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Handicapés : Les éternels oubliés

23 juin 2007, 20:00

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À sept ans, il perd l?usage de ses deux jambes. C?est une injection de Penadur ? un antibiotique aujourd?hui peu utilisé à Mau-rice ? dans un hôpital en 1989 qui en est la cause. Depuis, Jean-François Favory a appris à s?adapter à son quotidien. À telle enseigne qu?il ne se rend même plus compte, selon ses propres mots, de son handicap.

À l?image de la récente provision du budget 2007-2008 ? prévoyant un fond de Rs 25 millions pour soulager plus de 16 000 individus ? la volonté politique pour faciliter la vie de ces personnes existe certes. Mais l?argent n?est pas tout.

Ainsi, pour Jean-François, une fois sorti du confort de sa maison, c?est un véritable parcours du combattant qui l?attend. Et son quotidien n?est qu?un exem-ple de ce que vivent les handicapés.

Pourtant, contrairement à certaines croyances, il existe bien un texte de loi, le Building Regulations 2005 (voir hors-texte), qui brosse un tableau détaillé des nor-mes et autres conditions auxquelles devrait répondre toute nouvelle construction fréquentée par le public. Mais malgré toute la volonté affichée, le contraste est cinglant entre la loi et sa mise en application.

Loin d?être une sinécure

À l?image de Jean-François, la vie d?une personne à mobilité réduite est loin d?être une sinécure. Il se souvient du temps où il se rendait au collège en taxi, ce qui lui coûtait Rs 250 par jour. Car les autobus n?étaient ? et ne sont toujours ? pas adaptés au transport des personnes en fauteuil roulant. « Mes pensions du ministère suffisaient à peine pour couvrir mes frais de transport. Quant à mes autres besoins particuliers, vu ma situation, je vous laisse imaginer. »

Aujourd?hui étudiant en première année à l?université de Maurice, Jean-François, qui a 25 ans, a toutefois cultivé une forme d?indépendance. « J?ai ma propre voiture, qui est adaptée à mon handicap. Je me suis procuré les plans d?un kit d?adaptation, car le mécanisme lui-même coûte trop cher, et je l?ai fait fabriquer à Maurice. Aujourd?hui, je n?ai pas autant de problèmes pour me déplacer. » Mais avant d?en arriver là, il a fallu que Jean-François passe son permis.

Et la Traffic Branch de la police n?est pas équipée pour de tels cas de figure.

« Heureusement que j?ai entendu parler d?un moniteur d?auto-école qui connaissait un handicapé possédant une voiture équipée de ce kit. J?ai pris de leçons de conduite et j?ai passé le test dans ce véhicule », raconte-t-il. Néanmoins, conduire une voiture, bien qu?équipée pour une personne à mobilité réduite, n?est pas toujours chose facile à Maurice.

« Déjà, à l?université, je n?ai accès qu?à un niveau de salles de cours », explique Jean-François. « Je dois toujours garer ma voiture dans l?unique bâtiment qui a un parking sous-terrain relié à un ascenseur. » Si l?administration de l?université a concentré tous les cours de sa promotion vers ce niveau de salle de cours, il regrette que la plupart des facilités de l?université ne soient pas aux normes.

Ainsi, pour se procurer un livre à la bibliothèque, il faut qu?il passe par des amis qui voudront bien l?aider. « Les livres à la bibliothèque se trouvent tous au premier étage, qui n?est pas desservi par un ascenseur. Et comme dans toute bibliothèque, il faut vraiment piocher pour trouver le livre qui contient exactement ce qu?on cherche. Malheureuse-ment, malgré l?aide de mes amis, je ne trouve pas toujours ce qu?il me faut. » Comme ils sont tous dans la même filière, Jean-François passe toujours après les besoins académiques de ses amis.

Ailleurs, les lieux très fréquentés par les jeunes Mauriciens ne sont pas toujours facilement accessibles aux personnes handicapées. À titre d?exemple, Pour se rendre aux salles de cinéma du Caudan Waterfront, il faut d?abord que Jean-François fasse une requête auprès du personnel de sécurité. Ces derniers lui laissent alors l?accès à un ascenseur, normalement interdit au public, qui le mène au premier étage.

