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Le « Top Ten » des valeurs des jeunes
Que représentent les valeurs pour les jeunes ? « Ces sont des choses qu?on trouve importantes, c?est des trucs que nos grands-parents nous disent. Par exemple, on nous conseille de ne pas mentir », répondent Ursula, Coraline, Sophie, Gloria, Manu et Jérôme, d?une seule voix. Pour Kevin, ce sont des convictions qui le guident dans son quotidien. Quelles sont donc ces valeurs ? L?amitié, l?amour, l?argent, l?estime, l?honnêteté, la famille, le respect : voilà les notions auxquelles nos jeunes compatriotes tiennent. Évidemment, chacun possède sa classification.
Et aujourd?hui, les valeurs ne sont pas seulement une histoire de famille. Bien sûr, cet élément est à la base, mais les éducateurs, les travailleurs sociaux, les accompagnateurs peuvent également contribuer à les inculquer. « Les jeunes se cherchent, mais sans guides, ils n?y arriveront pas. Ils s?efforcent de donner un sens à leur vie. Le week-end dernier, je suis partie avec des jeunes qui ont marché pendant deux jours et ont traversé des champs de cannes dans le nord. Et après la randonnée, ils se sont demandés quand aurait lieu la prochaine sortie. Il faut aller vers eux et leur proposer des choses ; c?est ce qui va forger ces valeurs », soutient s?ur Maud, accompagnatrice du Youth and Encounter Spirit.
Pourtant, avec l?évolution de la société, on a parfois l?impression que les jeunes ne souscrivent plus autant à ces valeurs humaines. Ils sont de plus en plus émancipés et bénéficient de plus de liberté qu?autrefois.
« Aujourd?hui, on pense que les jeunes ne valent pas grand-chose. On se dit qu?ils s?intéressent juste à l?argent, à la mode, au portable dernier cri, à s?amuser. Mais c?est faux ! Il existe sans doute des têtes brûlées, mais c?est une minorité. On ne peut pas généraliser. Cela dit, il faut que les jeunes soient encadrés et qu?on leur inculque ces valeurs pour qu?ils trouvent leurs repères », constate un travailleur social. Ses propos sont repris par Komalsingh Rambaree, lecturer à l?université de Maurice : « On ne peut pas tout mettre sur le dos de la jeunesse. Douglass indique que
?si de nombreux jeunes deviennent non conventionnels et non-conformistes, c?est qu?ils sont en quête de solutions aux problèmes de ratages des aînés. Beaucoup de parents travaillent et n?ont guère de temps à accorder à leurs enfants.? » L?encadrement est le maître mot
Comment faire pour préserver ces valeurs ? « Il suffit d?être à l?écoute des jeunes, de leur proposer des activités », soutient Sahajee Bappoo, secrétaire du National Youth Council, qui dispose de dix branches à Maurice et Rodrigues, et qui canalise les jeunes vers des activités sociales. Pour Mélanie Guddoy, du Groupe serin du Cap, qui forme les jeunes, l?encadrement est le maître mot. « Afin de préserver et aussi d?aider les jeunes prisonniers des fléaux ou en perte de valeurs, nous les approchons pour les encourager à prendre part à nos activités récréatives », indique-t-elle. Car la jeunesse, si elle est bien soutenue, peut faire de valeureuses choses. « Elle peut même être une belle force, un vrai catalyseur », conclut Jonathan Ravat, bénévole dans des associations caritatives.
LES ACTIVITES
« Combattre la pauvreté ensemble » : tel est le thème choisi pour la Journée mondiale de la jeunesse célébrée hier. Une Project Competition sur ce thème a été lancée par le National Youth Council (NYC) et la remise des prix a eu lieu hier. Une série d?activités régionales aura lieu jusqu?au 17 octobre, coïncidant avec la Journée mondiale pour l?élimination de la pauvreté. Le 26 août, un atelier de travail sur les valeurs humaines sera organisé par le NYC et l?Optimist Society de l?université de Maurice 9 heures à 12 heures au Lecture Theatre 1 de l?université de Maurice.
■ Jonathan Ravat, la fibre du social
Jonathan Ravat a le volontariat dans la peau. Étudiant, il a lancé le Groupe d?adolescents solidaires altruistes (Gasa). « On fait la formation et on offre aussi des possibilités de réflexion sociale. Le Gasa, c?est un lieu qui rassemble des jeunes en vue de servir les autres », déclare-t-il. Titillé par le travail social au collège, il adhère à l?École de la solidarité et de la justice, avec les écoles complémentaires. Il crée ensuite l?association Jeunes pour la solidarité et la justice, pour accompagner une classe d?enfants. « Nous rassemblons des jeunes et sillonnons des régions défavorisées où nous travaillons », indique le jeune homme. Également engagé dans l?organisation Solidarité unité développement (Sud), de la Commission sociale du diocèse de Port-Louis et du Conseil des religions, il croit en la jeunesse : « On va se leurrer en pensant que jeunesse rime avec branché. La valeur fondamentale est de faire quelque chose qui en vaille la peine », conclut-il.
■ Diana Sateapachetty-Flore, la dévouée
Le social est venu à la présidente du Leo Club de Port-Louis comme une évidence. Aujourd?hui, Diana ne s?arrête pas. Avec un groupe de jeunes de 16 à 28 ans, elle fait des collectes de vivres dans les supermarchés pour les distribuer aux familles défavorisées de Tranquebar, Pailles ou Roche-Bois. Dans la même optique, elle collecte des livres venant de généreux donateurs pour en faire profiter les jeunes qui séjournent dans les hôpitaux et les adolescents de Rodrigues. « Ce qui me tient particulièrement à c?ur, c?est de pouvoir dépister les enfants des écoles ZEP qui ont des problèmes de vue et de les référer aux oculistes qui s?occupent d?eux gratuitement. Le Lions Club leur offre ensuite les lunettes appropriées. » Et pour bannir le fameux generation gap, Diana se penche sur le projet de faire travailler les jeunes et les moins jeunes de concert.
