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«Chronique d’un royaume perdu»
Le Roman qui attendait son heure
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«Chronique d’un royaume perdu»
Le Roman qui attendait son heure
Avec sa douceur légendaire, Ananda Devi confie à l’express que son dernier roman, Chronique d’un royaume perdu (photo), retenu pour le Goncourt 2026, est peut-être celui qu’elle aura mis le plus longtemps à écrire. Plus de 40 ans, en réalité. Une histoire née en 1980, au détour de ses recherches en anthropologie, lorsqu’un vieil homme l’avait conduite au Bouchon et qu’un habitant lui avait raconté l’origine du village. «L’écrivaine en moi s’est dit aussitôt que c’était un sujet de roman passionnant», se souvient-elle.
Le livre a longtemps résisté. Des personnages apparaissaient, des scènes s’écrivaient, puis tout se dérobait. Certains personnages migrèrent même vers d’autres romans. Ananda Devi finit par croire que ce serait «le roman disparu avant même de naître». Puis, après La nuit s’ajoute à la nuit, elle retrouve, dans ses cartons, les vieux carnets du Bouchon. Elle les ouvre comme on exhume une mémoire oubliée. «Je lisais le travail d’une autre», raconte-t-elle. Il lui fallait reconstituer un puzzle dont certaines pièces avaient disparu.
Alors, les histoires se remettent en mouvement. Cyclones, marées, séismes, personnages : tout semble remonter des profondeurs. Elle imagine un Bouchon fictionnel, refuge d’une lignée née de l’abolition de l’esclavage, traversant quatre générations et une histoire de Maurice réinventée. Son uchronie devient ainsi bien davantage qu’un jeu littéraire : une tentative de franchir les frontières du sang, de la race et des castes. Un lieu de résistance, dit-elle. Et, au bout du voyage, cet aveu : «Ce n’est pas moi qui ai écrit ce roman, mais il m’est venu d’ailleurs.» Peut-être d’une mémoire effacée. Peut-être de ces autres «moi» qui l’habitent. Ou, plus simplement, du «mystère et de la magie de l’écriture».
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