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«Eski to ti Kone»

Les secrets de la canne à sucre

23 août 2026, 14:00

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Quand on traverse les routes rurales de Maurice le long de ces immenses champs de canne à sucre, on pourrait croire que son histoire est toute simple : on plante la canne, elle pousse, elle est récoltée et transformée en sucre. Mais en réalité, derrière cette plante qui occupe le paysage mauricien depuis des siècles se cache une histoire riche, faite de découvertes, recherches, maladies, nouvelles variétés et beaucoup de patience. Pour mieux comprendre cet univers, nous avons rencontré le Dr Santchurn Deepack, Acting Research Manager – Plant Breeding et Miguel Antoine, Senior Technical Officer, au Mauritius Sugarcane Industry Research Institute (MSIRI). Remontons avec eux le temps.

La canne arrive à Maurice en 1639

La canne à sucre a été introduite à Maurice par les Hollandais en 1639. À ses débuts, elle était surtout utilisée pour produire le rhum, une boisson alcoolisée. La fabrication du sucre commence à se développer à la fin du XVIIᵉ siècle. Au fil des années, particulièrement durant la période française puis britannique, la culture de la canne prend de plus en plus d’importance. L’industrie sucrière se développe et deviendra pendant des générations l’une des principales activités économiques de l’île. Mais, avec le développement de cette industrie, arrivent aussi de nouveaux défis.

Quand maladies et ravageurs brouillent les pistes

Une plante cultivée à grande échelle doit faire face à plusieurs menaces : maladies, ravageurs, conditions climatiques ou encore problèmes d’adaptation. L’histoire de la recherche sur la canne à Maurice est d’ailleurs étroitement liée à ces difficultés. À la fin du XIXᵉ siècle, cyclones, ravageurs et maladies causent d’importants problèmes à l’agriculture.

C’est dans ce contexte que la recherche s’organise en 1891 sur l’amélioration génétique de la canne à Maurice et qu’une approche plus structurée suit avec la création de la Station agronomique en 1893. Les travaux de sélection de la canne à plus grande échelle commencent en 1930, avec la création de la Sugarcane Research Station car il faut trouver des cannes plus performantes et mieux adaptées, mais aussi capables de mieux résister aux maladies.

Toutes les cannes ne sont pas aussi sucrées

Le MSIRI est créé en 1953 avec l’objectif de faire progresser l’industrie sucrière à travers la recherche. La sélection et l’amélioration des variétés de canne deviendront l’un des axes importants de ses travaux. Aujourd’hui encore, le travail de recherche permet de rechercher des variétés présentant un bon rendement, une bonne teneur en sucre, une bonne capacité de repousse après la récolte et une meilleure adaptation à leur environnement.

Toutefois, toutes les cannes ne sont pas destinées à produire du sucre et ne sont pas aussi sucrées. Certaines ont une teneur en sucre plus faible. Les variétés se distinguent par leur couleur et leurs propriétés gustatives. Certaines, à la teinte plus rougeâtre, sont très appréciées pour leur goût sucré.

Nous découvrons également que la canne à sucre peut produire des graines, une particularité assez méconnue, qui interviennent dans le processus de création et de sélection de nouvelles variétés. Il existe aussi la canne de bouche, ou chewing cane, qui peut être mâchée directement afin d’extraire et d’apprécier le jus sucré.

Par ailleurs, il y a les cannes sauvages. Au MSIRI, une canne sauvage présente depuis plus de 100 ans fait partie de cette diversité. Comme elle peut se propager facilement, elle est conservée dans un espace délimité, avec un bassin construit autour, afin d’éviter qu’elle ne se développe partout. À côté de ces cannes particulières, Maurice compte de nombreuses variétés identifiées par des numéros et des années. Pour nous, ces chiffres peuvent sembler être de simples codes. Pour les chercheurs, ils racontent l’histoire et l’identité de chaque variété.

Plus de dix ans pour créer une nouvelle variété

Mais comment est créée une nouvelle variété ? C’est un travail impressionnant. La sélection se fait en plusieurs étapes. Au départ, de nombreux plants sont évalués et au fur et à mesure des étapes, seuls ceux présentant les caractéristiques les plus intéressantes sont conservés. Selon les travaux publiés sur le programme mauricien, entre 50 000 et 100 000 plantules peuvent être produites chaque année à partir de centaines de combinaisons réalisées dans les serres contrôlées.

Le processus de sélection s’étend ensuite sur plus de 15 ans. Des milliers de plantules au départ et une sélection qui se poursuit année après année. Les chercheurs observent leur comportement, leur rendement, leur teneur en sucre, leur capacité de repousse, leur adaptation aux conditions locales et leur réaction aux maladies. Petit à petit, le nombre diminue. Les plus prometteuses continuent leur chemin.

Derrière une nouvelle variété que l’on trouve dans un champ, il peut y avoir plus d’une décennie de recherche, d’observation et de sélection. La résistance aux maladies fait partie des critères importants. Les travaux du MSIRI ont porté sur différentes maladies de la canne, comme le ratoon stunting disease ou encore le yellow spot. Ils montrent également l’importance de tester la réaction des nouvelles variétés aux maladies locales. Le défi est de trouver le bon équilibre.

Un autre regard

Après cette rencontre avec le Dr Santchurn Deepack et Miguel Antoine, une chose est certaine : on ne regardera plus un champ de canne de la même manière. Derrière ces longues tiges vertes qui semblent toutes identiques se cachent en réalité des variétés et des caractéristiques différentes et parfois plus de 15 ans de recherche. La prochaine fois que vous passerez devant un champ de canne, arrêtez-vous quelques secondes.

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