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Questions au…
Dr Alok Ranjan Sinha : «Un simple trouble digestif peut parfois cacher un cancer en progression»
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Dr Alok Ranjan Sinha : «Un simple trouble digestif peut parfois cacher un cancer en progression»
Dr Alok Ranjan Sinha, consultant en oncologie et chirurgien gastro-intestinal à l’Aegle Cancer Hospital.
Brûlures d’estomac, ballonnements, reflux ou douleurs abdominales sont souvent considérés comme de simples désagréments. Pourtant, derrière des symptômes digestifs persistants peut parfois se cacher uncancer digestif à un stade précoce, voire déjà avancé. Le DrAlok Ranjan Sinha explique pourquoi il est essentiel de ne pas banaliser ces signaux, l’importance de l’endoscopie dans le dépistage et comment l’ablation de polypes peut prévenir l’apparition d’un cancer.
■ Ballonnements, reflux, brûlures d’estomac… À partir de quand ces symptômes doivent-ils véritablement alerter et justifier une consultation médicale ?
Les symptômes du système digestif sont extrêmement courants dans la population générale, et se manifestant généralement de manière légère, bénigne et facile à traiter. Parmi les affections fréquentes, on retrouve l’indigestion, l’acidité stomacale, les brûlures thoraciques qui peuvent parfois être impressionnantes, les ballonnements, la constipation, les nausées, les vomissements, la gêne abdominale et la modification du transit intestinal.
La majorité des personnes concernées s’étant déjà traitées avec succès par ellesmêmes par le passé, cette habitude tend à faire baisser leur vigilance. Pourtant, dès lors qu’un symptôme diffère des épisodes précédents, gagne en intensité, persiste, récidive, résiste aux remèdes habituels ou s’accompagne de signaux d’alarme, il devient indispensable de consulter un médecin.
■ Quels sont les risques de banaliser des troubles digestifs et de retarder le diagnostic ?
L’automédication et la négligence des symptômes abdominaux représentent un réel danger pour la santé. En soulageant temporairement la douleur ou en réduisant l’appétit, les traitements «maison» créent une fausse impression d’amélioration qui retarde inutilement la consultation. Face à une maladie aiguë, ce retard peut provoquer de graves complications comme une perforation ou une hémorragie interne, conduisant à un état de choc.
Dans le cas d’affections chroniques, ces symptômes en apparence insignifiants peuvent parfois cacher un cancer abdominal en progression, découvert à un stade avancé, voire métastatique, réduisant considérablement les possibilités de traitement. Certains patients n’avaient, au départ, ressenti que de légers désagréments, qu’ils avaient négligés jusqu’à leur hospitalisation. Il est donc crucial de ne pas ignorer ces signaux et de consulter sans attendre.
■ Gastroscopie, coloscopie : comment se déroule une endoscopie digestive aujourd’hui ?
Confirmées par la radiologie ou l’endoscopie, les maladies abdominales bénéficient aujourd’hui d’explorations précises, sûres et généralement bien tolérées. L’endoscopie, souvent source d’appréhension en raison de certaines idées reçues, est un examen ambulatoire réalisé dans des conditions adaptées au confort du patient, notamment grâce à une sédation légère.
Qu’il s’agisse d’une gastroscopie ou d’une coloscopie, le médecin peut examiner directement les parois du système digestif à l’aide d’une caméra haute définition et, si nécessaire, réaliser des prélèvements. Après une courte période de surveillance, le patient récupère généralement rapidement, et peut reprendre progressivement une alimentation et ses activités habituelles selon les recommandations médicales.
■ Comment l’endoscopie permetelle de détecter et de retirer des polypes avant qu’ils ne deviennent cancéreux ?
Les progrès technologiques en endoscopie permettent désormais de repérer et d’intervenir immédiatement sur de très petites anomalies. La plupart des cancers digestifs apparaissent sur la couche interne de l’intestin. Le médecin effectue des biopsies sur les zones suspectes et retire directement les polypes détectés. L’ablation de ces excroissances précancéreuses, très fréquentes dans le gros intestin et parfois héréditaires, constitue un geste préventif essentiel pour empêcher le développement d’un cancer.
■ Quels symptômes digestifs doivent alerter et pousser à consulter rapidement ?
De nombreux cancers digestifs évoluent de manière très lente et insidieuse, sans donner d’alerte particulière au patient ou à ses proches. Il faut néanmoins rester vigilant face à des symptômes subtils mais persistants, car toute manifestation récurrente ou inexpliquée doit inquiéter. Les principaux signes d’alerte nécessitant une consultation médicale immédiate comprennent une perte de poids récente et importante supérieure à 10 % en six mois, des vomissements répétés d’aliments non digérés avec ou sans douleur, l’apparition d’une masse indolore qui grossit sur l’abdomen ou ailleurs, des saignements anaux indolores, des difficultés à avaler ou une jaunisse progressive.
■ Chez qui une endoscopie peut-elle être recommandée à titre préventif pour dépister un cancer digestif ?
L’efficacité du dépistage est aujourd’hui bien prouvée dans le cadre des cancers colorectaux, qui se développent presque systématiquement à partir de polypes autour de 45 ans, voire plus tôt chez les personnes présentant des prédispositions génétiques. La coloscopie représente donc un outil de dépistage idéal, particulièrement recommandé pour les individus ayant des antécédents familiaux de cancer du côlon ou souffrant d’une maladie inflammatoire chronique de l’intestin. Les programmes nationaux de dépistage précoce ont en effet fait leurs preuves, à l’image de celui déployé pour le cancer de l’estomac au Japon.
En définitive, le dépistage offre le double avantage de poser un diagnostic précoce et d’apporter une intervention thérapeutique immédiate, permettant d’agir efficacement avant que les troubles ne se transforment en maladie cancéreuse.
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