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Aucune volonté politique
Il y a eu un moment fort dans la lutte anti-drogue. C?était vers le milieu des anneés 80. Les campagnes de sensibilisation et les innombrables initiatives de protestation publiques permettaient, par la suite, d?inscrire ce mal dans la liste prioritaire des fléaux sociaux qu?il fallait combattre. Parallèlement, les actions de répression s?intensifaient. De même, on enregistrait une multiplication des centres de désintoxication et de réhabilitation. L?île Maurice était éveillée à la guigne du trafic de drogue et à la tragédie de la toxicomanie. Un premier combat était gagné. Celui de poser le toxicomane comme une victime. La déstigmatisation avait atteint son but. Les avancées dans ce domaine jusqu?au milieu des années 90 étaient probantes. Vint ensuite l?heure des reculades.
Relâchement des autorités. Démotivation au sein de certains organismes de prévention et de désintoxication. Mais surtout le principal écueil surgissait avec la banalisation du phénomène. Il est ainsi devenu normal d?avoir un certain nombre de toxicomanes au sein de la société. L?existence d?un réseau de trafiquants fait aussi partie du cours normal des choses. Après la traque, on est tombé dans un certain cynisme, pour ne pas dire un relatif désenchantement.
Depuis quelque temps, la colère gronde parmi ceux qui oeuvrent dans les milieux associatifs devant l?indifférence des autorités publiques. L?imbrication des problèmes de drogue et de sida n?a pas suscité non plus l?intérêt auquel on aurait pu s?attendre de l?État. Quant aux forces de répression, elles se signalent surtout par les opérations coups de filet qui semblent principalement avoir des objectifs de médiatisation.
Nous voilà revenus à la case départ. Nous comptons aujourd?hui quelque 25 000 toxicomanes. Les centres de désintoxication ne peuvent plus contenir les demandes alors que les institutions gouvernementales mises en place pour traiter de la question semblent avoir abdiqué devant leurs responsabilités. La volonté politique de combattre le fléau de la drogue n?a jamais été d?une aussi grande pusillanimité.
Ce sont de nouveau aux travailleurs sociaux de reprendre le flambeau. En l?espace de quelques jours, on les a vus manifester devant le Parlement. Actuellement le groupe des Soldats de Port-Louis et des Régions avoisinantes organise une longue campagne de sensibilisation anti-Davis (Drogue, Agression, Violences, Indifférence et Sida). L?appel est lancé pour que la société civile se prenne en charge. Pour que les toxicomanes ne soient pas une nouvelle fois associés à la lie de la société. C?est une autre guerre qui commence. Celle contre l?apathie des institutions gouvernementales. Contre le manque évident de volonté politique. Contre un fléau qui touche de plus en plus de jeunes et qui a une ramification très dangereuse avec une pléthore d?obscures activités illégales.
Le gouvernement peut-il continuer à fermer les yeux sur ce fléau ? Quelles que soient ses raisons, il a une obligation morale et une responsabilité politique de renouveler la lutte contre la toxicomanie et le trafic des drogues. Ce trafic s?est modernisé au fil du temps. La canaillerie qui opère dans ce secteur a diversifié ses techniques d?opération. On voit aussi apparaître de nouvelles drogues régulièrement, entre autres, des compositions artisanales. C?est le moment où jamais de dégager un nouvelle action nationale contre ce fléau si on ne veut pas se retrouver dans une situation de non-retour.
Le Premier ministre a montré un vif intérêt au drame que représente le VIH-Sida. Aujourd?hui, c?est la même volonté dont il doit faire preuve dans la lutte anti-drogue. D?autant plus que le virus se communique davantage désormais à travers des toxicomanes qui ont été contaminés par des aiguilles de seringues infectées. Avant que la gangrène n?infecte toute la société M. le Premier ministre?
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