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Ils sont fous ces Grecs !
Jamais, en 74 ans de football international, une équipe de deuxième catégorie n’avait atteint la finale d’une compétition majeure. Il y avait eu, certes, l’étonnante épopée européenne de la Belgique, finaliste en 1980. Mais ce qu’on a vu hier, au stade du Dragon, à Porto, dépasse, et de loin, l’entendement.
La Grèce, qui n’avait, jusqu’à cette année, jamais remporté le moindre match de Coupe du monde et de Coupe d’Europe; la Grèce qui, il y a encore dix ans, évoluait dans la même catégorie que des pays comme Israël, Chypre ou encore le Luxembourg – vous avez bien lu – s’est qualifiée hier soir, dans la stupeur générale, pour la finale de l’Euro 2004. C’est impensable, c’est incroyable, c’est de la folie. C’est, tout bonnement, la plus grosse surprise de toute l’histoire du football.
Un but en argent du défenseur Dellas – de la tête et sur contre-attaque faut-il le préciser – à la 104e minute, a suffi pour permettre aux protégés de l’Allemand Otto Rehhagel de se débarrasser du grand favori de la compétition, la République tchèque, battue 1 à 0 au terme d’une demi-finale entamée à cent à l’heure mais qui, techniquement, n’a jamais atteint les sommets.
La République tchèque, comme le Portugal en match d’ouverture (1-2), comme l’Espagne quatre jours plus tard (1-1) et comme la France, tenante du titre, en quart de finale (0-1), n’a jamais semblé capable hier soir, malgré sa supériorité évidente et son football par à-coups champagne, de faire vaciller la solide défense grecque, organisée autour de l’excellent Fyssas.
Les protégés de Karol Brueckner, tétanisés par la sortie sur blessure de leur Ballon d’Or Pavel Nedved dix minutes avant la pause, ont pourtant eu plusieurs occasions de tuer le match. Rosicky trouvait la barre à la 3e et Jankulovski butait par deux fois sur un Nikopolidis étonnamment inspiré à la 6e et à la 33e. Au retour des vestiaires, bis répétita : sur une belle reprise de la tête, Koller manquait le cadre pour quelques centimètres à la 80e avant que Baros, surveillé comme le lait sur le feu hier, ne puisse à son tour conclure un exploit technique individuel.
Le scénario, cruel pour ceux qui aiment le beau jeu, semblait rédigé d’avance. Il était en effet écrit que la Grèce, la nouvelle Allemagne, allait inévitablement assommer la bête blessée dans la prolongation, cela au moment où l’on s’y attendait le moins. C’est ce qui se produisit à la 104e minute quand, profitant d’une soudaine baisse de régime des Tchèques et sur un corner parfaitement brossé par Tsiartas, ce diable de Dellas, comme son ami Charisteas contre la France six jours plus tôt, allait s’élever plus haut que tout le monde pour envoyer la Grèce et ses dieux en finale de l’Euro 2004.
Dimanche, en finale, le Portugal devra se méfier. Battus par ces mêmes Grecs en match d’ouverture, Luis Figo et ses coéquipiers devront veiller à ce que la revanche ne tourne pas à nouveau au cauchemar. C’est que, par les temps qui courent, le football est un sport qui se joue à onze et, à la fin, ce sont les Grecs qui gagnent.
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