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« Ensemble, transformons les défis en occasions »

30 décembre 2006, 20:00

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Cette année s?achève sur fond de litige syndical et de tension politique. On a l?impression que la réforme économique, augurée par le Budget 2006-2007, n?est pas suivie, au sein du public, par un changement de mentalité, en particulier, pour ce qui est de la culture du travail ?

D?abord, soyons réalistes et regardons autour de nous : cette réforme était une nécessité. Nous opérons aujourd?hui sur un marché globalisé. Le Budget 2006-2007 est une rupture avec un passé qui nous menait tout droit à notre perte. Avec courage, nous avons proposé un nouveau modèle économique. Ce dernier prend en considération les forces qui dominent désormais le marché mondial mais insiste, quand même, sur le facteur humain. Yes to market forces, no to market society. Ce postulat posé, je regrette que les syndicats, et surtout l?opposition, continuent à s?agiter comme si on pouvait faire autrement. Ce serait malhonnête de ne pas reconnaître que les jours tranquilles des préférences commerciales sont révolus et que désormais, comme le dit le Premier ministre, « nobody in the world owes us a living ».

N?est-ce pas un juste retour de bâton pour l?Alliance sociale, qui avait fait de la démocratisation de l?économie et de la cherté de la vie ses principaux slogans de campagne électorale ?

Nous avons effectivement parlé de démocratisation de l?économie, dans le sens qu?on va élargir la palette des entrepreneurs à Maurice. Ce que nous avons déjà commencé à faire. Nous avons un vaste et ambitieux Empowerment Programme qui abat un gros travail pour redynamiser le marché de l?emploi, un Income Support pour permettre aux économiquement faibles de s?acquitter des frais d?examens, un plan d?aide sans collatéral à travers la Small Enterprises and Handicraft Development Authority (Sehda), sans oublier le transport gratuit pour les étudiants et les personnes âgées.

Pour guider et expliciter notre orientation économique, le gouvernement a soumis trois documents. Il y a le Country Strategic Paper, le Plan de transition de notre industrie sucrière à une industrie de la canne (bien avant les autres pays ACP) et dernièrement, l?Aid for Trade. Récemment le commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, nous félicitait pour ces initiatives qui prouvent que nous prenons des mesures courageuses de réajustement, tout en restant fidèles à notre devise : Putting people first.

Toutes les réflexions que nous avons menées nous indiquent que si nous demeurons dans des emplois improductifs, nous allons vers la pauvreté. Dans cette optique, nous nous efforçons de provoquer ce changement de mentalité. Les projets de loi que nous apportons vont tous dans ce sens : le Competitiveness Bill, le Business Facilitation Bill ou encore le Public Procurement Bill.

<B>En mettant l?accent sur l?économie, ce qui est nécessaire vu le contexte, le gouvernement nuit à sa popularité. Sur le plan politique, le dossier de la DWC est du pain bénit pour l?opposition?</B>

La DWC est encore un exemple de la démagogie de l?opposition. Nous avons été élus sur une plate-forme de changement, et nous comptons aller jusqu?au bout de notre logique en misant sur une approche, certes, humaine, mais aussi réaliste. Comme gouvernement, nous ne pouvons être aussi légers et irresponsables que l?opposition. Nous avons des devoirs envers ce pays.

La culture du travail est appelée à changer et Rama Sithanen a très bien résumé notre philosophie : il faut arrêter de protéger les emplois, mais il faut protéger les gens. Le package offert aux employés de la DWC est très correct. Les travaillistes ont toujours protégé la classe ouvrière et ce n?est pas aujourd?hui que nous allons abandonner nos idéaux. Rappelons que c?est Pravind Jugnauth qui était le conseiller légal de la DWC quand cette dernière avait licencié massivement des employés. Et en 1996, c?est nous qui avons dû trouver Rs 40 millions pour compenser ces travailleurs.

Au CEB, durant la même période, il nous a fallu redresser les torts causés aux travailleurs par le gouvernement MSM. Quant à Paul Bérenger, plus d?un travailleur de la zone franche a toujours en tête ce qu?il avait dit lors d?une grève : « SSU na pa là pou donne biberon ! » Pour ce qui est du respect des droits des travailleurs, nous n?avons certainement aucune leçon à recevoir de l?opposition !

Pourquoi la DWC n?a-t-elle pu fonctionner, alors même que des entreprises de construction du privé prennent de l?ampleur ? La faute finalement ne reviendrait-elle pas aux différents politiques qui y ont placé leurs activistes ?

