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Atmosphère nerveuse

26 juin 2005, 00:00

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C?est un discours d?unité et de rassemblement. C?est le côté jardin. Côté cour, c?est moins attirant et on fera l?économie de la liste de critiques qu?on adresse généralement aux politiques. Parce que ces jours-ci, il est devenu très facile de se retrouver avec un étiquetage. Qu?il soit justifié ou non, là n?est pas la question. Il n?y a même plus de questions. Il n?y a, de part et d?autre, que des affirmations, des insinuations à l?indicatif et de petits jeux d?influence auxquels se livrent ceux qui espèrent obtenir «enn tibout» avec l?éventuelle arrivée au pouvoir de leurs favoris. Certains en arrivent même à attrapper une fièvre dépressive ! Allons donc. Il ne faut pas être si léger en période si grave. L?avenir du pays se décide.

C?est si vrai enfin. Aujourd?hui des milliers d?entre nous vont se précipiter pour écouter nos leaders. Vénérés et éclairés évidemment. Ils vont nous énumérer leurs remèdes miracles. On va être content. On va vibrer. On rentrera chez soi avec la certitude que le changement dans la continuité ou le changement pour le changement illuminera de nouvelles chimères nos vies personnelles et l?avenir de toute la nation. Dérision gratuite ? Propos trop sévères ? Facilité d?une critique primaire ? Mais non. Seulement, voici près de deux mois que dure la campagne. On a attendu. Qu?ils trouvent leur rythme. Qu?ils s?évaluent avant de prendre leur envol. Que les émissions politiques commencent à la télévision. On a attendu. En vain.

Aucun débat sur l?avenir du pays. Sur les réformes qui seront adaptées au sucre, au textile, au tourisme? A la place, dix mesures radicales pour cent jours ou encore des projets multiples à la «hub» pour doter d?un nouvel emballage les secteurs d?activités traditionnels! Vision ? Discours fondateur ? Grand élan programmatique ? Pourquoi chercher loin ? Nos dirigeants politiques sont aux meetings, réunions et à la télé. Que racontent-ils?

De ?jeune-vétéran, de Titanic, de Charandas? Bref de tout, sauf de l?essentiel. De véritables gourdins pour assommer l?intelligence des électeurs. A les regarder de près pourtant, on se rend compte qu?ils sont convaincus qu?ils sont sur la bonne voie. Qu?ils sont en train « d?éduquer la population » pour un vote de raison. Qu?ils bougent au rythme de la lente maturation de la société mauricienne.

Les faits sont tout autres. On assiste, durant cette campagne 2005, à l?épuisement de certaines pratiques. Pour preuve, chacun des deux blocs, qui ne se gênent pas généralement pour s?appuyer sur les partis supplétifs et se garantir des votes ethnicisés, est traumatisé à l?idée d?être associé au parti de Cehl Meeah. Ils sont conscients donc qu?une telle association peut nuire à leur crédibilité électorale. Mais, en même temps, il y a une autre pratique du communalisme qui leur semble incontournable et qu?ils pratiquent donc à volonté. Allez comprendre cette contradiction ! Mais en fait, les choses se présentent autrement pour eux. Realpolitik. Ce sont les réalités de la scène politique mauricienne. Il faut savoir rassurer tout le monde dans leur identité, non communautaire, mais ethnique. Il faut de manière obsessionnelle parvenir à la représentativité symbolique de toutes les ethnies au sein du pouvoir. Et la République ? Et la citoyenneté ? Allons donc, soyons réalistes ! Ce sont ces hommes de pouvoir, parce qu?ils sont au pouvoir, parce qu?ils jouissent de privilèges, qui donnent un sens à nos vies de citoyens. Une direction nouvelle à chercher. Pourquoi donc ? Nous sommes si bien en 2005 avec nos réflexes de 1960 ou de 1980.

Pourtant il y a un grondement des profondeurs. Les électeurs ne sont plus en si grand nombre des fanatiques primaires. Depuis le début de la campagne, ils envoient des signaux pour faire comprendre que les attentes sont nouvelles. Les réponses se font toujours attendre. A la veille des élections législatives, il n?est jamais bon de décrédibiliser la société politique. C?est à elle de nous prouver que nous avons tort. Nous n?en serons que trop heureux. Vraiment.

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