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Chers... livres : Une affaire d?euros
par Olivier MASSON
«J?ai toujours un stock de revues au salon mais depuis que Paris Match a dépassé Rs 100, cela a été comme un seuil psychologique.» Nathalie Vinglassalon, coiffeuse à Curepipe, est restée près de 20 ans fidèle à sa revue mais elle hésite aujourd?hui à en acheter régulièrement. Car à Rs 143, ce best-seller traditionnel aux côtés des Courrier International (Rs 196) et autres le Point (Rs 178), souffre directement de la faiblesse de la roupie et de la hausse du coût de la vie.
Si vous lisez Le Monde Diplomatique depuis novembre 2005, vous l?aurez ouvert pour la première fois pour Rs 202. Il y a tout juste un an, il fallait rajouter une vingtaine de roupies pour combler votre curiosité. Aujourd?hui, il est à Rs 257. En moins d?un an et demi, 25 % d?augmentation donc? Le coupable est tout indiqué. C?est la hausse des devises et on retrouve au premier rang le bouillonnant euro qui caracole ces temps-ci à Rs 44.
Les librairies sont-elles aussi en cause ? «Non, notre marge est fixe, affirme Andy Lam, directeur de Bookcourt au Caudan. À l?heure actuelle, les revues ne nous rapportent pas grand-chose, soit moins de 10 % de notre chiffre d?affaires. Le plus gros de nos profits provient de la vente de livres commandés chez des éditeurs étrangers alors que pour la presse, c?est beaucoup plus un service que nous proposons.»
Stéphane Mathieu, directeur de International Press and Book Distributors Co. Ltd (IPBD), distributeur de l?essentiel de la presse étrangère en français, explique : «La marge est de 13 % pour les détaillants et de 13 % pour les distributeurs. Elle ne bouge pas et nous obtenons notre rentabilité à travers le volume de nos commandes.»
Entre-temps, sur les étagères, certains titres disparaissent, notamment Business today, Le Monde de la Musique? Tandis que d?autres sont uniquement réservés à des points de vente ciblés, comme l?aéroport de Plaisance où transite une clientèle mieux pourvue.
Victimes indirectes
«À vrai dire, nous ne supprimons rien, ajoute Stéphane Mathieu, dont le fournisseur, les Nouvelles Messageries de la Presse française, représente 75 % des titres de métropole. Lorsque le taux d?invendus dépasse 35 % pour une revue comme Paris-Match, on diminue le service, c?est-à-dire le nombre de revues commandées...»
L?euro ? ou la livre sterling pour les publications en anglais distribuées par la Compagnie de distribution de presse Ltée (Codip) ? n?est pas seul responsable de la hausse . «Pour les titres d?actualité et autres quotidiens qui, pour être attrayants, doivent être transités rapidement par avion, le fret pèse lourd, indique Stéphane Mathieu. Ils sont indirectement victimes des variations du prix du carburant.» Si bien que Jean Desjardins, directeur de Codip, envisage dans certains cas d?avoir recours au bateau.
Reste que, face à la crise du magazine et du divorce amorcé entre le lectorat traditionnel et les revues étrangères, les distributeurs changent de stratégie. «Nous fournissons des chevalets et nous testons de nouvelles revues spécialisées, touchant un public précis comme par exemple, les architectes», explique Patricia Duval, responsable commercial du département presse d?IPBD.
Cependant, dans certaines salles d?attente, on se morfond parce qu?il manque un petit quelque chose. Certes, vouloir trouver un Monde de l?avant-veille ou le dernier Marie-Claire eût été excessif mais les revues sont victimes d?un mal plus redoutable que le sympathique jaunissement. Son nom de code : dévaluation.
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