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Ingrid Betancourt : Six années hantées par la mort

5 juillet 2008, 00:00

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Durant ses six années de captivité, Ingrid Betancourt s?est réveillée à quatre heures du matin. Malgré le froid et la détresse, elle espérait les mots d?encouragement de sa mère à la radio comme quelqu?un qui se noie attend la bouée du sauveteur. La pensée du suicide la taraudait jour après jour, dans ces camps de la jungle colombienne infestée d?insectes, dans la poisseur de l?air et dans la boue. A chaque instant, elle se disait que ses gardiens pouvaient la tuer.

Souvent enchaînée à un arbre par le cou, comme un animal récalcitrant, elle avait perdu l?appétit. L?idée seule de manger lui donnait la nausée. «La mort est le compagnon le plus fidèle de l?otage», a-t-elle déclaré hier aux journalistes, au surlendemain de sa libération lors d?une audacieuse opération de l?armée colombienne. «Nous vivions avec la mort (...) et la pensée du suicide ne nous quittait pas.»

Elle savait que d?autres captifs avaient été tués par les guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et que d?autres avaient été abattus lors de malheureuses tentatives de libération menées par des commandos de l?armée colombienne.

Comme la plupart des prisonniers libérés, elle a raconté que les messages de soutien de parents et d?amis diffusés par la radio avaient beaucoup contribué à la faire tenir. Chaque soir, ses gardiens la forçaient à rejoindre son hamac à six heures.

<B>«Une orgie de baisers» </B>

Dans le vide de la captivité, elle pensait alors à sa famille, notamment à sa fille et à son fils, qui n?étaient encore que des adolescents au moment de son enlèvement en février 2002.

Elle les a retrouvés jeudi «dans une orgie de baisers» et s?est jurée de ne jamais les quitter. «Dans la jungle, à chacun de leur anniversaire, je leur chante ?bon anniversaire? (...) et mes maigres rations de prisonnière deviennent dans ma tête un repas de fête», a-t-elle écrit alors qu?elle était encore otage. «J?ai l?impression que mes enfants ont mis leur vie entre parenthèses en attendant que je sorte de là.»

Dans les camps des rebelles, les cigarettes lui servaient de monnaie d?échange, par exemple contre un morceau de savon ou contre des médicaments pour calmer ses douleurs d?estomac. Elle se baignait tout habillée pour échapper au voyeurisme de ses geôliers.

Interrogée sur l?attitude de ces hommes envers elle, elle répond : «j?ai eu des expériences douloureuses (...) mais je ne veux pas en parler, maintenant c?est le temps du bonheur».

Ses tentatives d?évasion avaient rendu ses gardiens furieux et les punitions avaient chaque fois été sévères ? enchaînée par le cou à un arbre, privée de nourriture, forcée de marcher pieds nus d?un camp à l?autre.

Dans une lettre adressée à sa mère l?an dernier, Ingrid Betancourt écrivait : «j?ai essayé de garder la tête hors de l?eau, maman, mais face aux souffrances de chaque jour, aux souffrances de tous, la mort paraît bien douce».

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