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Ces préjugés qui freinent la relance du secteur privé
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Ces préjugés qui freinent la relance du secteur privé
Faire tomber les tabous pour relancer la machinerie économique. Le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, a exposé, en termes énergiques, les attentes du gouvernement par rapport au secteur privé traditionnel : davantage de transparence, de méritocratie et de diversité dans les recrutements et les modes de fonctionnement des entreprises.
Le ministre rencontrait samedi le Joint Economic Council (JEC), principal porte-voix des opérateurs, à l?hôtel du gouvernement. Au cours de cette réunion, organisée dans le cadre des consultations pré-budgétaires, les discussions ont été franches et les deux parties ont pu parler de choses longtemps restées taboues. Rama Sithanen a expliqué sa vision d?un secteur privé plus ouvert, plus hétérogène, plus transparent et moins concentré. ?La méritocratie doit primer à tous les niveaux?, a-t-il insisté. ?Je ne crois pas dans les quotas. Il faut plus de diversité?, a lancé le grand argentier. Dans la version Sithanen, diversité veut dire favoriser recrutements et promotions sur les principes du mérite, s?ouvrir aux idées et aux compétences de l?extérieur, là où il le faut.
Mais, a-t-il précisé, la notion de diversité et d?ouverture s?applique aussi au modèle de business des compagnies, en particulier celui des grands groupes. Il a rappelé que le gouvernement invite les grosses entreprises à revoir leurs chaînes logistiques (supply chains) respectives et à sous-traiter certaines de leurs activités à des opérateurs tiers, notamment des petites et moyennes entreprises (PME).
Pas de divergences pour ouvrir l?économie
?Il nous faut élargir le cercle des opportunités. La communauté doit pouvoir bénéficier des activités des entreprises, pas en termes d?emplois seulement. Les gens veulent de plus en plus une participation directe à la création de la richesse?, a fait ressortir Rama Sithanen. Sans l?ouverture du secteur privé traditionnel, la restructuration de l?économie rapportera des résultats mitigés, a encore insisté le ministre des Finances, qui a rappelé l?urgence des réformes économiques : ?Nous devons réadapter les institutions et adopter une nouvelle mentalité. Pour cela, il faut qu?il existe une confiance mutuelle entre tous les partenaires sociaux.?
Dans son intervention, le JEC a assuré qu?il partage tout à fait les notions d?ouverture et de transparence telles que préconisées par le gouvernement et que ses membres ont accompli beaucoup de progrès à ce chapitre. ?Au sein des entreprises, il y a des discussions très franches sur la transparence et la bonne gouvernance. Il y a des choses qui se font. Il faut dépasser le cadre de la perception?, a fait ressortir Jacques de Navacelle, président du JEC.
Pour Raj Makoond, directeur de l?organisation, il ne peut y avoir de divergences quant à la nécessité d?ouvrir l?économie. Le modèle de développement du pays doit évoluer vers une base de croissance diversifiée, tirée par sept à huit piliers. Pour cela, il faudra des investissements massifs qui ne viendront pas si le pays ne fait pas preuve d?ouverture.
Le JEC invite de son côté le gouvernement à préciser sa politique sur les axes suivants : l?accès aérien, les télécommunications et les mesures pour améliorer le climat de l?investissement, notamment pour l?obtention des permis. ?Il faut faire de Maurice une plate-forme par excellence pour faire du business. Cela favorisera l?intégration et les opportunités d?outsourcing dans le monde des affaires?.
Jacques de Navacelle a été on ne peut plus clair : les Mauriciens devront changer d?attitude envers les investisseurs étrangers : ?On a trop souvent perçu l?investisseur étranger comme un envahisseur. Cette attitude a fini par favoriser la concentration des groupes locaux, tout en nous faisant perdre des opportunités d?investissement.?
La volonté d?ouverture de l?économie est ainsi manifeste. Il convient maintenant qu?elle devient une réalité quotidienne.
PROPOSITIONS DU JEC
Rs 160 milliards à injecter dans six pôles de croissance
■ Le Joint Economic Council (JEC) estime à Rs 160 milliards le montant des investissements que les opérateurs devraient pouvoir mobiliser dans les différents secteurs au cours des cinq prochaines années. L?estimation est fondée sur un taux d?investissement de 30 % (volume d?investissement par rapport au produit intérieur brut), condition essentielle pour retrouver une croissance forte à partir de 2008.
Le JEC prévoit que les pôles de croissance se réorganiseront autour de six gros ?clusters? : le textile et l?industrie de la mode, le ?seafood? et la ?land based oceanic industry?, les technologies de l?information et des communications, le ?hospitality and leisure?, la filière canne à sucre et l?industrie du savoir. ?Il faudra que ces ?clusters? soient compétitifs sur le marché global pour qu?ils puissent soutenir le développement dans les prochains 15 à 20 ans?, prévient Raj Makoond, directeur du JEC.
Le ?cluster? ?hospitality and leisure? se taillera la part du lion dans ces projets d?investissements. Les nouveaux complexes hôteliers, l?extension des hôtels existants, le développement de centres de spa, de ?shopping malls?, d??integrated resorts?, de villas de luxe et d?autres facilités de loisirs engloutiront jusqu?à Rs 120 milliards de capitaux.
Pour réaliser cette ambition, le pays devra se transformer en une plate-forme d?investissements efficiente, intégrée et à fiscalité légère. Cela présuppose des procédures simples, transparentes et prévisibles pour faire démarrer ou opérer une entreprise. D?autres suggestions pour transformer les conditions susceptibles d?attirer les investisseurs : une approche libérale en faveur de compétences étrangères, une politique aérienne compétitive, des bandes passantes à des coûts plus accessibles et une intégration des PME au ?mainstream? de l?économie.
La révision de la législation des ?private public partnership? (PPP) a également fait l?objet d?un appel au gouvernement. Ce concept permet aux opérateurs privés de participer financièrement aux projets de développement du gouvernement. ?Cette loi a une grosse lacune dans la mesure où elle ne permet pas à un entrepreneur de proposer une initiative de développement?, estime Raj Makoond. Un cadre plus ouvert des PPP apportera de nouvelles opportunités aux opérateurs privés.
La formule PPP aidera, d?autre part, à alléger le budget de développement de l?État, surtout à un moment où les finances publiques sont sous forte pression. ?Les PPP sont un moyen de maîtriser les dépenses et de balancer le budget. Il faut des règles plus claires à ce sujet?, dit Mahmood Cheeroo, secrétaire général de la Chambre de commerce et d?industrie.
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