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La psychose gagne du terrain
Jour après jour, la file d?attente s?allonge à l?hôpital de Mahébourg. En cette saison de grippe, le moindre rhume, la plus petite fièvre sont assimilés au Chikungunya, le virus qui fait des ravages à l?île s?ur. Le personnel médical est débordé et nombreux sont les patients qui, après, vont consulter les médecins du privé pour une injection.
Ils s?offrent la tranquillité d?esprit pour Rs 500, certains ignorant qu?il n?existe pas de vaccin contre la maladie. Après tout, c?est la meilleure façon d?atténuer la douleur plutôt que le bon vieux Panadol qu?offre l?hôpital.
Deux jours après la piqûre, beaucoup sont sur pied, se rendant compte qu?elle n?a été qu?un placebo et qu?ils n?avaient pas la maladie « du marcher courbé ».
C?est vrai qu?il vaut mieux être prudent en ces temps qui courent mais la peur est surtout le résultat d?une mauvaise communication des autorités. Elle ne fait qu?alimenter une psychose qui gagne du terrain comme le reconnaît lui-même George Ah-Yan, conseiller du village et travailleur social.
« Sa pe pran ene dimensyon alarman. Ant 8 h 30 et 9 h ena o moin 80 dimounn, sirtou bann vie dimounn et bann zanfan, ki pe atann pou konsilte », résume le porte-parole de la Mahébourg Citizens Welfare Organisation. « Nou trouve ena enn psikoz. Pre ar nou, la Reunion ena 70 000 ka et enn zanfan inn mor. Nou nou dan flou, nou pa rasire. Eski li mortel ? Eski kapav regaygn li enn deziem kou ?», lance-t-il en exposant les craintes des habitants.
<B>Nécessité d?informer sur les destinations à risques</B>
Il ne sait pas non plus quel est le nombre réel des malades dans la localité et invite le ministre de la Santé à intervenir à la télévision afin de dissiper les doutes et répondre aux questions du public.
Même les professionnels de la Santé ne savent pas quelle est l?étendue de la maladie. « Seul le ministère le sait », confie le Dr Ramchandra Bheenick de l?association des médecins privés.
Il admet que les gens prennent peur en attrapant la fièvre et lorsqu?ils ont des douleurs. Mais il estime aussi que les autorités doivent mieux informer la population, surtout sur les destinations à risques dans la région.
Vendredi, le gouvernement est sorti de son mutisme en révélant, à l?issue du conseil des ministres, que 96 cas confirmés sont à déplorer depuis le début de l?année. Ce qui fait qu?on a eu 81 cas en l?espace d?une semaine.
La grosse majorité des malades ? à l?instar des 3 500 cas suspects de l?an dernier dont on ne connaît toujours pas le nombre confirmé ? revenait de la Réunion, fait ressortir une source du ministère de la Santé
Sur les 96 cas diagnostiqués, seuls huit ont été infectés à Maurice. Les malades habitent, pour la plupart, Mahébourg. Et les autres sont de Grand-Gaube, Triolet, Port-Louis et des Plaines-Wilhems.
L?opération de démoustication par la Communicable Diseases Control Unit (ex Malaria Unit) se poursuit et les agents étaient à pied d??uvre hier après-midi à Solitude, Les Salines, Bain-des-Dames, Cassis et Mahébourg.
Ils visent également les écoles ainsi que les pensionnats où séjournent des touristes des Comores ? foyer d?où est parti la maladie début 2005 ? et de la Réunion.
La meilleure façon de venir à bout du virus reste l?épandage et la destruction des gîtes larvaires. ll est conseillé au public d?évacuer l?eau accumulée sur les petites surfaces et de se débarrasser des pneus usagés et de tout déchet susceptible de retenir l?eau.
Originaire d?Asie, le Chikungunya est transmis par l?Aedes Alboctius. Il sévit en Afrique de l?Est et dans le sous-continent indien. Le fait qu?il soit quasi inconnu en Occident explique l?absence de vaccin, bien qu?un prototype a été développé par l?armée américaine.
<B>Éruptions cutanées et saignements</B>
Quatre à sept jours après l?infection, une forte fièvre apparaît brutalement. Des douleurs articulaires et musculaires sont ressenties au niveau des poignets, chevilles et phalanges. Elles peuvent durer des mois. Éruptions cutanées et saignements au nez et aux gencives surviennent ensuite.
Malheureusement, la maladie touche davantage les vieilles personnes et les très jeunes enfants. L?épidémie à la Réunion a aussi révélé, pour la première fois, qu?elle est la cause des méningo-encéphalites chez des nouveaux-nés à travers une transmission materno-foetale. Une piqûre de moustique dans la semaine précédant l?accouchement est à éviter.
Des points positifs : le virus s?attrape « bien longtemps » après l?infection et on peut avoir le Chikungunya sans être malade. En attendant, il est la cause du report du concert de Francis Cabrel à Maurice et de l?absence de l?équipe nationale de cross à un championnat régional chez nos voisins.
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