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La rap des douze

25 avril 2007, 00:00

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En nous, il veut réveiller l?émotion positive. Quand on connaît la cité, ses affres et ses joies, ?nous?, cela a un sens. Cela n?a plus rien d?une troisième personne, cela sonne comme l?alpha et l?oméga, la matrice et la borne. Car ce ?nous?-là, il n?est pas donné à tous de le révéler comme une bonne parole. Pas poseur pour autant, Aieki Latchoum vous attend, là, au tournant, non pas pour moraliser, mais simplement pour vous tenir en respect, en trouvant les mots justes : ?Kot nou pe viv sa nou drwa pou nou tou?.

Sa famille, c?est ce ?nous? salvateur, qui s?affirme et vit face à la mort lente que dissipent les marchands de drogue, face au règne de la démission et de son corollaire le plus tenace, le mépris, face à la nuit de l?hostilité sur laquelle nous préférerions dormir. Et, depuis peu, osant le Power in the Voice, organisé par le British Council, il a étendu cette famille aux onze autres participants de ce concours international. Jusqu?à 2008, au moins.

Entre partage et apprentissage, Anjum, Hansley, Eric, Fanny, Thierry, Yannick, Priya, Knowme, Steph, Tony, Uttam et Aieki Latchoum, ils sont douze à former le noyau, plate-forme de création où se mêlent poésie, chant, danse et théâtre. Levier de possibilités pour ?franchir le mur?, de la cité, pour Aieki. Pour nous aussi. Autrement dit, s?entendre et se faire entendre, à l?international certes, entre Mauriciens surtout.

Samedi encore, Aieki donnait la réplique à Anjum sur l?esplanade du Caudan. Tel l?espiègle Puck, à Aieki, l?inaction est étrangère. Il cherche moins qu?il ne trouve, il voit moins qu?il n?éprouve. Ses gestes accompagnent sa pensée (denrée rare), ses pauses, en ponctuations, souffles courts, longs silences, respirent en brefs raclements, comme un orgue fait homme. De lointaines expressions des glossolalies ancestrales, aiguisent la langue reconquise en réactivant les sons.

Pouvoir de la métaphore

Et, parce que, seul, on se fait parfois de vrais amis, en Breis, ce généreux ménestrel des banlieues de Londres, Aieki s?est trouvé un maître, une bonne âme, qui lors des ateliers au Coco Beach, au British Council et au Mahatma Gandhi Institute, a échangé en des joutes verbales son savoir, son expérience et son sens de la langue. Pour sentir mieux le pouvoir de la métaphore. Avoir encore moins peur des mots.

Pour Aieki, l?anglais est une deuxième bande son sur laquelle, ayant déjà épuisé tous les grands tubes américains, avant même le firmament interrompu de Tupac, bien au-delà des Naughty by nature que son frère Roy lui avait fait découvrir, de Wu Tang à Fujees, il peut explorer d?inédites vibrations.

Il a 24 ans, Aieki. Toute la vie pour voir où il va. Retiré de ses années de ?mauvaises fréquentations?, car cela fait sept ans qu?il s?est trouvé ?une structure ? dans les tons, sons et façons du rap. A ceux qui l?associent à la violence des sanglants règlements de compte, il balaie, d?une évidence, la médisance : il y a le bon rap, celui qui porte un message. Et, en face, le rap de ceux qui ?pe vinn glase? à l?aide de voitures rutilantes, de pots d?échappement. Laissant éternellement sortir autant de courant d?airs?

Le rap c?est ?une culture, pas une mode?. Une autre version de la vie, nouvelle, mais qu?ici ?il faudrait renouveler?. Qui s?exprime aussi en danse, le hip-hop, force images, avec les graffiteurs, en animation, avec les DJs.

A ceux qui, au rap, ne voient ni rime ni mélodie, comme s?il fallait juste une lumière qui éblouit, un plaisir vite obtenu, un ?sussuc? rapidement digéré, qui les rendent dignes de leurs jolis sofas en simili, ses mots tranchent : ?We need love, we need hope. We need to share our love and give hope.?

Quand ils les font sonner, ces mots, ils montent, ils descendent, ils épousent le ton, improvisent la musique qui l?entoure. Et tant mieux si parfois le rythme prime sur la mélodie. Elle n?a pas l?air d?en être fâchée. Pour ceux qui veulent l?entendre, soit. Son nom d?abord : un nom qui explose, sans faire de victimes, mais qui garde sa part de mystère : Aieki Latchoum.

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