À l?époque où le gouvernement était le plus gros employeur, la DWC a été un outil de développement qui a bien fonctionné au départ, sous la houlette de Michael Leal. La DWC a apporté une contribution indéniable dans la construction d?infrastructures publiques. Puis, pour préserver l?emploi, les gouvernements successifs ont favorisé la DWC en lui allouant de gros contrats. C?est en raison de cet environnement protégé que s?est développée cette culture peu compétitive et que le contribuable ne peut plus financer aujourd?hui. Avec courage, nous avons décidé de la fermeture de la DWC, mais il faut voir au-delà de cet événement. Il est nécessaire de provoquer un changement de culture du travail dans le public ? et dans le privé aussi où l?allocation des contrats n?est pas toujours transparente ! Aujourd?hui le pays est déficitaire et il faut nous réajuster à tous les niveaux.

Outre la DWC, on a assisté à une levée de boucliers par rapport à la réorientation des subsides sur le riz et la farine. Et l?inflation frappera davantage en 2007, selon les prévisions. Est-ce ardu d?affronter vos mandants quand le contexte est à ce point difficile ?

La communication est essentielle. Le peuple est suffisamment sage pour discerner que notre action politique a pour objectif principal de préparer le pays à affronter les défis qui nous guettent. Nous avons certes pris des mesures qui peuvent sembler impopulaires, mais ce qui importe, c?est que ces mesures illustrent que nous sommes un gouvernement qui prend et assume pleinement ses responsabilités.

J?attends, par ailleurs, les solutions alternatives de l?opposition, mais je ne vois rien d?autre venir que de la démagogie.

Pensez-vous que tous vos collègues parlementaires arrivent à faire face aux grondements de la rue ?

Le cabinet ministériel est pleinement solidaire des mesures préconisées par le ministre des Finances. Ce dernier mérite et a notre plein soutien. Toutefois, il peut arriver que certains discours de backbenchers travaillistes, à l?instar de Suren Dayal, peuvent faire remonter, lors des débats parlementaires, les mécontentements des mandants.

Ces critiques sont accueillies et prises en considération, ce qui est tout à fait sain pour la démocratie. Cela prouve que nous ne sommes pas coupés du peuple, que le lien est bel et bien vivant. C?est l?esprit d?une démocratie élargie.

« Le ?Seafood Hub? confirme son potentiel : Rs 7 milliards d?exportation de poissonen 2006 ! »

Des rumeurs parlent d?un remaniement ministériel?

Ce sont des rumeurs. Pravind Jugnauth a sans doute réalisé que les contes de Noël ne sont pas vrais. Il ne devrait même pas entendre siffler le train puisque l?Alliance sociale est un TGV qui ne s?arrêtera pas avant d?arriver à destination.

Craignez-vous une quelconque adhésion du MSM au PTr ?

La question ne se pose même pas.

Que pensez-vous de l?opposition ?

C?est une comédie ancrée dans la réalité tragique. L?ancien Premier ministre ne vient plus au Parlement et avance des raisons banales. Pourtant sa présence aurait été essentielle, eu égard à son expérience de parlementaire. Je crois que le pire , c?est qu?il regrette d?avoir cédé autant de terrain à son ancien partenaire. Et aujourd?hui, en retour, il est agressé verbalement. Il a de quoi être blessé et désemparé?

Quelles sont vos priorités pour l?année 2007 au sein de l?important ministère qu?est l?Agro-industrie ?

Continuer notre réforme sucrière et notre dialogue avec la communauté internationale sur ce dossier. Maurice joue un rôle d?avant-garde sur ce plan. Il y aussi le Seafood Hub, un secteur qui ne cesse de confirmer les espoirs placés en lui : l?exportation de poisson progresse fortement, passant de 68 000 tonnes à 100 000 tonnes, soit de Rs 4,8 milliards en 2005 à Rs 7 milliards cette année. Notre défi sera aussi de lutter contre la pêche illégale dans nos eaux territoriales.

Finalement, Arvin Boolell, à l?aube de cette nouvelle année, quel est votre rêve le plus cher pour le pays ?

À l?aube de 2007, je souhaite à mon pays de pouvoir bénéficier de davantage de consensus ? de la part de l?opposition et de tout un chacun. La solidarité doit primer. Ensemble, on pourra mieux affronter les défis et les transformer en des occasions de transporter notre pays à un autre palier de développement. Le génie mauricien s?est plus d?une fois manifesté dans le passé. Et aujourd?hui, je peux vous dire que le pire est derrière nous et que nous sommes sur la bonne voie.

Propos recueillis par Nad SIVARAMEN

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