trois voies qui sont connues de tous. Dès avril 2002 une ?Task Force on Pension Reforms? avait conclu que les avenues à explorer sont l?approche ciblée, le report de l?âge de la retraite à 65 ans et l?amélioration de la rentabilité des investissements. Auparavant, le rapport Battersby du "Government Actuary?s Department" de Londres, publié en 1995, puis la Banque mondiale en 2001, étaient parvenus à des conclusions similaires. Faut-il vraiment commander d?autres études et rémunérer de nouveaux consultants pour prévenir la faillite annoncée du système ?
D?autant plus qu?un des experts ayant conseillé l?ancien gouvernement, le très compétent Nunkoomar Deerpalsing, a retrouvé son poste de conseiller sous le gouvernement travailliste. L?ancien commissaire à la Sécurité sociale ne pourra que prodiguer les mêmes conseils qu?il avait donnés au précédent gouvernement. Cet excellent technicien ne tiendra pas compte, lui, de l?embarras que peut ressentir le PTr d?avoir à se rétracter sur la question de l?approche sélective.
Si l?on continue à perdre du temps (et de l?argent) avec les rapports, le système va exploser dans 40 ans. Ceux qui atteindront alors l?âge de la retraite ont aujourd?hui 20 ans. Ils ne savent pas qu?une lourde hypothèque pèse sur leur avenir.
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