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Ciblage : la classe moyenne préoccupe le Premier ministre

27 février 2008, 00:00

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Ni riche, ni pauvre? La situation de la classe moyenne interpelle. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, s?il évite de se prononcer sur une éventuelle application du ciblage, oriente plutôt le débat sur le «problème» de «barème» : «La difficulté, c?est la classe moyenne», devait-il déclarer hier après-midi, lors de l?inauguration d?une école maternelle à Cité Florida, à Baie-du-Tombeau. Ce faisant, il s?aligne en quelque sorte sur les propos de la députée rouge Nita Deerpalsing, qui estime que c?est la classe moyenne qui souffrira du ciblage.

Sollicitée pour une réaction, la députée rouge dira: «Pour ma part, quand le lion rugit, je pense que les autres animaux doivent fermer la gueule.» Quant au ministre des Finances, Rama Sithanen, il n?a pas souhaité faire de commentaires.

Interrogé par la presse à l?issue de la cérémonie d?inauguration d?hier, le Premier ministre se garde de prendre position et ne dit pas si le ciblage sera appliqué ou pas. S?il dit être favorable au principe de ciblage, il estime que c?est le seuil qui pose problème. Et ne dit pas ce qu?il compte faire par rapport à ce problème.

«Il ne faudrait pas que les très très riches, ceux qui peuvent se permettre d?être dispensés des subsides, continuent à en bénéficier, affirme le Premier ministre. La difficulté est la classe moyenne parce qu?ils ne tombent pas dans la catégorie des très pauvres et ils ont quand même des difficultés. Tout le monde est en train de parler des augmentations de prix sur les denrées alimentaires ? inclus le BBC et le CNN ? mais c?est hors de notre contrôle. Et quand ces prix augmentent, les gens de la classe moyenne souffrent aussi. Et c?est là tout le débat ? cibler oui mais qui cible-t-on ? Vous vous souviendrez de l?affaire de la pension universelle. L?express continue à en parler d?ailleurs. Mais ce qu?il faut comprendre, c?est que nous n?avons pas revu cette décision parce que nous sommes contre l?idée de ciblage mais bien parce que quand vous ciblez les gens qui gagnent plus de Rs 20 000, il y a tellement peu de gens qui sont concernés que l?économie que vous faites n?en vaut pas le coup. Tout le problème est le barème.»

<B>«Il faut faire un choix»</B>

Cet argument de Navin Ramgoolam est le même utilisé par Nita Deerpalsing. Cette dernière estime que le ciblage ne va pas résoudre le problème de la pauvreté ? contrairement à ce qu?affirme Rama Sithanen ? mais va au contraire stigmatiser une partie de la population, c?est-à-dire ceux qui vont recevoir l?allocation sociale qui viendra remplacer le ciblage.

Cette allocation serait distribuée en espèces aux plus pauvres pour remplacer les subsides universels. Dans un tel cas de figure, les subsides sur la farine, le riz et le gaz ménager seront enlevés et tout le monde paiera le prix «réel» au lieu d?un prix subventionné. Mais seuls les pauvres recevront une pension pour les aider à faire face à cette augmentation conséquente des prix.

Rama Sithanen estime que c?est la seule façon de régler le problème de la pauvreté extrême, dans la mesure où «si on veut aider les pauvres, il faut aider les pauvres. On ne peut pas aider tout le monde et espérer que les pauvres reçoivent un peu de cette aide.»

Nita Deerpalsing, elle, n?est pas d?accord avec la définition de «pauvres». Parce que dans un tel cas de figure, un père de famille qui gagne Rs 10 000 ou même Rs 15 000 ne sera pas considéré comme pauvre parce que selon les chiffres officiels, il est considéré comme faisant partie de la classe moyenne. Ces gens-là ? la majorité des Mauriciens ? seront donc traités, pour ce qui est de la question de subsides ? sur un pied d?égalité avec ceux qui gagnent Rs 50 000.

Sithanen dit être conscient de la difficulté mais estime qu?il faut faire un choix, précisant que la classe moyenne est quant à elle exemptée d?impôts sur ses revenus (pas taxables jusqu?à Rs 16,500).

Cette question ? comme de nombreuses autres questions ?- divise le cabinet. Mais ce sont les deux députés de la circonscription Belle-Rose?Quatre-Bornes qui se sont exprimés publiquement sur le sujet. Bien que ne faisant pas partie du cabinet, Nita Deerpalsing commente volontiers la question et a même déclaré sur les ondes d?une radio privée qu?appliquer le ciblage comme le propose Rama Sithanen peut amener le pays à une bagarre raciale. Auparavant, elle a fait publier un article de presse dans lequel elle s?en prend au ministre Sithanen, sans le nommer, et à tous ceux qui partagent son point de vue en les appelant les «TINA wallahs» ? ceux qui croient que «There is no alternative».

Sithanen a répliqué par un article de presse. Et selon nos informations, le PM ne s?est pas entretenu sur la question avec Nita Deerpalsing.

Rama Sithanen avait lui, dans une interview à l?express, exprimé ses doutes quand à l?application du ciblage ? malgré le fait que le PM y a fait référence dans son message du Nouvel an ? en disant que c?était une question de «choix».

Fera-t-on ce choix ? La question reste posée parce que le Premier ministre ne se prononce pas. Mais sa préoccupation ? la classe moyenne ? pourrait donner une indication sur la direction que prend sa réflexion.

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