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Entre perception et réalité
Depuis quelque temps déjà, les autorités publiques et privées affirment leur volonté de faire reculer la corruption. Des mesures sont prises pour garantir plus de transparence et pour faire avancer le concept de ?good governance?. La création de Independent Commission against Corruption devait marquer un point culminant dans cette lutte. Aujourd?hui, les données sont confuses. Pour les gouvernants, il serait malhonnête de ne pas reconnaître les efforts fournis pour combattre ce fléau. Pour les dirigeants du secteur concurrentiel, les initiatives se multiplient et on veut faire sentir que l?opacité ne règne plus.
Reste les observateurs et les individus engagés personnellement dans cette lutte. Pour eux, il y a une exigence de résultat qui n?est pas toujours satisfaite. De Transparency Mauritius au regroupement institué par le tandem Bhadain-Bizlall, on identifie des champs d?action directs et indirects. Mais leurs initiatives et interventions ne plaisent pas toujours aux responsables politiques.
Le dernier rapport sur l?indice de perception de la corruption de Transparency Mauritius a suscité une vive réaction du Premier ministre. En octobre 2003 déjà, Paul Bérenger déclarait: ?J?estime que Transparency International a des leçons à prendre de nous et pas le contraire. Il est très secteur privé dans son approche. Le rating ne nous impressionne pas? Il ne faut pas prendre ce que dit Transparency International pour des paroles d?évangile? Le gouvernement va continuer dans sa lutte contre la corruption? (l?express du 13 octobre 2003).
Au-delà de la réaction, considérée classique, du politique, il demeure qu?en l?absence d?une unité de mesure de la corruption, les spéculations et les affirmations sur celle-ci restent des plus subjectives dans un camp comme dans les autres. S?agissant de l?indice de perception de la corruption, il est bon de rappeler que Maurice y figurait pour la première fois en 1998 à la 33e place sur 85 pays. Puis, le pays a chuté dans ce classement. Pour 2004, il est à la 54e place sur 133 pays. Commentant ce dernier classement également, le Premier ministre s?est montré sévère dans ses propos.
Il faut toutefois remarquer qu?il s?agit seulement d?un indice de la perception, et non de la corruption elle-même. ?C?est une mesure de perception? On peut ainsi maginer une situation où la perception est élevée alors que la lutte contre la corruption est, elle, en train de s?améliorer?, explique Jacques de Navacelle, président de Transparency Mauritius. Pourquoi donc mesurer la perception ? ?On ne peut mesurer la corruption. Donc, afin de créer un esprit de sensibilisation et de faire évoluer les choses, il y a l?enquête de perception? C?est aussi quelque part un moyen de provocation. A travers une enquête d?une institution internationale, on arrive à secouer l?arbre. Il est toutefois malheureux que les gens ne consultent pas toutes les parties du rapport qui contiennent des informations d?intérêt général?, nous répond Jacques de Navacelle.
A la solde de la classe politique
Que la perception soit négative est diversement interprétée par les principaux protagonistes. Pour les gouvernants, cela est dû désormais au fait que les affaires remontent plus facilement à la surface. Ce qui serait aussi un témoignage de l?efficacité de la lutte contre la corruption. Cet avis ne fait pas pourtant l?unanimité. ?Le nombre de scandales qui surgissent à la lumière du jour n?est rien comparé au nombre de cas qui restent inconnus du grand public. En fait la lutte contre la corruption est une lutte permanente. On ne peut pas dire que la corruption a augmenté ou qu?elle a baissé. Il nous faut des role models et des institutions réellement indépendantes. Mais le fait que la classe politique veille à ce que les institutions soient à leur solde pervertit toute cette lutte?, prévient Rajah Bhadain.
Afin d?éviter les confusions et les déclarations contradictoires des personnes engagées dans ce combat, Jacques de Navacelle plaide pour une responsabilisation à tous les niveaux. ?Autrement on continuera à s?envoyer à la figure toutes sortes de remarques. Il est aussi important de ne pas confondre les enjeux. Des petits pots-de-vin à la criminalité en col blanc, la corruption peut prendre différentes formes et les gens ont tendance à s?en emparer un peu vite?, affirme-t-il.
Pour éviter les lectures antinomiques, la communication reste un moyen efficace. De la difficulté à conclure des affaires en cour de justice à la logique abracadabrante des procédures, on aboutit inévitablement à une situation où une bonne partie de la population demeure dans un certain flou. ?On ne peut pas reprocher aux gens de ne pas savoir, si on ne les informe pas, si on ne communique pas?, insiste, en ce sens, Jacques de Navacelle. Il affirme également que Maurice fait partie des pays qui ont pris des initiatives audacieuses pour lutter contre la corruption et pour faire avancer le concept de ?good governance?, tant au niveau public que privé.
Fonds publics pour société privée
Une affirmation qui ne rassure pas les sceptiques, dont Rajah Bhadain qui reste très critique. ?Depuis plusieurs années, nous n?avons pas cessé d?affirmer que les grands partis de la classe politique ont une dimension mafieuse. Le scandale d?Air Mauritius en est la preuve flagrante. On a pu constater comment des partis politiques ont bénéficié des fonds publics d?une société cotée en bourse. Ces partis ont joué de l?opacité et ont pillé les fonds publics?, fait-il ressortir.
Rajah Bhadain maintient aussi que le système restera perverti aussi longtemps que les nominations politiques auront cours, consacrant ainsi le principe de retour de bons procédés. Ces nominations ayant lieu aussi au niveau d?institutions publiques vitales, on peut mesurer l?amplitude du mal.
Il y a des pratiques à éliminer. Une nouvelle ambition à afficher dans cette lutte. Le combat contre la corruption n?est pas un simple thème de campagne électoral ni un moyen pour éliminer certaines injustices. Ce n?est pas non plus une lutte qu?on mène pour être cité en exemple par les champions de la sainte trinité de la mondialisation Organisation mondiale du commerce-Fonds monétaire international-Banque mondiale. C?est la condition principale pour assurer la participation de toute une population à une dynamique de développement économique intégré.
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