■ Roody Muneean, au nom de l?humanisme
Étudiant en économie et finances, Roody Muneean, 21 ans, voulait lancer des discussions avec ses camarades. Ainsi est née l?association Rev Lib. « Au départ, on exposait notre façon de penser. Mais nous voulions aussi faire quelque chose pour participer à la vie de notre pays sur le plan social, politique et économique », déclare Roody, qui est secrétaire de l?association. Selon lui, l?organisation vise à promouvoir des valeurs comme l?égalité, la liberté, l?écologie, le féminisme et le mauricianisme. Dans cet esprit, il a organisé plusieurs activités dont l?élaboration d?une pétition pour encourager les candidats qui se présentent aux élections municipales à ne pas mentionner leur appartenance ethnique. D?autres activités ont eu lieu autour de la langue créole, ou encore de la brutalité policière. « Pour moi, la valeur la plus importante demeure l?humanisme. Il faut ?uvrer pour que, dans notre société, il y ait le respect de la dignité humaine », ajoute-t-il.
Melchior Miliopoo, entraîneur : « Ils ont besoin d?être guidés »
Pour Melchior Miliopoo, entraîneur de volley-ball auprès des jeunes de 14 à 16 ans pour la Commission jeunesse et sports de l?océan Indien (CJSOI), la jeunesse actuelle a envie de prendre des initiatives. Mais pour se faire, il faut impérativement qu?ils soient guidés. « Ayant travaillé dans le milieu sportif en France et à Maurice, je vois que cette discipline occupe une place importante dans leurs valeurs. Mais à l?étranger, les jeunes et leurs parents sont plus ouverts. Ces derniers n?hésitent pas à venir voir les entraîneurs pour le suivi de leurs enfants. Mais à Maurice, il faut mettre les parents en confiance. Autrefois, on les voyait jouer aux billes dans la rue, mais on a l?impression que les jeunes s?intéressent plutôt à tout ce qui touche à la technologie. Nous devons aider les jeunes à ne pas perdre leurs valeurs », déclare-t-il.
Mike Jangeerkhan, chef scout : « Ils doivent se fixer des convictions »
Ancien chargé de cours au Mauritius Institute of Education (MIE) et chef scout, Mike Jangeerkhan encadre des enfants et des adolescents. Grâce au scoutisme, il leur inculque des valeurs morales et des principes de base pour qu?ils puissent mettre ce qu?ils apprennent en pratique. « Les jeunes doivent vivre en se fixant des convictions, ils doivent y croire et pouvoir servir les autres. Avec le scoutisme, nous essayons d?inculquer des valeurs comme le respect pour la famille, les voisins, la société en général », affirme-t-il.
Paula Atchia, professeur : « Je les admire »
« Les jeunes sont souvent des idéalistes, ils sont à la recherche de choses, de valeurs absolues. Par exemple, l?une d?elles est la vérité. En même temps avec l?évolution, il y a eu certaines valeurs qui ont changé, par exemple, la barrière des classes sociales. Les jeunes se lient d?amitié avec diverses communautés, ce qui est louable. J?admire les jeunes pour beaucoup de ces choses », affirme Paula Atchia. Toutefois, elle concède que la jeunesse fait des bêtises. Selon elle, les moyens d?y remédier sont une bonne communication avec les parents, une bonne éducation pour mieux situer des repères pour ces jeunes.
AU HIT-PARADE
Quelles sont les valeurs prioritaires de nos jeunes et leurs principales inquiétudes ? Nous avons posé la question à 30 jeunes âgés de 17 à 30 ans et établi un classement selon leur choix.
1) la famille
33,3 % des sondés ont indiqué que la famille demeure leur pilier, leur rempart. C?est la valeur fondamentale.
2 ) l?amitié
Un ami c?est sacré ! Et nos jeunes l?ont bien compris. 23,3 % d?entre eux sont d?avis que l?amitié est une notion très importante.
3) la liberté
13,3 % pensent que la liberté est indispensable. Cette valeur est plus populaire chez les jeunes de 24 ans et plus.
4) L?amour
Ah, amour quand tu nous tiens ! C?est une valeur évoquée par les adolescents mais également ceux âgés d?une vingtaine d?années et plus. L?amour se classe quatrième avec 10 %.
5) le travail
Classé ex-aequo avec l?amour, 10 % de nos sondés pensent que le travail est essentiel dans leur vie pour s?assumer et s?épanouir.
6) la justice et le respect
6,3 % des jeunes estiment que la justice et le respect sont nécessaires. Selon eux, il incombe de respecter les aînés, mais aussi de ne pas porter de jugements sans connaître autrui.
7) l?argent
3,3 % de ceux que nous avons interrogés y souscrivent, car selon eux, beaucoup de choses ont un rapport direct avec le matérialisme.
8) La culture
Le besoin de se développer intellectuellement et de se cultiver n?est pas très prisé.
9) les études
Autre valeur placée au dernier rang car, ou les études sont déjà effectuées, ou les jeunes les considèrent comme moins importantes que la famille et l?amitié.
10) la religion
Nos jeunes portent peu d?intérêt à la religion et préfèrent s?adonner à d?autres activités et loisirs. Ils la classent en dernière position.
■ Les inquiétudes : Là nos jeunes évoquent l?insécurité, la violence, la drogue, la prostitution, ou encore la baisse du pouvoir d?achat. Sont aussi cités, la solitude, l?avenir et la sécurité d?emploi.
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