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Le Pr B. S. Upadhyaya : Un sage pour représenter l’Inde

18 juillet 2006, 00:00

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En 1981, l’Inde nous fait don d’un trésor inestimable, en nous envoyant le Pr B. S. Upadhyaya pour être son haut commissaire à Maurice. Dès son arrivée, il fait la plus grosse impression qui soit. Son visage respire la sagesse millénaire de la quintessence philosophique hindoue. Son regard dénote à la fois l’intelligence la plus vive car parfaitement assimilée et une tendresse infinie. Ses lèvres esquissent un sourire, exprimant bien la perfection de la sérénité atteinte mais aussi l’invitation la plus large, la plus généreuse qui soit, à le suivre, sur le chemin de la perfection.

L’inoubliable Emmanuel Juste est allé l’écouter discourir au MGI sur le caractère conceptuel de la culture. Conquis, il sollicite un entretien qui lui est immédiatement accordé. Il se dit impressionné par l’érudition de celui qu’il ose interroger. “Nous faisons un saut de 3 000 ans dans le passé pour vivre avec les fils des fleuves, les Egyptiens, les Sumériens et les peuples de l’Indus.”

Le jeune Upadhyaya a seulement 14 ans, quand des soldats anglais l’arrêtent et le jettent en prison. Il devient leur plus jeune détenu politique. A 25 ans, il publie son premier livre en hindi : une critique de 300 pages sur un poème épique. Son deuxième, Women in Rig Vedas, reçoit un accueil favorable dans les milieux littéraires indiens les plus difficiles.

En 1947, il publie India in Kalidas qui le révèle à l’Occident. Il devient une autorité sur Kalidasa, auteur dramatique et poète du IVe et Ve siècle. Il est considéré comme un des plus grands dramaturges indiens. Il écrit, entre autres, Raghuvamsha (la lignée des Raghu), Abhijnana Shakuntala (l’anneau de Shakuntala), Kumarasambhava (la naissance de Kumara), un poème épique basé sur les Purana et le Ramayana dans lequel on assiste au mariage de Shiva et de Parvati, Meghaduta (le nuage-messager), Ritusamhara (la ronde des saisons), Malavikagnimitra (drame basé sur la vie du roi Pushyamitra de la dynastie des Shunga), Vikramorvashiya (l’héroïne Urvashi). Kalidasa sera souvent imité mais jamais égalé tant pour la richesse et la précision de sa langue que pour son habileté à nouer des intrigues.

Le Pr Upadhyaya va encore fonder l’Institut des Etudes asiatiques à Hyderabhad pour promouvoir des études en égyptologie et un sumérologie. Il rédige une étude sur les civilisations anciennes. Son pays lui confie la direction de la première encyclopédie en hindi. “Il est lui-même une encyclopédie vivante”, raconte Emmanuel Juste.

Notre interviewer donne des couleurs d’infini aux mots : Mohenja daro. Il s’agit d’un tumulus des morts que des archéologues d’une grande témérité osent violer pour y découvrir un trésor fabuleux : les traces d’une civilisation particulièrement raffinée alors que la Grèce vit encore dans des cavernes, pour ne rien dire du reste de l’Occident, Nouveau Monde compris.

Qui sont-ils ? Les écoles de pensée s’affrontent. Des autochtones pour les uns. Des tamouls montés au Nord pour d’autres. A moins qu’il ne s’agisse d’un peuple méditerranéen ayant envahi la Grande Péninsule avant les Aryens. Au Baluchistan, on parle encore, en 1981, la langue brahui ou brahmi, une des formes de la langue tamoule. Deux mille sceaux attendent toujours leur Champollion.

Le Pr Updadhyaya établit ici une distinction entre culture et civilisation. A la première, la fierté de votre façon de vivre, de votre littérature, de vos héros, de vos idéaux. A la seconde, le progrès structurel et matériel et ses réalisations concrètes. L’homme ne cesse de tendre vers le haut, étape par étape. La civilisation a un mouvement en spirale. Mille grains ne peuvent créer un grain de blé. Mais un grain de blé peut en créer des milliers. La civilisation ne recule pas. Sa spirale est ascensionnelle. Mais l’homme bêtement cherche à détruire l’homme et, pour cela, met au point des bombes dissuasives atomiques et nucléaires. L’esprit aura-t-il raison de l’atome utilisé à des fins de destruction planétaire ? Certains cherchent à matérialiser la pensée, l’esprit, pendant que d’autres plus sagement, s’efforcent de spiritualiser la matière.

Il précise plus loin : la langue n’est pas la littérature mais la pensée a besoin d’une langue pour s’exprimer et même pour exister. Des tribus primitives ont une langue mais pas de littérature. Voilà qui donne de quoi réfléchir, sinon frissonner. La pensée doit voyager sur les ailes d’une langue. Qu’on se le tienne pour dit !

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