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Le remède ne doit pas devenir le mal

22 juillet 2026, 09:19

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Le remède ne doit pas devenir le mal

L’annonce paraît anodine. Un simple Expression of Interest. 11 spécialités cliniques, trois précliniques, deux paracliniques. Une adresse Hotmail. Une date limite. Et, en bas de page, une précision qui devrait pourtant faire lever tous les sourcils : «Accreditation is still under process.» À première vue, il ne s’agit que d’un appel à candidatures du SSR Medical College pour des formations de troisième cycle. En réalité, cette annonce pose une question infiniment plus vaste : quelle médecine Maurice veut-elle construire ?

Le pays manque de spécialistes. Personne ne le conteste. Les listes d’attente s’allongent, certaines disciplines sont en pénurie chronique, les jeunes médecins quittent Maurice pour se spécialiser ailleurs et beaucoup ne reviennent jamais. Il fallait donc réagir. Mais répondre à une pénurie ne signifie pas abaisser les exigences. Les nombreux médecins qui ont contacté l’express ne contestent pas le principe de former davantage de spécialistes. Ils redoutent une logique beaucoup plus dangereuse : celle où l’urgence quantitative finit par l’emporter sur l’excellence académique.

Un spécialiste ne se fabrique pas en accélérant un calendrier administratif. Il se construit au contact de cas complexes, dans des services hospitaliers exigeants, sous la supervision de professeurs expérimentés, au sein d’institutions dont la crédibilité est reconnue. C’est précisément cette crédibilité qui inquiète aujourd’hui une partie de la profession. La santé publique ne repose pas uniquement sur des bâtiments neufs ou des équipements flambant neufs. Elle repose d’abord sur la confiance. Celle que les patients accordent à leurs médecins. Celle que les médecins accordent aux institutions qui les forment.

Or la confiance est fragile. Le ministère de la Santé a raison de rappeler que beaucoup de réformes sont aujourd’hui engagées. L’ancien directeur général de la Santé dresse d’ailleurs un tableau qui mérite d’être entendu. Oui, Maurice possède désormais un véritable plan de réponse contre Ebola. Oui, les exercices de simulation reprennent. Oui, la surveillance des voyageurs est renforcée. Oui, la lutte contre les moustiques résistants est réorganisée. Oui, les unités AVC se développent, les laboratoires de cathétérisme se décentralisent, le dépistage du diabète est modernisé et la hotline 146 apporte une réponse plus rapide aux plaintes.

Personne ne devrait minimiser ces avancées. Le problème est ailleurs. L’ancien directeur général reconnaît lui-même «des années de négligence» dans plusieurs secteurs essentiels. Cette phrase est sans doute la plus importante. Elle signifie que l’on tente aujourd’hui de reconstruire un système qui a longtemps vécu sur ses acquis.

Reconstruire exige davantage que de bonnes intentions. Cela exige des institutions solides. Et c’est précisément là que le bât blesse. Prenons l’exemple des transplantations d’organes.

Si les informations selon lesquelles certaines transplantations auraient été réalisées sans l’autorisation préalable du Tissue Donation, Removal and Transplant Board devaient être confirmées, nous ne serions plus devant une simple faille administrative.

Nous serions devant une rupture beaucoup plus grave : celle de l’État de droit appliqué à la médecine. La Human Tissue Act de 2018 est pourtant limpide. L’autorisation écrite préalable du Board n’est pas une formalité bureaucratique. Elle constitue le cœur même du dispositif destiné à protéger les donneurs, les receveurs et les équipes médicales contre les abus, les conflits d’intérêts et toute dérive.

Aucun chirurgien, aussi compétent soit-il, ne peut remplacer une institution prévue par la loi. Aucun directeur général, aussi expérimenté soit-il, ne peut se substituer à une décision collégiale lorsque le Parlement a expressément prévu qu’elle devait être collective.

En matière de transplantation, la compétence médicale ne dispense jamais du respect de la loi. Voilà pourquoi le silence actuel du ministère devient préoccupant. Une enquête indépendante ne serait pas une marque de défiance envers les médecins. Elle serait au contraire une protection pour les médecins eux-mêmes. La médecine moderne ne peut fonctionner sur des zones grises. Elle ne peut dépendre d’arrangements internes, d’autorisations verbales ou de procédures improvisées. Cette exigence vaut également pour la formation des futurs spécialistes.

Le problème n’est pas le SSR Medical College. Le problème est le message envoyé. Lorsqu’un pays annonce des programmes dont l’accréditation est encore «en cours», alors même que la profession s’interroge sur les standards de formation, il crée lui-même le doute.

Et en médecine, le doute institutionnel est un poison lent. Maurice a incontestablement besoin de davantage de spécialistes. Mais elle a surtout besoin de spécialistes dont personne ne contestera demain la qualité de la formation.

Un diplôme ne soigne personne. C’est la compétence qui sauve des vies. Et cette compétence ne peut prospérer que dans un système où les lois sont respectées avec la même rigueur que les protocoles médicaux, où les organismes indépendants jouent pleinement leur rôle, où l’accréditation précède les admissions, et où l’excellence reste une obligation plutôt qu’une variable d’ajustement.

Réformer notre système de santé est indispensable. Le reconstruire sur des fondations fragiles serait une erreur dont les patients paieraient le prix pendant des décennies.

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