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Le mirage salarial
<B>Par Akilesh ROOPUN</B>
À quelques jours du 1er Mai, la compensation salariale vient ranimer les querelles partisanes. Pourtant, la question demeure un enjeu vital dans le projet de transformation économique. En essayant de rattraper la perte de son pouvoir d’achat à travers le système actuel de compensation, le salarié met en péril son propre emploi. Un système de rattrapage basé uniquement sur l’inflation favorise une spirale des prix et des salaires qui non seulement entrave la création de nouveaux postes mais risque même de détruire ceux existants.
Le gouvernement préconise une hausse des salaires basée sur le coût de la vie, le niveau de productivité, la capacité financière des entreprises et la performance et les perspectives de l’économie. Cette mesure va dans le sens de la réforme du marché du travail, dont les rigidités font actuellement obstacle au décollage de l’économie.
Pour redonner la compétitivité à l’économie, il faut alléger le coût de l’emploi par unité de rendement. En d’autres mots, il faut aligner la hausse du coût de la main-d’œuvre sur le taux de croissance de la productivité.
Entre-temps, le système perpétue un dysfonctionnement qui ronge la compétitivité de l’économie. Avec le démantèlement des préférences commerciales, les dangers d’un déclin économique sous le poids d’une politique salariale trop contraignante sont encore plus réels.
Seules des réformes structurelles peuvent sortir l’économie d’une telle impasse. La restructuration ne peut plus attendre. Les changements aux lois du travail et au cadre des relations industrielles doivent intervenir dans les meilleurs délais.
Les salariés ont le sentiment que les réformes menacent leurs intérêts. Toujours est-il que le rempart le plus fiable contre la précarité de l’emploi demeure une croissance forte, diversifiée et résiliente aux chocs et à l’érosion des protections.
Le pays s’attend à un taux d’inflation de 10,5 % durant la présente année financière, soit le taux le plus élevé en 17 ans. Les consommateurs, surtout ceux au bas de l’échelle, ressentent les effets de ce dérapage des prix sur leur bourse. Les entreprises ont leur part de responsabilité dans cet état de choses car c’est en partie pour soutenir leurs exportations que les autorités privilégient une dépréciation de la monnaie locale. Une roupie faible fait grimper les prix des produits importés au détriment du pouvoir d’achat des salariés. Ces derniers revendiquent légitimement un ajustement salarial. Mais en même temps, les entreprises qui font des efforts pour moderniser leurs appareils de production et pour rehausser leur productivité ne peuvent être pénalisées.
Il est ainsi plus juste de tenir en compte des indicateurs de productivité dans le calcul de la compensation salariale. Mais il faut surtout accélérer les réformes pour que les augmentations annuelles des salaires par les tripartites ne demeurent finalement pas que des mirages.
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