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Des bras, mais pour quelle économie ?
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Des bras, mais pour quelle économie ?
Notre pays a longtemps considéré sa population comme une contrainte à contenir. Elle devient désormais une ressource qui se raréfie. Le paradoxe est saisissant : pendant que des jeunes Mauriciens partent étudier, travailler et parfois s’installer ailleurs, les entreprises recrutent davantage de travailleurs étrangers pour faire tourner l’économie. Le pays ne perd pas seulement des habitants. Il perd une partie de son capital humain et importe, en parallèle, celui qui lui manque.
Ce n’est pas une contradiction. C’est une équation démographique. La fécondité baisse, la population vieillit et le solde migratoire des Mauriciens est préoccupant. Les départs sont plusieurs fois supérieurs aux arrivées. Si Maurice veut continuer à croître, l’immigration de travail ne sera donc pas une anomalie temporaire, mais une composante durable de son modèle économique. La Vision 2050, qui envisage une économie de 50 milliards de dollars, en donne la mesure : le pays pourrait avoir besoin d’environ 500 000 travailleurs migrants, estime l’expert Soorej Jose Puthoopparambil.
La question n’est donc plus de savoir s’il faut des travailleurs étrangers. Elle est de savoir pourquoi l’économie en a besoin, lesquels elle veut attirer et ce qu’elle compte en faire. Importer des bras pour compenser une pénurie est une politique de court terme. Importer des compétences pour augmenter la productivité est une stratégie de développement. Entre les deux se trouve le vrai débat.
Un pays qui recrute des travailleurs parce qu’ils acceptent des emplois que ses propres citoyens délaissent devrait commencer par regarder ces emplois dans le miroir. Si les salaires, les horaires, les conditions de travail et les perspectives sont insuffisants pour retenir les Mauriciens, la pénurie de main-d’œuvre n’est peut-être pas seulement une pénurie de personnes. Elle peut être une pénurie de bons emplois.
L’immigration ne doit donc pas devenir le substitut commode à l’automatisation, à la formation ou à la hausse de la productivité. Elle doit permettre de les accélérer. Le même raisonnement vaut pour le brain-drain. Espérer que les Mauriciens partis reviendront parce que leur pays les appelle est romantique, mais peu économique. Les talents reviennent là où les conditions de vie et de travail sont compétitives. À défaut de retour, la diaspora peut néanmoins apporter capitaux, réseaux et connaissances.
Il faut surtout cesser d’opposer artificiellement «nos travailleurs» aux «travailleurs étrangers». Le véritable enjeu est la qualité du capital humain disponible à Maurice.
Et cette équation a une conséquence politique que le pays préfère encore éviter : les migrants ne sont pas des conteneurs de main-d’œuvre. Ils vivent ici, travaillent ici, se soignent ici et, souvent, font venir leur famille. Une politique qui attire des travailleurs sans prévoir logement, écoles, santé et intégration ne gère pas une migration. Elle accumule une future crise sociale.
Maurice devra donc choisir entre deux visions. Dans la première, l’étranger bouche les trous d’une économie qui refuse de se réformer. Dans la seconde, la migration devient un instrument pour transformer cette économie.
La première achète du temps. La seconde achète de l’avenir. Le vrai luxe, pour une petite île vieillissante, ne sera bientôt plus d’avoir beaucoup de travailleurs. Ce sera de savoir comment chacun – Mauricien ou migrant – produit davantage de valeur.
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