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Bambous capitale d?Afrique
Répondez sans rire. Comment appelle-t-on un habitant de Bambous ? Au premier essai, une lavandière nous lance : «Bambous Virieux, non ?» Les pieds dans l?eau glacée qui irrigue l?une des cressonnières du village, Anjali Jagan décrasse le linge de la famille. «Kan ena tigit linz mo lav lakaz.»
À la réflexion, elle n?est pas si absurde que cela sa réponse. Ce village de la côte Ouest a bien plusieurs visages. Certes, nous ne verrons pas trace des «bambous de Chine» qui ont donné leur nom au village.
Bordé par deux pôles d?activités, Bambous est à la fois agricole et industriel. Sur la route menant au village, l?odeur de la mélasse se mêle à la poussière soulevée par les camions chargés de cailloux roulant en direction du concasseur.
Un tournant, la façade colorée du conseil de district et une boutique qui annonce la? saveur. Nous sommes à Mangue Vert Doux. Localité menant au centre du village. Enfilade des essentiels : centre de jeunesse, église, le cachet historique de la cour de district et du poste de police désaffecté datant du 19e siècle. Quelques mètres plus loin l?esthétique moderne du nouveau poste de police. Cela, c?est pour le côté institutionnel.
<B>«Mo pou amenn mo bef cwa rose-hill»
Mais où sont les gens ? Ces spectateurs potentiels des championnats d?Afrique d?athlétisme. Quel est l?intérêt que portent les villageois à cet événement sportif se déroulant sur le pas de leur porte ?
Pile sous nos yeux, la route s?arrête à flanc de montagne. Devant l?une des maisons, des enfants jouent à se suspendre au câble qui retient un poteau électrique à la terre ferme. Une dame au visage troublé sort. Nous entamons la conversation. «Mo ti koir ou mem CWA» nous explique-t-elle. «Apre mo dir zot pa pou avoy enn madam larg delo.»
Il est onze heures. Plus une goutte d?eau au robinet, alors qu?elle affirme avoir payé sa facture la veille. Nadège Thomas est inquiète. Comment va-t-elle faire boire Roshni, Vimi, Didi, Reshma, Anoushka, Gros Fi, Gaté ? Ses vaches qui broutent en liberté sur les flancs de la montagne Saint Pierre le jour, avant de rentrer à l?écurie pour la nuit. Ironie du sort : de chez elle, on aperçoit l?étendue bleue du réservoir de La Ferme.
Nadège se souvient. Dans les années 80, quand elle n?avait pas le choix, elle faisait bouillir l?eau du réservoir avant de la consommer. «Avan partou ti boi, ou pa ti pou ose vinn kot moi.» Elle se rappelle aussi des années où un camion citerne approvisionnait les villageois une fois la semaine. Décidément bien remontée, elle lance : «Mo pou amenn mo bef CWA Rose-Hill.» Nadège, c?est «quand lizinn ferme» qu?elle s?est lancée dans l?élevage. D?abord celui de porcs. Mais l?odeur incommodante lui a valu des pétitions, une affaire en cour et la liquidation.
Depuis, elle élève vaches et cabris comme si ils étaient ses enfants. «Kifer enn voisin empess so voisin nourri zanimo apre li pou roul enn long distance pou rod dile ou soi manteg pou lapriyer.» à méditer. Nadège, qu?on ne peut plus arrêter, s?emporte contre ceux qui mettent le feu à la montagne pour brûler l?herbe sèche.
Son mari acquiesce. Il cite l?un de ses professeurs qui lui répétait dans sa jeunesse : «L?éducation et le sport, ce sont la richesse de la pauvreté.» Non, ils n?auront pas le temps d?aller au stade. «C?est plus pour les jeunes.» à la limite, ils regarderont la finale à la télé.
Comme Jean-Yves, cet enfant soulève des pierres à la recherche de camarons, sur les berges du réservoir. à quelques mètres du stade aux couleurs éclatantes, sont rangées des maisons rapiécées. Des bouts de tôle disparates récupérés par la force de la débrouillardise. C?est Cité La Ferme, dans sa partie occupée par des squatters.
L?une d?elle nous raconte qu?après avoir vécu son enfance dans l?une des maisons conventionnelles de la cité, elle est devenue squatter après son mariage. Selon ses dires, si tout le monde est connecté au réseau électrique, l?accès à l?eau courante n?est pas généralisé.
De fragiles bicoques pratiquement adossées au réservoir. Ce qui a attiré notre regard chez Jean Yves, c?est la médaille qu?il porte autour du cou. Récompense obtenue lors d?une compétition de natation. Ce sont les vacances. Comme lui, d?autres enfants jouent dans une carcasse de voiture abandonnée devant l?une des maisons de squatters.
Sur les berges du réservoir, Sharon très maigre pour ses 12 ans, court pieds nus sur les rochers pointus qui bordent ce plan d?eau. Elle attend que Claudina Pierrot, sa s?ur de baptême finisse sa lessive. Mais une fois sa tâche terminée, la corpulente Claudina s?empare d?une canne à pêche et remplit sa cuvette de petits mulets. «Sa mem kari tanto.»
De nombreux jeunes hors du systèmeOn se croirait presque en été. Le soleil tape fort, une petite brise tempère la montée du mercure. Mais il faut déjà repasser près du stade. Abandonner cet espace de tranquillité.
Deux par deux, des élèves du Saint Mary?s College de Bambous se rendent au stade. Parmi leurs accompagnateurs : Clyke Armoogum, membre de la bande à Menwar. Sans sa guitare, c?est d?un bon pas que ce professeur de sciences, d?environnement, de valeurs humaines et de musique marche vers le stade Germain Commarmond. Depuis quinze ans qu?il fréquente Bambous, Clyke Armoogum a eu le temps d?en ressentir les coups et contrecoups.
«C?est un village où il y a beaucoup de jeunes qui ne vont pas à l?école. Les parents ont eu des pépins. Dans plusieurs cas de vol par exemple, on se rend compte qu?ils ont été commis par des adolescents de 14 ? 15 ans qui sont hors du système.» Eux, c?est sûr, n?iront pas voir les compétitions.
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