« Mais là je dois remercier le staff du Caudan, parce qu?ils m?ont toujours aidé. Même si je veux voir un film dans les salles non desservies par la rampe d?accès, ils m?aident à gravir les marches vers les salles situées au deuxième étage », souligne-t-il.

Malheureusement, tous ne font pas preuve de compréhension à l?égard des personnes à mobilité réduite. Car si la loi sur l?aménagement requis pour faciliter la circulation des handicapés fait pro-vision pour des espaces de parkings spécifiques, cette facilité n?est pas toujours respectée. Pire encore, la mise en place même de ces parkings n?est pas toujours aux normes et semble n?être là que pour satisfaire certaines conditions émises par le Building Regulations 2005.

« Parfois, quand j?ouvre la portière, je tombe sur un caniveau ou un trottoir trop haut pour que je puisse y faire descendre mon fauteuil. Mais il arrive également que la voiture soit tellement inclinée, qu?une fois la portière ouverte, celle-ci se referme sur moi le temps que je récupère mon fauteuil », confie Jean-François.

Une situation sans équivoque

Ainsi, malgré une volonté politique énoncée, les actions ne sont pas toujours en phase. Et c?est la mentalité qui en est la cause, selon Jean-François. À titre d?exemple, il explique qu?une entreprise de construction est plus apte à régler une amende de Rs 20 000, voire Rs 200 000, que de faire provision pour une rampe d?accès ou un ascenseur qui risque de coûter plus cher.

Dans le même registre, il déplore aussi le fait de n?avoir jamais vu un policier donner une contravention à un automobiliste qui s?est garé à une place réservée aux handicapés. Mais cette résistance au changement énoncé peut se résumer en une situation sans équivoque qu?a vécu Jean-François.

Ce jour-là, vu que la place de parking pour les handicapés était occupée par une autre voiture, il s?est garé sur un espace de stationnement interdit, le temps qu?une personne qu?il raccompagne descende de voiture.

Un policier s?est approché, le réprimandant. Mais devant la déclaration qu?il était handicapé et que le parking réservé était pris, le policier lui lança alors un cinglant : « Ah bon ? Handikape kondir sa ? » Sans commentaires?

Une loi oubliée

La loi régissant les normes de construction des bâtiments pour les rendre accessibles aux handicapés a été votée en 1999, sous l?appellation de Building (Amendment) Act 1999. Toutefois, le texte est resté aux oubliettes, le temps que les consultations entre les autorités et ministères débouchent sur un document final.

Il faudra attendre 2005 pour que les paramètres spécifiques soient finalement regroupés, ce qui a donné le Building (Accessibility to and Facilities for Disabled Persons) Regulations 2005. Il incombe désormais aux administrations des collectivités locales ? municipalités et conseil de districts ? de veiller à ce que les nouveaux bâtiments respectent les recommandations de la loi. Mais ce texte, méconnu, n?est toutefois pas disponible sur le portail Web du gouvernement. Outre le fait de prévoir une amende ne dépassant pas Rs 20 000 pour les délits commis, cette loi permet à une décision de la cour d?ordonner la démolition et la reconstruction d?une partie d?un bâtiment qui ne respecterait pas les normes.

La parole au ministre de la Sécurité sociale

La situation des handicapés à Maurice n?est pas inconnue du ministère de la Sécurité Sociale. Commentant sur la question de l?accessibilité des personnes en fauteuil roulant, la ministre Sheila Bappoo déclare : « Notre priorité pour l?instant est un plan de réforme qui sera rendu public en septembre 2007. Et une des priorités de ce plan sera un consensus des opérateurs d?autobus afin d?introduire des véhicules à plancher bas dans un avenir proche. Notre plan de réforme doit calquer avec la Conventions on the Rights and Dignity of Persons with Disabilities dont Maurice sera signataire bientôt. »

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