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Cinéma qui ne tourne pas rond
Quand il n?y a ni violence, ni sexe. C?est qu?il y a un prétexte. Celui du film Bénarès est sans ambiguïté. Deux jeunes à la recherche de prostituées pour consommation chez eux, à Bénarès. Point de départ, (donc prétexte) à une longue virée qui débute à la fin du jour, pour finir au début du soir.
Une heure et demie de route où cinq personnages ébauchent des tentatives de discussions, de compréhension, de complicité. Le tout à travers des mots dans un créole proche de celui de la rue, avec une part de poésie en plus et d?hypocrisie en moins. Et c?est tout. C?est ce qui a valu au long métrage de Barlen Pyamootoo le visa 18, décidé par le ?Board of Film Censors?.
En clair, l?incapacité de montrer aux moins de 18 ans, une série de criantes vérités de la réalité mauricienne. Pas seulement sur le plus vieux métier du monde (la prostitution à 16 ans), mais surtout sur le ?vrai? Maurice. Celui que se gardent bien de vanter les magazines spécialisés. Celui de notre quotidien.
Une capitale morne à la fermeture des bureaux. Le manque de distraction, le phénomène du jeu chez les jeunes et j?en passe. Autant de sujets qui touchent un public bien plus large que le seul éventail des majeurs et vaccinés.
En plus d?être une restriction économique : le visa 18 réduit le nombre de spectateurs susceptibles d?aller voir Bénarès, ce qui réduit la possibilité qu?il reste à l?affiche assez longtemps pour espérer être financièrement viable chez nous, il est surtout un message fort.
Un signal qui allume les clignotants ?Attention danger? pour la liberté d?expression. Barlen Pyamootoo est le premier concerné. Il nous a d?ores et déjà fait part de son ambition de faire un deuxième film, L?île des poissons vénéneux. Combien pariez-vous que même inconsciemment, il sera plus sensible, plus ?prudent? avec les mots et les images qu?il voudra nous montrer ?
Ce visa 18 risque de compromettre l?exploration de certaines avenues de la créativité. Un choix s?imposera au réalisateur : toucher le public le plus large possible (pour toute une multitude de raisons, surtout financière) ou l?art pour l?art, au risque de n?atteindre qu?une poignée de ses compatriotes.
Certes, il faut des règles, mais quand la décision du ?Board of Film Censors? sent le puritanisme d?un autre âge, nous avons de quoi nous inquiéter. L?action de ce ?board? est régie par des critères de classification. De là à dire qu?ils ont fait leur temps, il n?y a qu?un pas que nous franchirons allégrement.
Pour que de nombreuses incohérences cessent. Comment expliquer que des films étrangers aux scènes explicites de violence et de sexe soient tous publics ?
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