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Conférence de l?OMC :Entre la peste et le choléra

7 décembre 2005, 00:00

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À une semaine de l?ouverture de la sixième conférence ministérielle de l?Organisation mondiale du commerce (OMC), on assiste à un scénario déjà vu. Les grands pays et blocs s?affrontent tandis que les considérations des petits pays comme Maurice semblent être loin des préoccupations des pays développés. Et quand ils font semblant de s?intéresser au sort des pays pauvres, ce n?est que par calcul, pour les gagner à leur cause et faire pencher la balance en leur faveur. Les petits pays, comme Maurice, se retrouvent presque à choisir entre la peste de l?érosion des préférences et le choléra de la perte de crédibilité du système multilatéral.

À Cancun, les pays pauvres et notamment le G90 avaient été accusés d?avoir fait capoter les négociations du cycle de Doha. En réalité, c?est l?introduction des Singapore issues qui avait fait déborder le vase.

Aujourd?hui, l?Union européenne (UE)et le Brésil sont bien partis pour endosser le rôle de celui qui mènerait la réunion de Hongkong à un échec. Encore une fois, c?est le dossier agricole qui divise et qui oppose l?Union européenne au G20 et à son principal porte-parole, le Brésil.

L?Europe des 25 a proposé de réduire ses subventions agricoles et ses tarifs de 60 % sur les produits agricoles. À travers son négociateur commercial, Peter Mandelson, l?UE a fait comprendre que c?était là sa dernière offre et qu?elle ne pouvait faire plus. Il explique que ces propositions et les réformes agricoles déjà entreprises ? dont celle du sucre ? causeront des drames au niveau de l?Europe également. L?Irlande et l?Italie ne pourront plus produire de sucre.

Pour faire accepter ces sacrifices aux électeurs européens, il faut en contrepartie créer des emplois dans d?autres secteurs. Cela ne sera possible que si les grands pays développés ouvrent leurs marchés aux produits industriels.

C?est sur ce point qu?il y a un dialogue de sourds entre l?UE et le G20. L?Inde et le Brésil, les principaux porte-parole du groupe des grands pays en développement, déclarent qu?ils sont prêts à réduire les tarifs sur les produits industriels si l?UE améliore son offre sur l?agriculture.

<B>Peu d?attention aux préoccupations des pays pauvres</B>

L?UE a effectivement dressé une liste de produits dits sensibles sur lesquels la baisse de 60 % des tarifs ne s?appliquera pas. Parmi figure la viande bovine que les pays sud-américains comme le Brésil et l?Argentine considèrent comme un produit ayant un potentiel d?exportation. Mais Peter Mandelson dit qu?il ne peut faire mieux tout en demandant aux pays membres de l?UE de ne pas lui lier les mains avant la conférence de Hongkong.

La France est un des pays les plus intransigeants sur le dossier agricole : il n?y aura pas de meilleure offre, dit-elle. Et Pascal Lamy, le directeur général de l?OMC qui a déjà essuyé les foudres de la France sur la même question agricole lorsqu?il était le commissaire européen au Commerce, de déplorer la position arrêtée de l?UE.

Ainsi, après avoir revu à la baisse les ambitions de la conférence ministérielle de Hongkong, il semblerait bien que tout au plus cette réunion ne servira qu?à maintenir les négociations ouvertes et que d?autres échéances seront fixées pour tenter une avancée décisive avant la fin du cycle de Doha en décembre 2006. Déjà, il est question que les subventions agricoles seront remises sur le tapis en mars 2006.

Dans tout cela, les préoccupations de Maurice et des pays pauvres et en développement sont loin de recevoir l?attention voulue. La question de l?érosion des préférences, d?un traitement spécial et différencié et l?aspect du développement qui sont les priorités du G90 et du groupe Afrique, Caraïbe, Pacifique (ACP) ne semblent pas être en haut de l?agenda des pays développés. La déclaration conjointe des ACP et du G90 stipule que le groupe n?adhérera à aucune décision à Hongkong à moins que la question de l?érosion des préférences soit résolue.

Le cycle de Doha s?appelle le Doha Development Round mais on en est aujourd?hui au même point sur ces questions qui ont été une des raisons pour l?échec de la réunion de Cancun.

Ainsi, la proposition de l?UE de réduire les tarifs de 60 % sur les produits agricoles réduira nos marges de préférence pour des exportations tels le thon et les fleurs.

<B>Le statu quo serait un sursis pour Maurice </B>

De plus, si les négociations progressent effectivement sur la libéralisation des produits industriels (Non Agricultural Market Access), cela ne pourra qu?être au détriment de nos exportations de textile, de vêtements, de bijoux, de maroquinerie, entre autres.

À moins que l?abaissement tarifaire sur les produits industriels tienne en compte l?aspect négatif de l?érosion des préférences pour des pays qui en dépendent. L?Union européenne propose une période plus étendue pour l?abaissement tarifaire concernant les produits qui posent le problème de l?érosion des préférences.

Mais dans le même temps, dans son positionnement avant d?aborder la conférence de Hongkong, l?Union européenne tente de gagner les pays pauvres à sa cause et fait miroiter la possibilité d?un accès duty free et quota free. Cette idée a également été lancée à la suite de la réunion des ministres des Finances du G7, le week-end dernier, car les pays pauvres veulent eux aussi obtenir quelque chose de ces négociations.

Mais cette proposition n?est pas non plus à l?avantage des pays qui, comme Maurice, jouissent déjà d?un accès préférentiel sur le marché européen ou américain. Si l?on étend des préférences à tout le monde, il n?y aura plus de préférences.

Finalement, on pourrait cyniquement penser que l?échec de la réunion de Hongkong est en définitive la meilleure chose pour Maurice, puisque le statu quo serait pour elle comme un sursis. Mais après l?échec de Cancun, le non-aboutissement du cycle de Doha fragilisera le système multilatéral qu?est l?OMC que Pascal Lamy avait à l?époque qualifié ?d?institution médiévale?.

Aujourd?hui il prévient qu?un nouvel échec ouvrira la voie à des arrangements bilatéraux et régionaux où les petits pays risquent d?être marginalisés ou forcés d?accepter le diktat des grandes puissances.

L?aboutissement des négociations sans des garde-fous adéquats est dangereux pour Maurice. L?échec des négociations l?est aussi.

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