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Jean-Yves l?Onflé créateur d?atmosphère philosophique

12 mars 2006, 00:00

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Jean-Yves l?Onflé n?est pas à la première manifestation publique de ses ?uvres. Les connaisseurs et autres amateurs locaux des Beaux-Arts se souviennent encore, avec émotion, de sa participation à une exposition collective, en mars dernier, avec l?artiste Ulla Bouic. Participation principalement sculpturale.

Et c?est avec plaisir que l?on découvre, cette année, que notre sculpteur naturaliste ? en fait plus nature que nature car ses ?uvres magnifient les choses animales ou végétales qui les inspirent ? est aussi un peintre philosophe talentueux. Autant ses meilleures sculptures nous apprenaient, l?an dernier, à mieux voir et à mieux apprécier le maître artiste évident qu?est le Créateur de toutes choses, autant il devient, dans les meilleures de ses toiles, un sympathique créateur d?atmosphère nocturne et urbaine.

En pénétrant à l?intérieur de la grande salle hexagonale de l?Alliance française à Bell-Village, le visiteur est d?emblée frappé par l?encadrement-coffret servant d?écrin aux toiles exposées, montrant des taches lumineuses, surtout bleuâtres, parfois traversées par des rais de lumière argentée, qui brillent dans la pénombre comme autant de saphirs géants.

Le sculpteur est aussi un artisan talentueux. Tous deux excellent dans l?art de magnifier l??uvre picturale d?un peintre encore plus doué qu?eux et ce n?est pas peu dire. Le visiteur-contemplateur s?approche pour découvrir principalement des « villes lumineuses » saisies sur le vif « entre jour et nuit, entre ciel et terre ». Elles sont des trouées d?un divali tempéré, privilégiant l?argent à la dorure, émergeant tout juste du brouillard vaporeux qui les entoure.

Au visiteur, à présent, d?admirer, de contempler et de se mettre à rêver : que sont et que font les femmes et les hommes vivant dans ces appartements, accrochés entre ciel et terre, entre lumière et ténèbres, entre vie et mort, entre l?être et le néant ?

<B>Des toiles qui nous interpellent en profondeur</B>

Le peintre devient alors philosophe, s?écriera mon occasionnel voisin de mise en page, Christophe Vallée. Exact ! car il pose l?éternelle question du sens de toute vie humaine. Qui sommes-nous ? Que sommes-nous ? D?où venons-nous ? Où allons-nous ? Jusqu?à quand ? Et après ? Et au-delà ? Qu?est la vérité ? Qu?est la réalité ? L?irréalité n?est-elle pas plus réelle que la réalité ? Comment les appréhender ?

C?est dire que les meilleures toiles de Jean-Yves l?Onflé sont des maîtres philosophiques et existentialistes. Elles sont là accrochées aux cimaises. Les esprits superficiels les croient naïvement innocentes et inoffensives. Les voilà qui nous interpellent en profondeur, chaque fois que nous osons porter sur elles le moindre regard.

Comme dit Malcolm de Chazal : on les regarde et elles nous regardent. Mais elles vont plus loin. Les voilà qui nous scrutent les reins et les c?urs, qui fouillent dans notre passé, dans notre intimité, dans cet inconscient qui nous est encore inconnu et qu?elles nous aident à découvrir, à comprendre, à interpréter, à rendre intelligible. Le visiteur contemple et se sent devenir meilleur, plus humain, plus lui-même, plus maître de son existence et de sa destinée.

Simultanément une grande sérénité l?envahit. Il se sent en plus grande sécurité, plus rasséréné, moins anxieux. Il s?aperçoit qu?une étrange douceur de vivre est en train d?envahir ceux qui l?entourent. Cette douceur de vivre que l?on découvre, par exemple, quand on a le privilège de contempler les plus beaux paysages toscans, ou encore cette douceur angevine que chante Joachim du Bellay, auteur du célèbre « Heureux, qui comme Ulysse, a fait un beau voyage? ». Cette douceur de vivre qui éteint en nous toute agressivité.

<B>L??uvre est moins bavarde</B>

L?Onflé est moins heureux quand il explore quelque « caverne » servant de tombeau à quelque navire échoué. Trop de détails envahissants empêchent d?aller immédiatement à l?essentiel du message. De même, le « clair de lune » ne crée pas autant d?atmosphère, invitant à la réflexion, prolongeant la pensée visuelle du peintre. Le « jardin bleu » et le « rocher volcanique » peuvent certes se comparer visuellement avec les « villes lumineuses » accrochées « entre ciel et terre, entre jour et nuit » mais là aussi la beauté plastique ne dégage pas autant de réaction philosophique chez le contemplateur.

L?on pourrait adresser les mêmes reproches aux deux panneaux bleu roi et terre de Sienne, intitulés « entre terre et ciel ». La qualité décorative est indiscutable. La peinture rugueuse, aux confluents des trois règnes naturels, est également appréciable. L??uvre est cependant moins bavarde, moins didactique que l?atmosphère vaporeuse créée pas les « villes lumineuses ».

Davantage de réussite, en revanche, dans l?« hommage aux pêcheurs ». Le fond sous-marin du tableau n?a certes pas l?intensité mystique des meilleures toiles de l?artiste. Le voilà illuminé heureusement par la forme sacrée d?un poisson, esquissée par un trait lumineux, heureusement rendu par une ficelle blanchie, sinon cangée comme au bon vieux temps. Le contraste entre le fond sous-marin travaillé et peut-être même surchargé de détails parfois empruntés à la nature (les coquillages, par exemple) et la linéarité du poisson, fait penser à l?une ou l?autre toile de Matisse, confiant à la seule forme le soin de dire la totalité du message artistique de l??uvre.

Côté sculpture, nous n?avons pas retrouvé ce graphisme patient, laborieux, consciencieux, permettant à l?argile et la terre glaise, travaillé par l?Onflé, de rivaliser avec bonheur et durablement avec le caractère éphémère des créatures animales et végétales, ou encore incapables d?exprimer par elles-mêmes la part de beauté universelle qu?elles contiennent. Il se contente à présent de contraster des surfaces nues avec une simple portion de sculpture travaillée, comme il sait le faire.

D?autres fois, il se fie trop aux mélanges et aux réactions chimiques des matériaux utilisés par lui. L?artiste parvient plus difficilement ici à faire oublier le simple artisan. Il s?éloigne alors de cette capacité, qu?on lui prêtait volontiers, l?an passé, de devenir notre César national.

En revanche, on ne se lasse pas de contempler son « vase avec escargot » tant la grâce et l?élégance des formes complètent la nudité et la pureté de l?argile qu?on devine glissant et coulant à travers les doigts du sculpteur ou plus exactement du créateur.

Il n?est pas toujours facile de se renouveler quand on se refuse de peindre une île Maurice carte postale, permettant à l?artiste de se reposer sur une beauté pré-existante qu?il peut se contenter de re-créer sur toile, sur la pierre ou l?argile. Chaque artiste doit cependant chercher sa voie et la suivre, en dépit des obstacles et des vicissitudes.

L?on accepte l?errance, les tâtonnements, les retours en arrière, les hésitations, les piétinements. L?exposition demeure le temps du jugement. L?artiste expose et s?expose. Le courage, dont il faut savoir faire preuve, doit être pris en considération tant par le public-visiteur que par le critique qui, fort heureusement, n?est pas infaillible. Une chose est certaine : nul connaisseur ne regrettera la demi-heure que lui coûtera l?arrêt d?une visite à l?exposition de Jean-Yves l?Onflé. Aussi, pourquoi donc se priver d?un tel plaisir esthétique ?

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