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Faut-il interdire la publication des sondages pré-électoraux ?
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Faut-il interdire la publication des sondages pré-électoraux ?
Oui
Geetanee Napal Senior Lecturer, Université de Maurice
Pourquoi faut-il interdire la publication des sondages préélectoraux ?
Ce n?est pas le sondage en lui-même qui cause problème, mais plutôt l?interprétation. Ce n?est pas certain que les lecteurs d?un journal ? qui publie les résultats d?un sondage ? puissent les interpréter dans les paramètres fixés par les objectifs du commanditaire. Il y a de gros risques que le lecteur moyen ne tienne pas compte, par exemple, de la période au cours de laquelle le sondage a été réalisé.
Après 37 ans d?indépendance, n?est-ce pas preuve de dédain que de vouloir priver le pays d?un outil si important ?
Telle n?est pas mon intention. Un sondage qui n?est, ni plus ni moins, que l?appréciation d?une partie de la population ne peut pas être présenté comme l?opinion de tout le pays. Les risques de manipulation, surtout en période électorale, sont bien réels, et les conséquences incalculables. Notre démocratie est trop jeune, voire trop fragile pour imiter, sans une préparation appropriée, les pays où le sondage est entré dans les m?urs. Le traitement hostile que les politiciens ont jusqu?ici réservé aux sondages me donne raison.
Ne pensez-vous pas que nos politiciens commandent ces études pour un usage interne ?
Ce sont les sondages commandés par les médias, et non par les politiciens qui posent problème. Ce type d?exercice devrait être considéré comme un supplément d?information. Il permet aux lecteurs de se faire une idée de la situation à un moment précis. Dans un sondage politique ou préélectoral, le rôle du supplément d?information dans la formulation du choix est primordial. Au risque de déplaire, je maintiens que nous n?avons pas la maturité qui nous permettrait d?accepter sereinement la réalité des sondages et les confiner dans les paramètres de ses réalisateurs.
La présence à Maurice de sociétés travaillant selon les normes européennes ne devrait-elle pas rassurer ?
Aussi longtemps qu?on n?aura pas légiféré la réalisation, la publication et la diffusion des sondages, les garanties qu?offrent ces sociétés demeureront fragiles. L?interdiction ne devrait être qu?une mesure temporaire.
NON
Nathalie Job Partner d?Analysis Indian Ocean, Institut d?études regional
Pourquoi ne faut-il pas publier les conclusions des sondages politiques en période électorale ?
En permettant de prendre la température de l?opinion à un moment précis et dans un espace donné, le sondage développe et facilite la liberté d?accès à l?information. Si le commanditaire d?un sondage politique pré-électoral estime que l?information mérite d?être diffusée, cette dernière doit être publiée. Le droit de tout citoyen à l?information est stipulé par la Déclaration universelle des droits de l?homme et la Déclaration européenne des droits de l?homme. Dans cette perspective, les résultats d?un sondage ont la même valeur que n?importe quel article d?un organe d?information.
Mais ces résultats risquent d?être utilisés pour manipuler l?opinion?
Il n?y a pas d?information neutre. Les résultats d?un sondage politique, comme toute information publiée, peuvent être utilisés pour influencer l?opinion. Quoiqu?il en soit, ce n?est pas là l?apanage des sondages. Dès qu?une démocratie intègre cette pratique dans son paysage politique, il va de soi que les citoyens ont développé la capacité d?interpréter et de comprendre les résultats de sondages.
Les résultats ne risquent-ils pas d?influencer le comportement de l?électorat ?
Toutes les études qui ont traité du sujet sont arrivées plus ou moins à la même conclusion. Je souscris à celle réalisée par le Pr Wolfgang Donsbach sur les effets véritables des sondages pré-électoraux. Il a conclu qu?il est difficile d?en établir la pertinence. Il souligne que, si jamais il devrait y en avoir, leur impact serait bien minime et ne saurait influencer ni les votes ni la conclusion des votes.
Les politiques ont-ils vraiment tort, si on tient compte des limites et de la marge d?erreur propre à tout sondage d?opinion ?
Ce raisonnement est compréhensif, mais il n?est pas justifié parce que, de par sa nature, un sondage ne donne ni un avis, ni un positionnement, mais uniquement des résultats. Il n?est pas déraisonnable de supposer qu?un article de presse ou qu?un reportage comporte un potentiel d?influence beaucoup plus conséquent que celui que l?on aurait tendance à attribuer, à tort, aux sondages.
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