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Réforme de la pension universelle à Maurice

Entre nécessité budgétaire et débat social

19 juin 2025, 16:00

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Entre nécessité budgétaire et débat social

■ Avec le vieillissement de la population, les retraités représentent une part croissante des bénéficiaires de la BRP, posant un défi majeur pour la soutenabilité du système.

En août 2024, le nombre de bénéficiaires de la pension de vieillesse (Basic Retirement Pension - BRP) – était de 269 906 – dont 263 869 à Maurice et 6 037 à Rodrigues – pour un coût total de Rs 41,8 milliards. Ces chiffres illustrent les défis majeurs posés par le vieillissement de la population, l’accroissement du déséquilibre entre actifs et retraités et l’exode croissant des jeunes vers l’étranger. Face à cette situation, le Premier ministre et ministre des Finances a annoncé dans son discours du Budget 2025-26 le report de l’âge pour bénéficier du BRP à 65 ans. Une décision qui a suscité de vives réactions, tant dans la population que chez les membres de sa majorité. Pour apaiser les tensions, il a annoncé mardi au Parlement la mise en place de deux comités pour revoir le système de la BRP. Le ciblage serait l’une des mesures envisagées…

Selon Statistics Mauritius, les personnes âgées de 60 ans et plus représentent aujourd’hui 18,7 % de la population, contre 9 % en 2000. En 2051, leur nombre pourrait atteindre 369 215. Alors que la charge financière liée à la BRP va croître, la taille de la population active diminuera, mettant en péril l’ambition du pays de devenir une nation à revenu élevé. C’est dans ce contexte, et en raison de la grogne nationale suscitée à l’annonce du report de l’âge de la BRP pour tous, que la question du ciblage des pensions s’impose, au croisement de l’équité sociale, de la soutenabilité budgétaire et de la cohésion nationale.

Un débat ancien et toujours vif

Le ciblage n’est pas une nouveauté à Maurice. Une première tentative a eu lieu en 2003, suivie d’un comité de haut niveau en 2016. Aujourd’hui, le sujet refait surface avec intensité. Au Parlement mardi, le leader de l’opposition Joe Lesjongard a vivement critiqué cette idée : «Alors quoi ? On va déshabiller Michael pour habiller Jackson ? Comme une grande majorité de la population, je suis contre le ciblage. Faudra-t-il passer un examen médical pour être éligible à la pension ? Nous savons comment fonctionnent certains conseils médicaux à la Sécurité sociale... Faudra-t-il aussi avoir la bonne tête pour recevoir une pension ? Ou être affilié au bon parti politique ?» Ces propos soulignent la crainte d’un système injuste, opaque et politisé, risquant d’exclure des personnes vulnérables.

Les opposants au ciblage avancent que chaque citoyen a droit à une pension, indépendamment de ses revenus, car tous ont contribué à l’économie du pays. Mettre fin à ce droit serait injuste. Ils pointent aussi les lourdeurs administratives d’un système ciblé, qui nécessiterait une infrastructure de contrôle complexe, générant des coûts élevés parfois supérieurs aux économies réalisées.

Jean-Claude de l’Estrac, figure médiatique et ancien ministre, invite à dépasser les peurs : «Nos ressources sont limitées. Nous avons vécu au-dessus de nos moyens trop longtemps, à force d’emprunter. Il y a une limite ! Il serait normal qu’à partir d’un certain seuil de revenus, certains n’obtiennent pas une pension dont ils n’ont pas besoin. Pourquoi continuer à verser une pension à quelqu’un qui gagne Rs 500 000 par mois ? C’est une mesure de justice et de responsabilité politique.» Pour lui, la réforme est une question d’équité et de courage politique, et non un simple enjeu budgétaire.

Elargissement du ciblage

L’économiste Éric Ng, avant même d’avoir été nommé senior adviser au ministère des Finances, partageait cette analyse. Dans un article chez un confrère, l’an dernier, il expliquait : «Le système universel actuel est difficilement soutenable à long terme. Le ciblage pourrait améliorer l’allocation des ressources, mais il faut éviter de stigmatiser les bénéficiaires et assurer la simplicité administrative.»

Si pour l’heure, seul le dossier de la BRP ferait l’objet d’un examen ciblé, de nombreuses voix réclament un élargissement du ciblage à toutes les formes d’aides sociales (allocations familiales, soutien au logement, aides aux personnes handicapées, etc.). Selon eux, l’universalité des aides a atteint ses limites face aux contraintes budgétaires et aux inégalités croissantes. Constantine Chikosi, ancien représentant de la Banque mondiale à Maurice, suggère que «le ciblage pourrait s’appuyer sur un registre social des ménages les plus vulnérables».

Par ailleurs, feu l’économiste Pierre Dinan proposait d’utiliser des critères comme la consommation énergétique des foyers pour mieux cibler les aides, en commençant par la pension de vieillesse.

Historique de la pension universelle

Introduite dans les années 1950, la BRP est versée à toute personne âgée de 60 ans ou plus, sans condition de revenus ni exigence de cotisations. Ce système universel a largement contribué à réduire la pauvreté parmi les personnes âgées, mais il représente aujourd’hui une charge budgétaire colossale : plus de Rs 65 milliards par an, soit une part importante des dépenses publiques. Avec le vieillissement de la population et un ratio actif/inactif en baisse, la viabilité de ce modèle est aujourd’hui remise en question. Le FMI ainsi que plusieurs économistes locaux alertent sur l’urgence d’une réforme du mode de distribution des pensions afin de garantir leur pérennité.

La BRP actuelle en chiffres

Rs 13 500 pour les 60-64 ans

Rs 14 500 pour les 65-75 ans

Rs 16 000 pour les 75-89 ans

Rs 23 710 pour les 90-99 ans

Rs 28 710 pour les 100 ans et plus

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