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L’effort non récompensé

20 juillet 2005, 00:00

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<B>Par Akilesh Roopun</B>

Arvin Boolell repart en campagne. Le ministre de l’Agro-industrie vient d’initier la dernière ligne droite du lobbying sucrier en Europe. Le ton était résolument politique lors de ses différentes interventions au sein des instances européennes : l’Europe ne peut renier ses engagements pris envers Maurice et ses partenaires de l’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) lors de la signature du Protocole sucre, il y a trente ans.

Le Conseil des ministres de l’Union européenne (UE) devra ratifier en novembre prochain une proposition de réforme du régime sucrier : une réduction de l’ordre de 39 % du prix payé aux producteurs ACP étalée sur quatre ans. Pour le ministre mauricien, cette réforme est trop brusque et risque de mettre en péril les économies encore fragiles des ACP.

Même avec une économie plutôt diversifiée et malgré des restructurations déjà entreprises au niveau de l’industrie sucrière locale, Maurice connaîtra des bouleversements certains surtout dans le monde rural qui a d’ailleurs déjà subi les contrecoups de la première phase d’ajustement notamment avec le plan de retraite volontaire appliqué aux effectifs manuels de l’industrie.

Maurice reconnaît que l’Europe se doit de revoir son régime sucrier dans le sillage de la libéralisation du commerce international. La politique sucrière telle qu’elle est pratiquée par l’Europe est contraire aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Mais le ministre mauricien insiste pour que la baisse programmée ne soit pas supérieure aux minima exigés pour être compatible aux règles de l’OMC.

À l’heure où l’Afrique remonte en haut de l’agenda des puissants de ce monde (le G-8 vient d’annuler la dette de plusieurs pays africains), l’Europe se doit de donner une image plus compatissante envers les nations vulnérables. Elle enverrait un très mauvais signal si elle adopte le projet de réforme dans sa forme actuelle.

Elle peut toujours arguer que Maurice, par exemple, a les moyens de faire face à la baisse en raison de la résilience et de la diversité relative de son économie. Mais c’est justement là où nous sommes victimes d’une grosse injustice. L’effort entrepris par le pays pour sortir du tiers-monde n’a jamais été suffisamment récompensé. Bien au contraire, Maurice a souvent été victime de son succès économique relatif et de son revenu par tête d’habitant comparativement élevé par rapport à ses pairs africains.

Des aides auxquelles elle avait droit lui ont été progressivement retirées au fur et à mesure que l’ajustement économique portait ses fruits. Avec la réforme sucrière, L’Europe a une belle opportunité de reconnaître les efforts des pays comme Maurice.

Les Européens doivent aussi jouer franc-jeu avec les aides promises pour que les économies concernées puissent s’ajuster aux changements dans le régime sucrier. Les assistances financières proposées jusqu’ici dans le cadre de la réforme ne sont nullement adéquates. Les producteurs ont besoin de ces fonds en amont pour pouvoir poursuivre leurs efforts de modernisation des usines et des opérations aux champs. Le développement rural en dépend énormément. Les aides européennes peuvent être très utiles pour faciliter la reconversion vers l’agriculture non sucre ou tout simplement vers les activités non agricoles dans les campagnes.

Arvin Boolell joue aussi son prestige personnel dans cette campagne de lobbying. Il a beaucoup critiqué le plan de réforme du gouvernement précédent lorsqu’il était dans l’opposition. Il doit impérativement essayer d’influencer le cours des événements à Bruxelles pour qu’il puisse réorienter la restructuration sur le plan local dans le sens qu’il a toujours souhaité.

Pour lui, en tout cas, il n’y aura pas de temps de grâce…

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