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La réinsertion en question
Dans le public comme dans le privé, foyers visant à la réinsertion et centres de désintoxication sont légions. Leur mission : venir en aide à ceux et à celles qui échappent à tout contrôle, sont sujets à des troubles du comportement, se retrouvent pris dans la délinquance juvénile, l’alcool, la drogue ou la prostitution. Ils y trouvent un coup de pouce, une porte de sortie, un tremplin pour un nouvel avenir, loin de ces fléaux.
Un nouvel espoir ! Comment ? Par le biais d’un programme de « redressement » agrémenté d’une certaine autorité, d’activités particulières visant à les occuper, à les initier à des cours et à développer leur potentiel, des traitements médicaux et des séances de thérapies individuelles.
Certes, c’est un effort fort louable. Mais est-ce que cela suffit ? Est-ce qu’on peut vraiment recommencer à vivre après avoir suivi cette réhabilitation ? Dans la réalité, ce genre de programme ne va pas sans anicroche ! La preuve avec ces trente filles, placées au RYC, qui ont saccagé mobilier, portes, fenêtres, caméras de surveillance, le 4 novembre dernier, avant de récidiver aux petites heures du matin le lendemain. Leur mobile : sévérité des employés du centre à leur égard, ou encore manque d’activités en plein air.
« La réhabilitation en elle-même ne suffit pas. En fait, le programme, tel qu’il est conçu aujourd’hui, se charge uniquement de guérir les symptômes », déclare Sheila Bappoo, ministre de la Sécurité sociale, qui a la responsabilité du centre de réhabilitation pour les filles et de celui des garçons, en plus des Probation Homes.
Deux rapports évoquent les faiblesses du système qui prévaut actuellement dans ces foyers. L’une d’elles concerne la canalisation des pensionnaires, et ce, peu importe la nature du problème les ayant amenés à y être placés.
<B>Abus et conditions dures infligés aux enfants</B>
« Ce n’est pas une bonne idée de mettre des personnes qui ont des problèmes différents dans un même établissement. Les délinquants n’ont rien à voir avec les enfants qui sont censés être hors de contrôle. Ces derniers ont besoin d’être traités comme des enfants négligés et abandonnés. Les prostituées sont, quant à elles, une catégorie à part et souvent ce sont des victimes, surtout celles qui ont moins de 16 ans et qui sont, de facto aux yeux de la loi, des personnes qui ont besoin d’une protection. Quant aux toxicomanes, ce sont aussi des personnes qui ont besoin d’un traitement spécialisé. Nous avons tous constaté qu’il n’y a pas de véritable réhabilitation au RYC, surtout du côté des filles, et qu’elles ont été simplement placées sous le contrôle d’officiers de la prison », explique Shirin Aumeerduddy-Cziffra, Ombudsperson for Children, qui le mentionne dans son rapport 2004-2005 où elle a passé en revue les différents centres de réhabilitation.
Le deuxième rapport est celui de Veenace Koonjal, président du Save the Children Fund. Aux articles 38 et 39, il est fait mention d’abus, des conditions dures infligés aux enfants qui se trouvent dans des centres de détention, du besoin de fournir une réadaptation physique et psychologique, et une réhabilitation sociale pour les enfants victimes.
« Je ne pense pas que l’on doive enfermer un enfant dans une institution qui est comme une prison, et ce, même si ce dernier a commis un délit. D’autant plus que plusieurs jeunes y seraient victimes d’abus sexuel », soutient-il.
Dans les autres institutions, notamment celles traitant de la désintoxication et de la réhabilitation, les choses sont un peu différentes. Le programme est davantage soutenu par des formateurs. Ces derniers encouragent et accompagnent les personnes droguées, alcooliques ou qui ont été écrouées.
Mais là aussi, il y a des facteurs qui freinent la réhabilitation et entravent la réinsertion. Par exemple, plusieurs craquent et abandonnent au bout de quelques mois ! Pourquoi ? « Par peur de réintégrer la société après. Dans le cas des toxicomanes voulant se réhabiliter, ils craignent le regard des autres, la façon dont leurs proches vont les recevoir à la sortie », confie Marlène Ladine, directrice du centre désintoxication Chrysalide.
<B>Aucun suivi des ex-internes</B>
Et au cas où le programme serait complètement terminé, il n’y a guère de suivi pour les adhérents. La majorité des programmes a lieu dans un centre. Une fois achevé, les personnes doivent réintégrer leur foyer, en trouver un autre, chercher du travail, bref, se débrouiller seules. Le plus difficile, c’est de trouver un emploi après la réhabilitation, car les chances sont vraiment minces.
« Si les anciens détenus n’ont pas de travail, ils n’ont pas de dignité. Nous les accompagnons dans leurs démarches, mais ce n’est pas évident pour eux d’être embauchés », confie Lindsay Aza, responsable du groupe Elan, qui s’occupe de la réinsertion des anciens prisonniers. Ses propos sont repris par Paméla Mélisse, du centre Étoile d’Espérance, qui s’occupe des femmes alcooliques : « Lorsque les adhérentes se présentent aux employeurs, elles se montrent honnêtes et évoquent leurs déboires, mais cela freine les possibilités ».
Aucun suivi ne prévaut aussi dans les centres de réhabilitation pour les jeunes. Ils y sont placés jusqu’à leur majorité.
« Il est malheureux de constater qu’il n’y a eu jusqu’à présent, aucun suivi des ex-internes. En plus de la réhabilitation, le programme devrait également pouvoir détecter leurs diverses aptitudes et les orienter vers une formation professionnelle qui leur permettrait à terme de devenir financièrement indépendants », affirme Sheila Bappoo.
Et cette lacune en termes de suivi et d’encadrement contribue à la récidive.
« Dans bien des cas, il y a eu rechute. Certains jeunes, anciens pensionnaires des foyers, finissent même en prison après avoir commis d’autres délits. L’État dépense des sommes conséquentes pour faire fonctionner ces centres, mais je dois avouer que nous n’avons pas obtenu de résultats probants », ajoute-t-elle. Les responsables des centres de réhabilitation se rejoignent sur la question.
Face à ces réalités, les possibilités de recommencer une nouvelle vie s’amenuisent. La réinsertion semble être une sacrée paire de manches, mais elle n’est pas impossible. Comment ? « En effectuant un travail plus sérieux, recommencer à la base du problème pour continuer à accompagner les personnes qui en ont besoin », indique Veenace Koonjal. Pour la ministre, cela doit aussi être combiné au recrutement d’un personnel formé pour faciliter l’encadrement. Pour que la réinsertion devienne enfin réalité !
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